Issue d’un métissage italo-indien et malgache, Eileen Akbaraly a transformé sa vision du luxe pour bâtir un pont entre artisanat traditionnel et entrepreneuriat social. Depuis Antananarivo, elle dirige Made For A Woman, une maison de mode durable qui valorise les savoir-faire des artisanes malgaches.
Il y a quelque chose d’intime dans les gestes qui tissent le raphia. Dans l’atelier que dirige Eileen Akbaraly, les artisanes travaillent à la lumière douce du matin, leurs doigts nouent, retournent, créent des formes qui sont autant de récits. Pour elle, chaque pièce est une vie, une histoire, une dignité retrouvée. À 30 ans, elle insuffle à la mode malgache une exigence éthique rare, où le luxe se marie à la justice sociale.
Née en 1994 à Madagascar, Eileen Claudia Akbaraly grandit dans une famille aux identités plurielles. Son père, homme d’affaires malgache d’origine indienne, et sa mère italienne lui transmettent l’ambition, les responsabilités et l’esprit de service. Elle grandit entre cultures et responsabilités. Ce double héritage nourrit chez elle une conscience aiguë des inégalités, mais aussi une profonde admiration pour le patrimoine malgache, notamment les savoir-faire artisanaux.
Très jeune, Eileen Akbaraly s’oriente vers la mode. Elle étudie à l’Istituto Marangoni à Milan, puis complète sa formation à Paris avec un master en communication responsable. Son expérience internationale lui donne un double regard : la beauté des matières, la force des récits, mais aussi les dérives d’une industrie où la rentabilité prime parfois sur l’humain.
Made For A Woman : un modèle de luxe inclusif
En 2019, Eileen Akbaraly fonde sa marque Made For A Woman, basée à Antananarivo. L’ambition est de créer un luxe responsable, en valorisant les artisanes malgaches et leur savoir-faire traditionnel, en particulier le tissage du raphia.
Le modèle social de la marque est profondément enraciné dans l’inclusion. Elle emploie des artisanes souvent issues de contextes vulnérables, notamment les mères seules, personnes avec des difficultés sociales, femmes victimes de violence. L’atelier, qui rassemble plus de 350 artisanes, offre des salaires dignes, des services sociaux (santé, éducation, garde d’enfants) et un espace de développement personnel.
La stratégie de l’entrepreneure malgache porte ses fruits. Made For A Woman collabore avec des maisons de luxe réputées comme Chloé (2023) et Fendi (2024). Eileen Akbaraly apparaît également dans des publications prestigieuses, notamment “Vogue Italia”, “WWD”, “W Magazine”, “Elle”.
Son engagement social ne passe pas inaperçu non plys. Elle a été finaliste aux CNMI Sustainable Fashion Awards dans plusieurs catégories. En 2024, elle gagne le Fast Company World Changing Ideas Award pour la région Europe-Moyen-Orient-Afrique, ainsi que le Prix de la Francophonie Économique.
Elle défend un leadership centré sur l’humain, qu’elle résume par son acronyme SHAPE : Social Entrepreneurship, Human-first Approach, Awareness, Personal Growth, Empowerment.
Son ambition est de faire de Made For A Woman une structure coopérative détenue ou fortement influencée par ses artisans, afin de renforcer le pouvoir des femmes qu’elle emploie.
