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Dossier : la dépression sous toutes ses formes

À 21 ans, la vie de Barbara bascule, alors qu’elle est promise à un bel avenir dans le milieu de la médecine. À la suite d’un évènement douloureux couplé du traumatisme des maltraitances subies pendant son enfance, elle plonge dans une spirale infernale de mal-être. L’âme en miettes, elle tente de mettre fin à ses jours pour échapper au poids de la souffrance morale, à l’incompréhension et aux jugements de son entourage.

Après sa troisième tentative infructueuse de suicide, elle est conduite chez un psychiatre qui pose un diagnostic sans appel sur son mal : la dépression. L’histoire de Barbara nous introduit dans l’univers obscur de la dépression où ils sont des milliers d’ici et d’ailleurs (300 millions de personnes en 2017 selon les estimations de l’OMS) seuls face à leur mal de vivre dans un monde sourd à leur détresse.

La rédaction du magazine Ocean’s News a bien voulu lever le voile sur l’horreur de cette affection complexe qui arrive en tête des causes de morbidité et d’invalidité partout dans le monde.

Comment savoir si l’on fait une dépression ?

Chacun s’est déjà levé un matin du mauvais pied, avec une mélancolie sans cause apparente, une humeur maussade, la sensibilité à fleur de peau, des émotions qui se bousculent, aucune envie de sortir, la rage qui gronde, etc. C’est cela la déprime et non la dépression employée à tort dans le langage courant pour désigner ces moments passagers de tristesse. La déprime peut se contrôler et les émotions revenir à la normale dans de brefs délais.

La dépression, par contre, est une maladie mentale. Elle n’épargne personne. Elle est due à « un dérèglement de notre disposition affective et émotionnelle qui conditionne la manière dont nous ressentons les évènements qui normalement engendrent de la joie ou de la tristesse » et se caractérise par une profonde détresse psychologique, une perte d’intérêt pour les activités qui, normalement, procurent du plaisir et une incapacité à accomplir des tâches quotidiennes.

La dépression

Perte d’énergie, irritation, altération de l’appétit, insomnie hypersomnie, anxiété, tristesse intense, ralentissement intellectuel, difficultés de concentration, difficultés à prendre des décisions, agitation, découragement, culpabilité et effondrement de l’estime de soi, hypersensibilité émotionnelle,  pensées négatives, pensées autour de l’automutilation ou du suicide, dysfonctions sexuelles sont également identifiés par l’OMS comme d’autres manifestations de cette nébuleuse.

La dépression survient sous forme d’épisodes dépressifs qui peuvent durer des semaines, des mois voire des années. On parle d’épisode dépressif caractérisé ou épisode dépressif majeur. Lorsque les symptômes persistent pendant deux semaines au moins, on est en présence de la dépression. Selon l’intensité des symptômes, la dépression sera qualifiée de légère, modérée ou majeure.

L’OMS distingue cinq (05) formes de dépression selon la manifestation des symptômes :

*Épisodes dépressifs : apparition des symptômes de la dépression sur une période de 15 jours au moins

*Dépression récurrente : il s’agit de la répétition d’un épisode dépressif

*Dysthymie : il s’agit d’une forme de dépression qui s’installe dans le temps, avec des symptômes qui réapparaissent fréquemment. Lorsque ces symptômes sont très nombreux et très intenses, on parle de dépression chronique. C’est la forme la plus radicale.

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*Troubles de l’adaptation : il s’agit d’une dépression ponctuelle qui apparaît à la suite d’un évènement significatif. Ici les symptômes sont peu nombreux et ne durent pas autant qu’une dysthymie ou une dépression récurrente.

La dépression

*Troubles bipolaires : trouble de l’humeur qui alterne des épisodes dépressifs et des épisodes euphoriques excessives. Elle est encore appelée maladie maniaco-dépressive.

Causes de la dépression

Si le diagnostic de la dépression est facile à poser, ce n’est pas le cas pour l’étiologie de cette affection dont les symptômes sont aussi variés que les causes probables imbriquées les unes dans les autres. Il est donc possible de retrouver chez un même malade de multiples facteurs de risques(2).

La dépression reste, finalement, une maladie complexe dont les origines sont liées aux facteurs biologiques (les perturbations du fonctionnement cérébral, la mauvaise communication entre des neurones due au déséquilibre de certains neurotransmetteurs (comme la sérotonine), psychologiques (un échec, une perte, un deuil, un licenciement par exemple constituent des facteurs précipitant) et environnementaux (l’environnement social et familial et les habitudes de vie, le stress du lieu de travail ou de la maison, la drogue, l’alcoolisme, etc.).

