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Dossier : le Togo à l’heure du coronavirus

Le coronavirus n’est plus à présenter. La pandémie a fait, en 3 mois, environ plus de 15 000 morts et plus de 328 275 personnes infectées dans 185 pays selon les chiffres officiels de l’Organisation mondiale de la santé (mis à jour du 23 mars 2020) et, la maladie continue de sévir. L’Afrique qui, au début, paraissait immunisée se retrouve à présent avec de nombreux cas dans une trentaine de pays.

Face à cet état de chose, le gouvernement Togolais n’a pas manqué de prendre des mesures pour la protection de sa population. Toutefois, ces mesures sont-elles efficaces ? La population arrive-t-elle à les respecter ? La rédaction du magazine Ocean’s News est partie à la rencontre d’une partie de la population de Lomé pour vous donner la température de la capitale togolaise, à l’heure du coronavirus.

MAGAZINE OCEAN'S NEWS

Il est 17h33 à Lomé, dans le quartier de Totsi et de ses environs, des citoyens vaquent à leurs différentes occupations. Certains rentrent du boulot, d’autres y sont toujours. La méfiance n’est pas encore de rigueur mais, on sent monter une psychose générale. Un seul mot anime la plupart des discussions : coronavirus. Le Togo à l’heure du coronavirus, c’est la peur, la méfiance et un peu de frustration qui se lit sur le visage des uns et des autres.

La psychose générale

Nous sommes le 20 mars 2020 (date de notre micro-trottoir), et une bonne partie de la population togolaise est désinformée quant à la pandémie du coronavirus et aux mesures prises par le gouvernement pour endiguer l’expansion du virus. Mais parmi ceux qui comprennent les enjeux d’une propagation du virus dans le pays, on sent monter la peur. Les plus courageux ont partagé leurs craintes avec nous. Pour la plupart, ils craignent surtout l’incapacité de l’État Togolais à pouvoir prendre en charge tous les malades si le virus devait se propager.

« Ça fait flipper, la situation fait vraiment peur et sérieusement. Parce que si nous voyons ce qui se passe dans les autres pays, plus développés, par rapport à notre pays qui manque franchement de structures sanitaires et d’équipements médicaux, si jamais l’épidémie devait avoir l’ampleur qu’elle a là-bas, ce serait catastrophique pour nous. Jusque-là, nous avons une certaine anxiété en nous mais nous essayons de garder le contrôle et de ne pas céder à la panique parce que la panique ne résoudra rien. Il suffit de suivre les mesures de prévention prévues par les autorités sanitaires et tout ira pour le mieux », reconnaît un citoyen qui a tenu à garder l’anonymat.

Alors que le virus gagne peu à peu du terrain au Togo, le gouvernement a pris des mesures pour empêcher que le pays arrive à une situation ingérable. Mais, certains citoyens déplorent le fait qu’il y ait très peu de communication et de sensibilisation sur la pandémie.

« Je crois effectivement que le virus est au Togo et peut faire des victimes. Je ne sais pas si on va s’en sortir vraiment, l’on espère s’en sortir quand même. L’État togolais a pris des dispositions pour épargner la population de ce fléau mais, selon moi, c’est insuffisant. On ne sait pas pour le moment comment savoir si on a réellement le virus dans le corps ou pas, du moins, on n’est pas bien informé sur comment le virus se manifeste. Des fois tu ressens des malaises et tu te fais des idées. Actuellement, il y a la peur partout », déplore un autre.

« La situation actuelle est inquiétante à mon sens et bien que les gens commencent à en parler, très peu prennent la réelle mesure de ce qui arrive. Nos structures sanitaires ne sont pas en mesure de gérer les malades du coronavirus qui vont arriver dans les prochains jours. Je pense que nos autorités ont perdu du temps précieux en n’informant pas suffisamment la population sur la menace que représente ce virus invisible mais qui prend inexorablement de l’avance. Les dernières mesures prises par le gouvernement restent à saluer mais j’estime qu’il aurait pu faire davantage et mettre à contribution tout le monde dans la mesure de ses capacités à sensibiliser son entourage », s’inquiète Alfred, vendeur de pièces détachés.

