Dernière parution: Ocean's News No 12  (Version PDF)

La Conférence Choisis La Vie

Dossiers

Solim 13 ans, « tombée enceinte par insouciance », engagée contre les mariages et grossesses précoces

Solim 13 ans, « tombée enceinte par insouciance », engagée contre les mariages et grossesses précoces

C’est l’histoire d’une adolescente de Djarkpanga, un village du nord du Togo, qui élève son bébé avec sa mère, ses frères, ses sœurs. Portrait sensible à la lueur de la bougie (inspirer d’une histoire vraie).

Fragile, flamme vacillante. Et pourtant elle éclaire son monde. Posée sur le sol, la bougie étire nos ombres jusqu’au toit de tôle. Les regards ne se croisent pas, invisibles dans la pénombre. Seules les mains et les jambes sur lesquelles elles reposent sont visibles. Solim entrecroise les doigts, serre ses paumes, l’une dans l’autre. Des mains sans âge. Les gestes sont enfantins, les phalanges fines, mais la bougie étale toutes les ombres calleuses, crevasses et cicatrices. Des mains de travailleuse, des mains d’enfant, des mains de mère.

Solim est tout ça à la fois, depuis quatorze mois, date à laquelle elle a accouché d’une petite fille. Elle avait 13 ans quand elle est devenue mère dans le quartier pauvre de cette localité du nord du Togo.

La maison de Solim est au centre de Djarkpanga, à côté du grand baobab sous lequel les femmes se réunissent pour partager des causeries. Seules les étoiles scintillent dans cette nuit d’encre. Sans eau courante ni électricité, c’est à la lueur des lucioles que l’on se rend au puits. La case dans laquelle dort Solim avec sa mère, ses frères et ses sœurs un bâti en torchis très étroit. Deux claies en guise de lit, une moustiquaire et quelques tabourets.

L’histoire de Solim

« Je ne sais pas comment tout cela a pu m’arriver ». Je suis tombée enceinte par insouciance. Pas par un inconnu, mais mon petit copain. Nous étions ensemble depuis deux ans. J’avais 12 ans, lui un peu plus. Un soir, chez ses parents, nous étions seuls. Il s’est approché de moi et m’a touchée, là. Je ne savais pas ce qu’il me voulait alors je l’ai laissé faire. Il s’est appuyé, a recommencé, plusieurs fois. Je n’osais pas réagir malgré la douleur. Les jours et les semaines suivantes, il me forçait à le refaire. Cela me déplaisait mais je craignais de le décevoir. À qui me confier ? À ses parents que je ne connaissais pas ? À ma mère ? Non… Comment en parler ? Et… Je l’aimais.

Lire aussi:  Découverte: Carlos Houeledjo, le joueur béninois de Flamengo de Latacunga

Quand c’est arrivé, je ne savais pas que je venais de tomber enceinte. C’est ma mère qui s’en est rendue compte la première. En quelques mois, j’avais pris du poids, mon nombril grossissait et mes seins aussi. À l’époque, je vivais chez ma grand-mère dans un village éloigné de Bassar. Quand je suis rentrée chez ma mère, elle m’a vue puis s’est effondrée.

« J’ai compris immédiatement que ma fille était enceinte. Ça m’a fait si mal que j’ai voulu me suicider »

La mère était si surprise et désespérée que la fille : « J’ai compris immédiatement que ma fille était enceinte. Je le lui ai dit. Alors elle s’est mise à pleurer et a couru vers sa grande sœur pour se réfugier dans ses bras. Moi, ça m’a fait si mal que j’ai voulu me suicider. Solim n’a jamais connu son père qui est mort en voyage quand j’étais enceinte de trois mois. J’avais l’impression que l’histoire se répétait et que tous les efforts que j’avais faits pour ne pas qu’elle tombe enceinte avaient été vains. »

Lire aussi:  Dossier: Jeunes et réseaux sociaux, entre effet de mode et dépendance ?

Solim arrache une cuticule et forme deux poings, frottant son pouce contre l’index dans un mouvement circulaire.

