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Fatoumata Bâ : un pari résolu sur l’Afrique et ses femmes

Fatoumata Bâ Fatoumata Bâ
Fatoumata Bâ, fondatrice de Janngo Capital ©️Janngo Capital

En octobre 2024, Janngo Capital bouclait son deuxième fonds à 78 millions de dollars, soit 20 % au-dessus de son objectif initial. Une performance réalisée dans un contexte de recul général du capital-risque africain, où les financements ont chuté de 7 % en un an. Derrière ce résultat, Fatoumata Bâ, fondatrice et présidente exécutive de Janngo Capital, une femme qui a compris avant beaucoup d’autres que l’Afrique ne manque pas de talents, mais de capitaux orientés vers les bons endroits. En 2025, le magazine TIME la consacre parmi les femmes les plus influentes du monde. Portrait.

À Dakar, dans les années 1990, peu de familles de la classe moyenne ont un ordinateur à la maison. Fatoumata Bâ, elle, grandit avec. Et très tôt, la machine devient son terrain d’exploration favori. Cette proximité précoce avec la technologie va dessiner, sans qu’elle le sache encore, la trajectoire d’une femme qui allait devenir l’une des investisseuses les plus écoutées du continent africain.

Aujourd’hui, Fatoumata Bâ dirige Janngo Capital depuis Abidjan, avec des bureaux à Maurice, Tunis et Paris. Son portefeuille couvre 21 startups réparties dans 14 pays africains, dans des secteurs aussi divers que la santé, la logistique, les services financiers et l’agroalimentaire. Plus de 20 000 emplois ont été créés par les entreprises qu’elle a financées. Et son deuxième fonds, clôturé en octobre 2024 à 78 millions de dollars, est aujourd’hui le plus grand fonds de capital-risque tech dédié à l’égalité des genres sur le continent.

Dakar, Lomé, Toulouse : une formation à la croisée des continents

Née en 1986 à Dakar dans une famille de la classe moyenne, Fatoumata Bâ obtient son baccalauréat au Togo avant de poursuivre ses études en France en 2004. Elle décroche une licence à la Toulouse Business School, puis un master en management, stratégie, marketing et finance à l’ESC Toulouse. Plus tard, elle enrichit sa formation à la Harvard Kennedy School, dans un programme de leadership mondial et de politique publique.

Ce parcours géographique fragmenté forge en elle une lecture du monde qui dépasse les frontières nationales. Elle grandit entre le Sénégal et le Togo, se forme en France, observe le marché américain à Harvard. Quand elle revient vers l’Afrique, elle ne revient avec des questions que seul le terrain peut résoudre.

Fatoumata Bâ, fondatrice de Janngo Capital
Fatoumata Bâ, fondatrice de Janngo Capital ©️Janngo Capital

Sa carrière professionnelle débute en 2007 comme chargée de développement chez Index Multimedia. Elle rejoint ensuite France Télécom à Toulouse pendant deux ans, puis Atos à Paris, où elle intervient auprès de grands groupes français sur des sujets de transformation numérique. 

Ces premières années en Europe sont des années d’observation. Elle voit comment les entreprises technologiques occidentales fonctionnent, comment elles se financent, comment elles échouent ou réussissent. Et elle mesure chaque jour l’écart entre ce qui existe et ce qui pourrait exister sur le continent africain.

En 2013, Fatoumata Bâ quitte Paris pour Abidjan et cofonde la filiale ivoirienne de Jumia, la plateforme d’e-commerce qui allait devenir la première licorne africaine. Elle prend ensuite la direction de Jumia Nigeria. Elle supervise les performances de plus de 130 opérations dans plus de 30 pays. En 2016, elle intègre le comité exécutif du groupe.

Ce passage chez Jumia est une école à part entière. Fatoumata Bâ y apprend ce que signifie construire une entreprise à l’échelle africaine, avec ses contraintes réglementaires, ses infrastructures fragiles, ses marchés hétérogènes. Elle voit aussi ce que le marché ne fait pas : financer les femmes, soutenir les startups en phase d’amorçage, orienter les capitaux vers les secteurs où l’impact social est le plus fort. C’est cette lacune qui va définir la suite de son histoire.