La dépression

Concernant le facteur biologique, beaucoup de voix s’élèvent et bottent en touche le discours biomédical qui tente de faire de la dépression une conséquence des déséquilibres dans la chimie du cerveau. D’après ces voix, la douleur de la dépression n’est pas une pathologie, mais une réaction de l’individu à des besoins psychologiques fondamentaux non satisfaits. En effet, tous les humains ont des besoins tant physiques que psychologiques qui tiennent à l’importance de trouver sa place dans la société, la certitude d’avoir de la valeur et de compter pour quelque chose et le besoin de sécurité face à l’avenir qui semble parfois si obscur.  En cas d’insatisfaction desdits besoins, la dépression devient  l’expression d’un deuil vis-à-vis de soi et des défaillances de la culture dans laquelle on vit. 

Les effets pervers de la dépression

Face aux épreuves de la vie, certains s’en sortent sans que cela entraine une déchirure dramatique et d’autres pas. Pour ces derniers, c’est le cauchemar, le pressoir, le tunnel sans fin, le puits sans fond, la douleur physique et morale insupportable et indicible. Les symptômes dépressifs ont des effets dévastateurs sur le fonctionnement quotidien du malade, entrainent des difficultés relationnelles avec l’entourage de ce dernier et accentuent sa détresse. Au-delà de ces importants impacts et handicaps, non pris en charge ou pris en charge tardivement, la dépression peut entraîner le sujet entre autres vers la dissociation, la fugue psychotique, ou encore un suicide.

Tout individu possède la capacité d’intégrer des situations traumatisantes et de les gérer. Mais pour certains individus, la charge émotionnelle peut devenir tellement importante que l’individu devient incapable de l’incorporer. Pour moins ressentir la douleur, une partie du psychisme de la personne va essayer de se détacher de la réalité alors que l’autre partie reste connectée. Il s’agit de la dissociation.

La dissociation permet à l’individu de supporter l’insupportable, de faire face à des situations douloureuses traumatisantes ou incohérentes, mais a pour conséquence l’écroulement de l’égo. On est en face d’un sujet dont la personnalité est comme brisé en morceaux. Inversement, dans le cas de figure de la fugue psychotique, la personne perd pied et fuit complètement la réalité de la situation qui lui paraît ingérable.

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La fuite de la réalité qu’elle soit partielle ou totale ne se révèle pas toujours efficace pour absorber la souffrance. Généralement, la plupart des malades préfèrent mettre fin à leur vie afin d’arrêter l’insoutenable douleur. Le suicide pour eux, n’est ni égoïsme – ni lâcheté ; c’est le moyen tout trouvé pour arrêter de souffrir. Lorsque la maladie fait autant de ravages, lorsque la souffrance est si destructrice, le réflexe voudrait qu’on se donne des moyens de le prévenir, sauf que la maladie mentale n’est pas prévisible. « La dépression frappe au hasard : c’est une maladie, pas un état d’âme », martèle Tahar Ben Jelloun

Et s’il n’y a pas de voies de prévention, il y a certainement des moyens de sortir de cet engrenage ? Nos interviewés nous proposent quelques pistes.

Comment gagner le combat contre la dépression ?

Pour sortir du tunnel de la dépression, Thierry Nkeli Faha, artiste togolais de la chanson vivant à Nantes (France), préconise l’amour comme la voie ultime de salut pour les malades. « La dépression, ça se laisse toucher par des gestes d’amour et la compassion. Étant donné que c’est le manque d’amour et le manque d’affection qui sont de loin les causes de l’état dépressif chez un individu, c’est justement l’amour et l’affection qui peuvent l’aider à guérir. Si le manque d’amour a été à la racine du désordre, il faudrait que l’amour inconditionnel des proches aide à réparer le mal. Il s’agit, surtout, de faire savoir à celui qui est complètement désemparé qu’il n’est pas seul », a-t-il confié à notre rédaction.

Pour Yolande Ahanou, juriste, le secours se trouve en Dieu et dans sa parole ainsi qu’un entourage bienveillant. « C’est une épreuve dévastatrice qu’est celle de la dépression. Ce fût un moment de fragilité, de souffrance effroyable, de questionnement et une remise en cause du sens de ma vie, pour ce qui me concerne. J’ai traversé mon épreuve en m’accrochant à Dieu et ma foi. J’ai également eu la chance d’avoir trouvé auprès de ma famille la compréhension et le soutien nécessaire pour me relever et aller de l’avant. Aujourd’hui, je puis dire qu’un bon entourage et la foi en Dieu sont salvateurs », témoigne-t-elle.