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« Dès qu’on parle du coronavirus, je tremble comme une feuille parce que le virus est très contagieux et donc difficile à contenir », confie une étudiante obligée de passer ses journées à la maison, après la décision du gouvernement de fermer les Établissements scolaires et universitaires. À ce propos, elle salue la décision du gouvernement. L’école représente selon elle un moyen efficace de propagation du virus. « Le gouvernement a bien fait de fermer les écoles parce qu’à l’école on a l’habitude de saluer les gens, de rester en groupe serré. Ce qui représente un vrai danger pour tous », a-t-elle déclaré.

L’aéroport international Gnassingbé Eyadéma fermé

Le directeur de la Société Aéroportuaire de Lomé-Tokoin, M. Gnama Latta expliquerait à des passagers provenant de l’extérieur les mesures prises par le gouvernement. « J’ai reçu une vidéo ce matin dans laquelle M. Latta [NDLR, le directeur de Société Aéroportuaire de Lomé-Tokoin] était en train d’expliquer à nos frères togolais qui sont rentrés de l’étranger qu’ils ont pris des dispositions pour ne pas laisser les gens rentrer n’importe comment dans le pays, même s’ils sont dans leur propre pays. Ils ont également mis en place un scanner thermique pour contrôler la température corporelle des gens. Et aussi un bus climatisé pour ramener chaque personne déclarée saine chez elle à la maison », nous a confié une réalisatrice télé.

Même si les mesures ont ralenti plusieurs activités, dans certaines structures de la capitale, cela ne se fait pas ressentir pour le moment. Au micro du Magazine Ocean’s News, M. Francis FIATY, gestionnaire de formation et gérant d’un cyber café et d’une salle de jeu, confie que les mesures prises n’affectent pas son chiffre d’affaires. « Par rapport aux mesures je dirai que de manière direct ça n’affecte pas mon business étant donné que nous ne sommes pas encore arrivés à l’étape de confinement », rassure-t-il.

Cent mètres plus loin, dans une pharmacie de la place, les réalités ne sont pas les mêmes. Approché par notre rédaction, l’un des pharmaciens laisse entendre que le chiffre d’affaires n’est plus aussi florissant qu’avant l’instauration des mesures prises par le gouvernement.

« Nous prenons en considération les mesures prises par le gouvernement Togolais. Mais depuis le début de cette pandémie du coronavirus, nos chiffres d’affaires sont en fortes baisses. Les clients se ruent essentiellement vers les désinfectants, les cache-nez et les gants », renseigne DONSO Komi.

Qu’en est-il des mesures sanitaires ?

Les conseils sanitaires pour limiter la propagation du coronavirus semblent simples mais ne sont pas évidents à respecter pour tous. Toutefois, ceux qui comprennent que la sécurité nationale en dépend prennent cela très à cœur.

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« Ce n’est pas facile mais on s’efforce parce qu’au point où on en est, c’est une question de vie ou de mort. Ce n’est plus une simple toux ou le palu auquel cas tu peux aller à la pharmacie prendre un produit ou un sérum. Là c’est différent », déclare une passante. « Il va donc falloir que tout le monde prenne des mesures pour qu’on puisse être en bonne santé. Parce que ce n’est pas une question d’une personne mais le combat doit être unanime pour que la population ne soit pas infectée à ce niveau parce que si nous sommes infectés, on va mourir comme des rats », a-t-elle conclu.

 Une équipe des Maisons TV5Monde - Togo sensibilise les jeunes sur les mesures d’hygiène à respecter pour prévenir le coronavirus
Une équipe des Maisons TV5Monde – Togo sensibilise les jeunes dans les rues de Lomé sur les mesures d’hygiène à respecter pour prévenir le coronavirus – Crédit : Maisons TV5Monde

« Pour ce qui est des mesures sanitaires, je suis bien équipé, j’ai des gants et du gel désinfectant étant donné que je suis en contact direct avec les clients pour l’échange monétaire », lâche M. Fiaty, les mains vêtues d’une paire de gants en latex bleue. Le trentenaire regrette toutefois l’absence de sensibilisation. Pour lui, la population est si désinformée qu’elle trouve les gestes préventifs qu’il fait étrange. « Mais ce que je déplore c’est que la population n’est pas si sensibilisée que ça. Parce que quand je fais les transferts de crédit, généralement on a l’habitude de tendre le portable aux clients pour qu’ils saisissent leur numéro. Mais à partir d’un moment j’ai arrêté ça. Je leur demande de me donner le numéro et il y a certains qui trouvent cela étrange. Et d’autres quand ils voient mes gants me regardent d’un air bizarre. Je comprends donc derrière tout ça qu’il y a un grand manque de sensibilisation des populations afin qu’elles soient bien informées et puissent prendre les mesures nécessaires », poursuit M. Fiaty.

