Le silence de son atelier n’est rompu que par un tapotement rythmique, presque hypnotique. Tac. Tac. Tac. Sur la toile, la pointe d’un marqueur dépose une minuscule goutte d’encre. Seule, elle ne semble rien. Mais multipliée par milliers, elle devient un regard, une ride d’expression, une âme. Derrière ce métronome visuel se cache Célia Agboloto, connue sous le nom de Malice Point, une artiste qui a fait du pointillisme non pas une simple technique, mais une langue vivante. Portrait.
L’histoire de Malice Point est celle d’une quête d’identité et de racines. Autodidacte, héritière d’un métissage entre la Martinique et le Togo, elle porte en elle des géographies multiples qu’elle cherche à réconcilier sur le canevas.
Le véritable tournant de sa carrière ne s’est pas produit dans une galerie feutrée, mais sous le soleil du Mozambique en 2021. Au contact d’enfants lors d’ateliers de création, Malice Point comprend que l’art est avant tout un outil de transmission. De cette expérience naît l’urgence de celle de raconter l’humain, un point à la fois.
Là où les maîtres impressionnistes utilisaient jadis le pinceau pour fragmenter la lumière, Malice Point s’approprie les outils de son époque pour sculpter la mémoire. Son processus s’apparente à un marathon de patience, une chorégraphie précise où chaque outil joue un rôle bien défini. Elle entame la toile avec le débit généreux des MOP’R pour imposer les volumes et donner le rythme initial à la composition, tandis que l’acrylique vient apporter une profondeur charnelle aux aplats de couleur.
Puis vient le temps de l’infiniment petit. Avec ses marqueurs aux pointes fines, les 3M et 5M, Malice Point s’immerge dans une précision chirurgicale pour faire naître les détails les plus secrets d’un visage. Pour elle, cette répétition obsessionnelle n’est jamais une contrainte, mais un souffle vital. Chaque point posé est une seconde qui s’imprime définitivement sur la toile, comme une cellule venant nourrir une biographie visuelle en pleine croissance.
Son portfolio ressemble à une bibliothèque de légendes. On y croise le regard d’Alicia Keys ou les visages habités de la lignée Kuti. Lorsqu’elle peint Fela ou Seun Kuti, elle tisse des rosaces et des arabesques qui semblent émaner de l’aura même des musiciens. La reconnaissance est d’ailleurs venue du cœur. La famille Kuti elle-même a acquis ses œuvres. Elle voyait dans ces trames pointillées un hommage vibrant à leur propre héritage.
Malice Point : le tournant humaniste, l’enfance comme horizon

L’année 2021 a agi comme un puissant révélateur. Elle a marqué un véritable avant et après dans son parcours artistique. Lors d’un voyage entre le Mozambique et l’Afrique du Sud, Malice Point s’est immergée dans le quotidien d’enfants des rues, en animant des ateliers centrés sur le réemploi des déchets. Ce face-à-face avec la résilience juvénile a déplacé son regard.
Depuis, l’enfance s’est imposée comme son motif central, non pas pour souligner une vulnérabilité, mais pour exalter la dignité et la force de ces destins que le monde croit fragiles. À travers ses nouvelles séries, elle transforme chaque point en un acte de résistance contre l’oubli et offre une nouvelle lumière à ces trajectoires d’espoir.
Loin de rester confinée à la solitude de la toile classique, Malice Point fait voyager son pointillisme au cœur de la culture visuelle contemporaine. Sa signature s’est ainsi déployée sur des supports inattendus, depuis les allées du Sneakers Summit Paris en 2019 jusqu’à une collaboration remarquée sur des skateboards avec l’artiste Yann Couedor ou encore le focus thématique à la Natural Hair Academy.
POSCA lui a également consacré des contenus vidéo autour de son usage du MOP’R. Ces jalons racontent une artiste capable d’embarquer son pointillisme dans la culture visuelle d’aujourd’hui, entre fine art, design et pop culture. Toutes ces distinctions et reconnaissances prouvent que sa technique peut dialoguer avec le design et la pop culture sans jamais perdre son âme.
Avec un accent mis sur le néo-impressionniste issu de Seurat et Signac pour raconter des visages afro-descendants et des scènes d’aujourd’hui, Malice Point tisse un pont entre histoire de l’art et esthétiques afro-contemporaines, entre technique exigeante et narration sociale. Son pointillisme est une manière de donner du temps aux sujets, de laisser les figures émerger de la patience du regard, point après point.