La dépression

Des confidences recueillies, le rôle de l’entourage et la foi semblent occuper une place prépondérante dans la victoire sur la dépression. Christelle K, femme d’affaires, confie : « Le fait d’avoir un entourage compréhensif et bienveillant, des personnes qui savent écouter, qui savent donner de la distance quand il le faut permet de sortir de sa bulle. » Hormis cette ressource importante, elle précise que sa foi et la chance d’avoir des enfants sont vitales pour elle et lui permettent de sortir très vite de ses états léthargiques.

Nous avons également tendu notre micro à Essy Kodjo, femme d’affaires, Directrice de Perles & Pagnes : « La dépression, ce sont des moments à vide très énergivores où l’on se sent démuni et fragilisé. Pour que cet état ne perdure pas, il est important de se reconnecter avec soi-même et les choses qui nous font plaisir (musique, les ballades, la lecture, le sport, la spiritualité) et les vivre intensément », conseille la multi-entrepreneure.

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Raissa Ameko, Présidente de Woman for Young Women Association a tenu également, sur la base de son vécu à dire son mot : « Nombre de préconçus entourent la maladie. Pourtant, la dépression bien qu’elle soit une affection de l’âme est une maladie au même titre que celles somatiques. Pour s’en sortir, il faut que les malades aient le courage de demander de l’aide. Il est également important de mettre en place des cadres d’échanges dans lesquels ces derniers pourront libérer la parole. La psychothérapie est, par ailleurs, une piste non négligeable. Personnellement, j’ai pu vaincre définitivement le mal par la foi et la prière. J’ai surtout travaillé à m’éloigner des contextes et personnes qui n’étaient pas favorables à mon bien-être et en me construisant la vie que je veux », a-t-elle déclaré.

« En travaillant à trouver la cause de mes dépressions, j’ai pu relever que mes fêlures à l’âme ainsi que ma crise identitaire constituaient les deux éléments qui faisaient le lit à la maladie. J’ai pu soigner le mal à la racine et depuis que j’ai saisis ma pleine identité de fille de Dieu, mon estime personnelle a été regonflée. J’ai définitivement tourné le dos à la dépression et je n’ai jamais été aussi épanouie. Il faut, à mon avis à un moment passer de la victimisation à la responsabilité », a-t-elle ajouté.

Halte aux préjugés

Sur le chemin de la guérison, les malades de la dépression butent très souvent contre un obstacle majeur : la stigmatisation. Elle est le fait des multiples préjugés qui entourent la maladie liée à l’incompréhension de la pathologie. Les malades sont souvent qualifiés de fous, de fainéants, lorsqu’on ne minimise ou méprise pas leur souffrance. Cet état de chose encourage le repli, l’isolement et exacerbe la souffrance.

Évoluer avec une maladie mentale, être incompris et seul face à sa souffrance intérieure est déjà une lourde épreuve. Les personnes, au-delà du diagnostic, demeurent des humains avec toute leur dignité. Ce n’est pas la maladie mentale qui est déshumanisante mais bien les préjugés.

S’il est trop difficile de comprendre, il est néanmoins, à la portée de tous de ne point juger ce qu’on ne connait pas et ce qu’on ne vit pas, de faire preuve d’empathie, ne pas éviter. Bien que la dépression soit encore taboue dans nos sociétés africaines, elle n’en demeure pas moins réelle. Il est, de ce fait, important de lutter contre les fausses idées afin de permettre aux malades de libérer la parole et de demander de l’aide.

De l’espoir pour les malades ?

La dépression comme toutes les maladies mentales est un drame, une mort psychique. Thérèse de Lisieux la décrit comme l’expérience la plus douloureuse de notre faiblesse humaine, c’est-à-dire l’incapacité de vouloir et la paralysie de tout désir. « Je voudrais bien, mais je ne peux pas. Je voudrais vouloir, mais je ne veux rien ! »

Néanmoins, il y a un espoir de se rétablir et se réinsérer dans la société, de retrouver goût et espoir de vivre. Elle procède de l’audace du malade à rechercher de l’aide (médicamenteuse et psychologique) et à la capacité de l’entourage à jouer son rôle de soutien et à ne point juger.

Si vous luttez actuellement contre cette affection pernicieuse, vous devez savoir que vous n’êtes pas seules.

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Par Ida ABALO

Blogueuse / Rédactrice Web chez Ocean's News

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