L’État doit être plus rigoureux dans la prise des mesures, afin de véritablement contenir la propagation de la pandémie, martèle un citoyen inquiet. « Je pense que c’est le moment pour l’État de jouer sa fonction régalienne pour préserver la population en durcissant à tous les niveaux le respect des mesures de prévention. La fermeté et la discipline en Chine ont contribué fortement à contenir la pandémie mais aussi les moyens financiers conséquents injectés à bon escient », explique-t-il. « Le Tout-Puissant est là et veille sur tous ses enfants, mais si chacun ne prend pas conscience pour commencer à changer certaines habitudes pour se protéger et protéger les autres, la propagation continuera, poursuit-il. Ne nous voilons pas la face et soyons pragmatiques. Je ne voudrais pas être pessimiste mais j’estime qu’une situation bien plus difficile est à envisager et à craindre tant que des mesures encore plus restrictives ne seront pas appliquées », met-il en garde.

Un confinement est à envisager ?

Pour pouvoir limiter l’avancée du coronavirus, la Chine et les États occidentaux ont dû confiner leurs populations. Mais connaissant la situation économique du Togo, le gouvernement devrait-il suivre la même procédure ? Peut-on survivre à un confinement ? Eric Edah pense que oui : « On peut survivre à un confinement, mais cela ne restera pas sans conséquences sociales et surtout économiques », dit-il.

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Des mesures mises en place jugées insuffisantes par la population

Pour la plupart des personnes approchées, comme cette citoyenne, les mesures ne suffisent pas. Il faudrait, selon elle, mettre en place un camp d’isolement pour toute personne qui serait testé positif au virus. Cela empêcherait que des personnes infectées se mélangent à la population saine.

« Ce que moi j’aimerais que le gouvernement fasse, c’est de mettre en place un camp d’isolement au cas où on aurait des victimes du coronavirus. Il faut qu’on puisse les amener là-bas pour qu’ils ne puissent pas se mélanger à la population. Et qu’on est quand même la victoire sur la maladie parce que là où on est, on est attaqué », a-t-elle laissé entendre.

« Les gestes barrières, oui, mais ils ne sont pas systématiquement appliqués, quand je regarde ce qui se passe dans la rue. Ils sont difficiles à suivre pour quelqu’un qui n’a pas d’autres moyens que de prendre le transport en commun (Sotral, taxi, taxi-moto) pour aller chercher son pain quotidien. Le grand marché de Lomé qui représente l’un des plus grands centres névralgiques potentiels de vecteur des germes de ce virus est toujours animé… les gens sont obligés de sortir de chez eux parce qu’ils n’ont pas une économie qui leur permet de faire des provisions sur une période minimale d’une dizaine de jours… Alors que ce qui arrive devant nous paralyserait sur deux, trois mois, voire plus », explique Alfred cité un peu plus haut.

Rappelons que les derniers chiffres officiels mis à jour le 23 mars 2020 portent à 18 les personnes infectées au Togo. Le Chef de l’État Togolais a décidé que le CHR Lomé-Commune soit dédié uniquement à la prise en charge des maladies infectieuses. À cet effet, les dispositions urgentes ont été prises et les malades du coronavirus ont été transférés le samedi 21 mars 2020 dans ledit CHR. Les patients qui y étaient hospitalisés ont été transférés dans les autres hôpitaux publics de Lomé.

Un site d’information exclusivement dédié à l’actualité sur le coronavirus au Togo : covid19.gouv.tg a également été mis à disposition de la population pour avoir les bonnes informations à temps, et lutter contre la propagation de fausses informations.

Ce petit sondage effectué par la rédaction du magazine Ocean’s News soulève des points capitaux quant aux mesures prises par le gouvernement. Le plus flagrant est le manque d’informations sur la maladie et sur ses moyens de propagation. Cette désinformation expose un très grand nombre de la population à la contamination sans qu’ils n’en soient conscients.

Nous sommes d’accord que des mesures supplémentaires doivent être prises, mais lesquelles ? Cela n’affecteraient-elles pas encore plus la population déjà vulnérable ? Et si nous devons en arriver à l’étape du confinement, comment confiner un peuple au faible pouvoir d’achat qui vit au jour le jour ? Autant de paramètres dont devront tenir compte les têtes dirigeantes dans les prochaines décisions qu’ils prendront face à cette pandémie.

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