Né à Elig-Mfomo au Cameroun, Abdon Atangana figure parmi les mathématiciens les plus cités au monde. En juin 2023, il devient le premier lauréat du Prix international UNESCO-Al Fozan. Son combat : faire de l’Afrique un producteur de solutions scientifiques.
Abdon Atangana naît le 1ᵉʳ octobre 1985 à Elig-Mfomo, une commune de la région du Centre du Cameroun. Il effectue sa scolarité au lycée d’Obala avant de rejoindre l’Université de Yaoundé 1, où il obtient une licence en mathématiques pures. Le jeune homme poursuit ses études en Afrique du Sud et soutient un doctorat en mathématiques appliquées à l’University of the Free State de Bloemfontein en 2013.
Sa spécialité ? Le calcul fractionnaire et les équations différentielles fractionnaires. Ces domaines mathématiques avancés permettent de modéliser des phénomènes complexes que les mathématiques classiques peinent à expliquer. Abdon Atangana développe des outils pour comprendre la propagation des maladies infectieuses, analyser les transferts de chaleur, étudier l’écoulement des eaux souterraines ou prédire les schémas météorologiques.
Abdon Atangana, la reconnaissance mondiale
En 2019, l’université Stanford classe Abdon Atangana deuxième meilleur mathématicien au monde dans le top 2% des scientifiques mondiaux. La même année, il devient le premier mathématicien à obtenir le Prix TWAS Mohammad A. Hamdan de l’Académie mondiale des sciences. Ce prix récompense un travail mathématique exceptionnel effectué par un scientifique travaillant et vivant en Afrique ou dans la région arabe.
Entre 2019 et 2020, Abdon Atangana figure dans la liste mondiale des 1% des meilleurs scientifiques de Clarivate Web of Science. Il devient le plus jeune mathématicien africain à rejoindre cette liste. En 2017, il était déjà le mathématicien le plus cité au monde à travers ses travaux scientifiques.
Le 19 juin 2023 à Paris, il reçoit le Prix international UNESCO-Al Fozan pour la promotion des jeunes scientifiques en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques. Cette récompense biennale créée en 2021 par l’UNESCO et la Fondation Al-Fozan salue ses contributions exceptionnelles au domaine des mathématiques appliquées.
Les recherches d’Abdon Atangana dépassent le cadre académique. Ses travaux trouvent des applications pratiques dans diverses industries. Le calcul fractionnaire qu’il développe influence par exemple les fonctions de régulateur de vitesse dans les voitures. Ses modèles mathématiques contribuent à créer des stratégies pour réduire la consommation d’énergie et optimiser les systèmes d’énergie renouvelable.

Co-auteur de la dérivée fractionnaire d’Atangana-Baleanu, il introduit une avancée significative dans le domaine. Cette dérivée est aujourd’hui l’une des plus utilisées en mathématiques pour modéliser des processus complexes autrement difficiles à prédire. Avec plus de 270 publications scientifiques et plusieurs ouvrages à son actif, ses recherches ont un impact sur la résolution de problèmes réels dans divers domaines scientifiques et industriels.
En 2026, Abdon Atangana publie un modèle de système dynamique pour analyser les défis de développement au Cameroun. Ses travaux récents portent aussi sur la modélisation des neurones à travers la différenciation fractale et l’induction électromagnétique de Maxwell.
Décoloniser les mathématiques
Professeur à l’University of the Free State de Bloemfontein, Abdon Atangana refuse les offres occidentales pour rester en Afrique. Marié à la chimiste Ernestine Alabaraoye et père de deux garçons, il mène un combat plus profond. « Je resterai en Afrique, je mettrai beaucoup d’efforts pour dégager le chemin et, avec l’aide de Dieu, je construirai une base solide pour la génération à venir », déclare-t-il à la BBC.
Pour lui, ses distinctions « prouvent sans l’ombre d’un doute que les Africains peuvent rester en Afrique, travailler dur, avancer et développer leur continent sans plus d’aide de l’Occident ». Il estime que les gouvernements africains doivent faire plus d’efforts dans la promotion des sciences s’ils veulent changer l’avenir du continent.
Le mathématicien pointe aussi du doigt la manière dont les sciences sont enseignées. « L’une des plus grandes faiblesses est la manière dont les mathématiques sont enseignées au lycée. L’accent n’est pas mis sur les applications, mais des formules sont présentées qui sont parfois très difficiles à comprendre, ce qui décourage généralement les plus jeunes de faire carrière dans les mathématiques », déplore-t-il.
Son rêve ? Que les enfants africains lisent des livres et des articles où des mathématiciens africains ont introduit plusieurs formules mathématiques utilisées principalement pour résoudre des problèmes en Afrique. À 40 ans, Abdon Atangana trace un chemin pour que l’Afrique devienne productrice de solutions scientifiques et non plus simple consommatrice de savoirs venus d’ailleurs.
