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Rodrigue Vodounou : le Béninois qui chausse l’Afrique avec élégance

Rodrigue Vodounou Rodrigue Vodounou
Rodrigue Vodounou, Portrait de la semaine n°68

Né en Belgique de parents béninois, Rodrigue Vodounou crée la Maison Goya en 2015. Ses chaussures de luxe, inspirées de l’Afrique et fabriquées en Italie, séduisent de Paris à Dakar. Portrait.

Rodrigue Vodounou naît en Belgique de parents béninois. La famille s’installe en France où il grandit. Dès l’enfance, sa mère lui transmet une passion qui ne le quittera jamais. Elle lui apprend à reconnaître une belle finition, à apprécier la qualité d’un cuir souple, à comprendre qu’une chaussure ne se limite pas à sa fonction utilitaire. Elle lui donne le goût du bel ouvrage et de l’esthétique.

À l’âge adulte, Rodrigue Vodounou se heurte à une limite qu’il peine à accepter. Il remarque que trouver des chaussures qui allient style, qualité et prix abordable relève du parcours du combattant pour les hommes. Les modèles intéressants coûtent une fortune. Les versions accessibles manquent d’originalité. Entre les deux, rien. Pire encore, il ne trouve pas de souliers qui reflètent son identité, sa double culture franco-béninoise.

Après le baccalauréat, Rodrigue Vodounou abandonne les études. Le jeune homme se plonge dans le travail à Paris, enchaîne les expériences. Commercial dans la publicité, puis opticien, il apprend les codes du service client et de la vente. Il monte ensuite sa société de conseil dans le prêt-à-porter de luxe. Cette immersion dans l’univers de la mode affine son regard. Il crée Dandy Services, une entreprise de VTC où il observe la clientèle exigeante. Chaque métier nourrit son projet secret.

Des économies et un aller simple pour l’Italie

Paire de mocassins Francesca de Goya.
La paire de mocassins Francesca de Goya. ©Maison Goya

En 2015, Rodrigue Vodounou prend sa décision. Il économise chaque centime de ses premiers salaires. Avec toutes ses économies en poche, il part en Italie chercher des fabricants. Venise pour les souliers féminins. Montegranaro pour les chaussures masculines. Deux berceaux du savoir-faire italien en matière de chaussures. Les artisans locaux acceptent de travailler avec ce jeune entrepreneur qui débarque avec plus de passion que de capital.

En 2016, Rodrigue Vodounou ouvre officiellement sa boutique dans le 15ème arrondissement de Paris. La Maison Goya voit le jour. Le choix du nom s’impose naturellement. Il cherche un nom de peintre car ses chaussures sont patinées comme des toiles. Il veut aussi un nom cosmopolite, facile à prononcer dans toutes les langues. Goya coche toutes les cases.

L’ADN de la marque se construit à l’image de son fondateur. Les souliers Goya naissent d’un véritable brassage culturel. Inspirés par la créativité africaine, dessinés à Paris, confectionnés avec le savoir-faire italien. Chaque paire allie le style dandy et le chic parisien. Les imprimés africains côtoient les cuirs souples d’agneau et de veau. Le raphia et le coton complètent la gamme.

Rodrigue Vodounou impose une règle d’or à sa marque. Seules des séries limitées sortent de ses ateliers italiens. La livraison entre l’Italie et la France s’effectue tous les quatre mois avec seulement 15 à 20 exemplaires de la même paire. Francesca, une de ses créations emblématiques, n’existe qu’en 50 exemplaires dans le monde. Cette rareté devient la signature de Goya.

La Maison propose différents modèles. Mocassins, sneakers habillées d’imprimés africains, mules, bottes, sandales, chaussures pour enfants. Une palette diversifiée qui coûte entre 150 et 300 euros la paire. Le créateur privilégie les cuirs souples, le raphia, le coton. Des matériaux nobles qu’il associe pour créer des pièces uniques.

La boutique parisienne enregistre rapidement un chiffre d’affaires annuel de 150 000 euros. La clientèle vient de tous horizons, multigénérationnelle. Les acheteurs savent reconnaître une belle finition, apprécier le travail artisanal italien, valoriser l’originalité des créations.

Chaque paire porte un prénom. Martha, Francesca, Francesco, Erelle, Michelle, Kelly, Tangal, Goya’s girl. Des noms de personnes qui comptent pour Rodrigue. Cette touche personnelle transforme chaque achat en histoire. Le client ne choisit pas un simple modèle 347B. Il adopte Michelle ou Francesco.

Rodrigue Vodounou : la conquête de l’Afrique

Rodrigue Vodounou
Rodrigue Vodounou, fondateur de la Maison Goya, marque de chaussures de luxe africaines ©Maison Goya

Le succès parisien ne suffit pas à Rodrigue Vodounou. Dès 2018, le magazine Jeune Afrique note que l’entrepreneur vise avant tout l’Afrique pour son expansion. Rodrigue tient parole. L’Afrique représente pour lui bien plus qu’un marché. C’est un retour aux sources, une manière de réconcilier ses deux identités.

En décembre 2020, la première boutique africaine ouvre ses portes à Cotonou, au Bénin. Un retour symbolique dans le pays de ses parents. La boutique s’installe au cœur de la capitale économique béninoise. Les Cotonois découvrent ces souliers qui racontent l’Afrique autrement. Pas de folklore bon marché. Pas de clichés faciles. Juste de l’élégance et du raffinement.

Puis vient Dakar. La boutique sénégalaise ouvre au Point E, quartier chic de la capitale. L’adresse devient rapidement incontournable pour les amateurs de belles chaussures. La Maison Goya s’implante désormais sur trois places : Paris, Cotonou, Dakar. Trois boutiques qui racontent l’histoire d’un homme qui refuse de choisir entre ses identités.

Les ambassadeurs prestigieux se multiplient. Koffi Olomidé, le roi de la rumba congolaise et sapeur légendaire, adopte les créations Goya. Oswald Homéky, ministre béninois des Sports, se fait photographier avec des baskets Goya aux pieds. Ces personnalités donnent une visibilité internationale à la marque.

La Maison Goya élargit ses services. Au-delà de la vente, elle propose désormais de la cordonnerie, du cirage haut de gamme, de l’entretien de maroquinerie. Rodrigue Vodounou diversifie aussi ses présences. En mai 2022, la marque organise un événement à Kigali, au Rwanda. L’expansion continue. Les clients viennent aujourd’hui du Sénégal, du Congo, des États-Unis, de Belgique. La marque rayonne sur quatre continents.

À 42 ans, Rodrigue Vodounou prouve qu’on peut conquérir le marché du luxe sans renier ses racines. Ses chaussures projettent la mode africaine sur le reste du monde. Elles apportent un éclat supplémentaire à une industrie qui manquait de cette voix.

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