« Voir ma mère ainsi m’a mise dans un profond état de honte et de culpabilité. Je pensais à mon avenir, à ma vie. Je ne savais pas que je pouvais tomber enceinte avec ce que me faisait mon copain. Je ne savais rien non plus de la contraception et je n’avais jamais vu de femme enceinte, j’étais choquée. Je pensais à ma situation, celle de ma famille. Je me demandais comment ma mère pourrait faire vivre quelqu’un de plus alors qu’elle est seule et gagne si peu d’argent au marché. Mais elle est restée, elle m’a soutenue. »

« Puis, saisissant son bracelet, elle le roule entre ses doigts, de haut en bas. Le regard fixé sur les plis du pagne. Une larme, puis une deuxième. Les vannes s’ouvrent et elle fond comme une statue de sel. »

« J’ai dû arrêter l’école en sixième. Mon principal m’a demandé de ne plus venir en classe jusqu’à ce que j’accouche. De toute façon, je n’étais pas bien à l’école. Je n’avais pas de bonnes notes. J’en ai parlé au Directeur du centre pour adolescents de notre village qui s’occupe des cas de grossesses précoces. De temporaire, mon absence sur les bancs est devenue définitive. J’ai arrêté l’école. Mais le Directeur du centre m’a aidée à m’inscrire à une formation en coiffure à l’école professionnelle. »

J’étais terrifiée. Je me demandais sans cesse si moi, avec mon petit corps, je pouvais donner naissance à un enfant

À cette époque, j’étais terrifiée. Je me demandais sans cesse si moi, avec mon petit corps, je pouvais donner naissance à un enfant. Pourtant, je n’ai parlé de mes inquiétudes à personne. J’avais peur que l’on me fasse une césarienne pour sortir le bébé et que j’en perde la vie ou la sienne. C’est ce que disaient mes voisins qui n’arrêtaient pas de parler des risques qui m’attendaient. Cela me terrorisait.

Lire aussi:  Dossier : les diplômes ne garantissent plus un avenir meilleur

Le jour où les contractions se sont intensifiées, la mère de Solim a fait venir la seule ambulance capable de s’aventurer dans ce quartier, où même les motos-taxis ne vont pas. Le centre pour adolescents du village a payé les frais de prise en charge de la jeune fille enceinte. Sans difficulté, elle a donné naissance à une fille. Le rideau remue, deux bras la déposent dans son giron.

 « Certes, j’ai accouché jeune, mais ça ne m’empêchera pas de réussir. Je terminerai ma formation et j’ouvrirai mon salon de coiffure. Ensuite j’irai travailler dans l’Armée. J’ai toujours voulu travailler dans l’Armée. Pour le moment, je ne pense pas au mariage. Je me sens coupable d’avoir cédé aux envies de ce garçon. Je le regrette vraiment », a expliqué Solim.

Aujourd’hui, beaucoup de gens regardent Solim de travers, mais la jeune fille regarde le bon côté des choses. Elle a rejoint le club de jeunes filles de son village et s’est fait de nouvelles amies. Elles font des visites à domicile, organisent des causeries autour de thématiques comme les grossesses précoces et les mariages d’enfants. Elles sensibilisent d’autres adolescentes à la contraception et font en sorte qu’elles ne soient pas déscolarisées pour être mariées. Solim et ses amies veillent aussi à ce que ces adolescentes ne fuguent pas.

Voilà une histoire bien triste mais qui finalement se termine sur une bien bonne note. Malgré son dérapage, Solim a reprit sa vie en main et est devenue un exemple parfait pour les jeunes filles de son village.

Facebook Comments

Foire Internationale du livre de Lomé 2019

Articles similaires
ActualitésDossiers

Dossier : les diplômes ne garantissent plus un avenir meilleur

ActualitésDossiersSport

Découverte: Carlos Houeledjo, le joueur béninois de Flamengo de Latacunga

DossiersEntrepreneuriat

Les défis des jeunes africains en entrepreneuriat

Dossiers

L’Amour au-delà de la différence d’âge

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *