NAFA – Nouvelle Architecture Financière Africaine – La Banque africaine de développement réunit, jeudi 9 avril 2026, à Abidjan, les principaux acteurs du financement du continent. L’enjeu dépasse largement la tenue d’un dialogue. Il s’agit de transformer une réforme validée en sommet par les chefs d’État en architecture opérationnelle. Sur un continent qui dispose de près de 4 000 milliards de dollars d’épargne domestique mais peine à la mobiliser, la question n’est plus celle des ressources. Elle est celle de la coordination.
Le Groupe de la Banque africaine de développement réunit le jeudi 9 avril 2026 à Abidjan les principaux acteurs de l’écosystème financier du continent autour d’un dialogue consultatif consacré à la NAFA – Nouvelle Architecture Financière Africaine. L’événement se tient sous le haut patronage du président ivoirien Alassane Ouattara. À sa tête, Sidi Ould Tah, président du Groupe de la BAD, qui engage depuis plusieurs mois l’institution dans une refonte profonde du modèle de financement africain.
L’Afrique fait face à un déficit annuel de financement supérieur à 400 milliards de dollars. Un déséquilibre qui ne tient pas tant à une insuffisance de ressources qu’à des contraintes structurelles persistantes. Les actifs cumulés des fonds souverains, fonds de pension et investisseurs institutionnels africains sont évalués à près de 1 000 milliards de dollars. Le problème, tel que le formule Sidi Ould Tah, est ailleurs. Ce n’est pas un manque de ressources. C’est l’architecture du risque et du capital.
La fragmentation institutionnelle, la faible mutualisation des risques et une coordination limitée entre capitaux publics et privés en réduisent fortement l’impact. Ce diagnostic structure l’ensemble de l’initiative de la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA).
NAFA – Nouvelle Architecture Financière Africaine : une réforme déjà endossée au sommet de l’État
La réunion d’Abidjan ne part pas de zéro. Le 15 février 2026 à Addis-Abeba, lors du 39e Sommet de l’Union africaine, les chefs d’État et de gouvernement ont endossé la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA) comme levier stratégique d’une mobilisation massive des ressources et socle d’une nouvelle souveraineté financière africaine.
Les dirigeants africains ont demandé à Sidi Ould Tah de leur présenter un rapport d’étape sur l’opérationnalisation de la NAFA lors de la prochaine réunion de coordination de l’UA dans six mois. Le dialogue du 9 avril s’inscrit directement dans ce calendrier. Il ne s’agit plus de convaincre, mais de construire.
Ce dialogue marque le passage d’une phase de consultation, engagée depuis octobre 2025, à une logique de mise en œuvre. Les travaux seront structurés autour de neuf Labs thématiques, organisés selon trois axes : architecture du système, mobilisation du capital et déploiement du capital. Chaque groupe de travail devra aboutir à des propositions concrètes, avec en perspective l’adoption d’un Consensus d’Abidjan.
La diversité des participants reflète la nature systémique des enjeux. Gouverneurs de banques centrales, dirigeants de fonds souverains, banques commerciales et régionales, institutions de financement du développement, régulateurs, acteurs des marchés de capitaux, agences de notation, investisseurs institutionnels et fonds de capital-investissement sont attendus.
Le Gouverneur de la BCEAO a déjà participé à une séance de travail de haut niveau consacrée à la NAFA – Nouvelle Architecture Financière Africaine en février 2026 à Abidjan. Il a plaidé pour une intégration renforcée des systèmes financiers et une représentation plus cohérente du continent au sein des instances financières internationales.
La NAFA porte l’ambition de passer de la fragmentation à la coordination, des transactions isolées à l’échelle systémique, de la dépendance aux capitaux extérieurs à la souveraineté financière. Pour les économies africaines, l’enjeu est concret. Un système financier mieux coordonné signifie davantage de financements disponibles pour les infrastructures, l’industrie et la transition énergétique, sans attendre des ressources extérieures soumises aux aléas géopolitiques.
Le Consensus d’Abidjan, s’il se concrétise, pourrait représenter la première feuille de route opérationnelle d’une finance africaine véritablement souveraine. Reste à savoir si la dynamique de coordination résistera à l’épreuve des intérêts nationaux divergents. C’est précisément ce que les semaines à venir permettront de mesurer.