Janngo Capital : investir là où les autres n’osent pas

En 2018, Fatoumata Bâ fonde Janngo Capital, une société de capital-risque dédiée aux startups tech africaines à fort impact social, avec une attention particulière portée aux entreprises fondées ou dirigées par des femmes. Le nom Janngo vient du wolof et signifie « apprendre ». Un choix qui dit beaucoup sur la philosophie de la fondatrice : investir, c’est aussi transmettre.

Janngo Capital investit dans des startups africaines dans des secteurs comme la santé, la logistique, les services financiers, l’agroalimentaire, la mobilité et l’économie créative, avec des bureaux à Abidjan, Maurice, Tunis et Paris.

La thèse d’investissement est claire et assumée. Janngo Capital s’engage à placer 50 % de ses investissements dans des entreprises fondées, co-fondées ou bénéficiant de manière significative aux femmes. Ce n’est pas une posture. C’est une conviction chiffrée, vérifiable, qui se traduit concrètement dans chaque décision de portefeuille.

Depuis sa création, Janngo Capital a réalisé une trentaine d’investissements au sein de 21 startups et réussi sa sortie de la fintech tunisienne Expensya, avec un taux de rendement interne moyen de 48 %. La vente d’Expensya à la licorne Medius reste l’une des plus grandes transactions de la région MENA dans ce segment.

78 millions de dollars pour Fatoumata Bâ dans un marché en recul

Fatoumata Bâ, fondatrice de Janngo Capital
Fatoumata Bâ, fondatrice de Janngo Capital, investisseuse sénégalaise ©️picture alliance/Getty Images

En octobre 2024, Janngo Capital annonce la clôture de son deuxième fonds à 78 millions de dollars, une mobilisation qui dépasse de 20 % son objectif initial de 63 millions de dollars. La performance est remarquable dans un contexte où le capital-risque africain est en repli. En 2024, les fonds de capital-risque africains n’ont levé que 3,2 milliards de dollars, soit un recul de 7 % par rapport à l’année précédente.

Au tour de table, des investisseurs institutionnels de premier rang comme l’Agence américaine de financement du développement international, la Société financière internationale, la Mastercard Foundation Africa Growth Fund, le fonds tunisien Anava et le fonds de dotation de l’Université ghanéenne Ashesi University.

Avec ce deuxième fonds, Janngo Capital prévoit d’investir jusqu’à 5 millions de dollars par startup en plusieurs tranches, en ciblant principalement l’Afrique de l’Ouest et des secteurs comme la santé, la logistique et les services financiers.

Fatoumata Bâ ne cache pas les obstacles. Lever des fonds en tant que femme africaine francophone dans la trentaine pour un fonds tech africain, ce n’est pas une promenade, dit-elle. Elle a elle-même qualifié cette démarche de « not for the faint of heart ». Ce langage direct, sans fioriture, est caractéristique de sa communication publique. Elle ne vend pas un rêve. Elle décrit une réalité et propose des outils pour la changer.

Fatoumata Bâ : un engagement dont le continent tire profit

Fatoumata Bâ a formulé un constat que peu d’acteurs osent poser avec autant de netteté : l’Afrique représente 17 % de la population mondiale, mais n’attire que 1 à 2 % des financements mondiaux en capital-risque. Une part qui est restée stagnante malgré la croissance du secteur.

Derrière ce chiffre, il y a des milliers d’entrepreneurs africains avec des projets solides, des marchés réels et des modèles économiques viables, qui ne trouvent pas de financeurs parce que les capitaux globaux restent concentrés dans quelques écosystèmes dominants.

Ce qu’elle construit avec Janngo Capital, c’est une réponse structurelle à ce déséquilibre. Pas un fonds philanthropique. Un véhicule d’investissement rentable, avec des sorties réussies et des rendements mesurables, qui prouve que miser sur l’Afrique et sur ses femmes n’est pas un acte de générosité. C’est une décision financière intelligente.

En 2025, le TIME la place parmi les femmes les plus influentes au monde. Ce n’est pas une récompense pour ce qu’elle a fait, mais une reconnaissance de ce qu’elle est en train de construire. Et la construction, pour le bien de l’Afrique, est loin d’être terminée.

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