Dans le Bronx, à New York, la cuisine est d’abord une affaire de mémoire. Chez les parents d’Eric Adjepong, originaires du Ghana, les plats du quotidien prolongent un lien avec le pays d’origine. Riz jollof, sauces épicées, produits importés ou adaptés. L’enfant grandit dans cet univers, sans imaginer qu’il en fera un métier. Portrait.
L’image est restée gravée dans l’esprit des téléspectateurs de l’émission Top Chef aux États-Unis. Un jeune chef, calme et déterminé, présente un plat de riz jollof avec une élégance qui bouscule les codes de la haute cuisine française traditionnelle. Eric Adjepong raconte une histoire à travers ses plats, celle d’une diaspora qui retrouve ses lettres de noblesse à travers les épices et les techniques ancestrales.
Aujourd’hui, ce New-Yorkais de première génération, chef ghanéen-américain, est devenu bien plus qu’une personnalité médiatique. Il incarne un pont culturel entre le Bronx et Accra et porte la voix d’une Afrique moderne et ambitieuse.
Né à New York à la fin des années 1980, Eric Adjepong grandit dans une dualité permanente. Ses parents, immigrés du Ghana, maintiennent au sein du foyer familial les traditions et la langue twi. Pourtant, ses premiers souvenirs marquants se situent à Kumasi, au Ghana, où il vit quelques années durant sa petite enfance.

Il se rappelle encore la course effrénée vers les vendeurs de bofrot, ces beignets frits dont l’odeur marquera son identité culinaire. Cette double culture devient sa force. Dans les rues du Bronx, il découvre une diversité de saveurs mondiales, mais constate avec regret l’absence des plats de sa mère, comme le fufu ou le ragoût de feuilles de coco-yam, sur les écrans de la télévision américaine.
Cette prise de conscience oriente ses choix académiques. Eric Adjepong ne choisit pas la facilité. Il obtient d’abord des diplômes en arts culinaires et en nutrition à l’université Johnson & Wales. Soucieux de comprendre l’impact de l’alimentation sur les populations, il poursuit ses études jusqu’à l’obtention d’un Master en santé publique internationale à l’université de Westminster à Londres.
Cette approche scientifique et nutritionnelle apporte une profondeur rare à sa cuisine, loin des clichés d’une gastronomie africaine uniquement généreuse et familiale.
Eric Adjepong : l’ascension vers la reconnaissance mondiale
Le tournant de sa carrière survient lors de sa participation à la seizième saison de Top Chef Kentucky. Finaliste de la compétition, il utilise cette plateforme pour introduire des ingrédients alors méconnus du grand public américain, comme le fonio ou les épices berbéré.

Sa capacité à marier la rigueur de la brigade française avec les saveurs complexes de l’Afrique de l’Ouest séduit les critiques. Il ne cherche pas à adapter sa cuisine aux standards occidentaux, mais plutôt à élever les produits africains au rang de produits d’exception.
Après ce succès, Eric Adjepong multiplie les projets structurants. Il devient l’hôte de plusieurs émissions sur Food Network, dont Alex vs America et Wildcard Kitchen. Il publie dans le même temps des ouvrages qui font date, notamment son livre de cuisine Sankofa, dont le titre fait référence à un concept ghanéen « retourner chercher ce qui a été oublié ».
À travers ses écrits et ses collaborations, Eric Adjepong démontre que la cuisine ouest-africaine est le socle de nombreuses traditions culinaires à travers les Amériques, du Brésil aux Caraïbes. Au-delà des fourneaux, le parcours du chef ghanéen révèle un mouvement plus large de réappropriation culturelle. Par le biais de ses restaurants et de ses collaborations avec des institutions prestigieuses, il participe activement à l’économie de la gastronomie africaine à l’échelle mondiale.
Pour Eric Adjepong, la cuisine est un véhicule de vérité. Son succès n’est pas seulement celui d’un homme, mais celui d’une vision où l’Afrique n’est plus une périphérie culinaire, mais une source d’inspiration centrale. Le chef continue de tracer sa route, avec la responsabilité de transmettre cet héritage aux générations futures, tout en gardant l’énergie de l’enfant de Kumasi courant après ses rêves.
