Publicité

Restez au courant des actualités les plus importantes

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez nos conditions d'utilisation.

Karim Beguir : le Tunisien au panthéon des pionniers de l’IA

Karim Beguir Karim Beguir
Karim Beguir, fondateur et PDG d'InstaDeep, startup tunisienne d'intelligence artificielle rachetée par BioNTech ©️The Times

En 2012, Karim Beguir quitte son poste de managing director dans la finance londonienne pour retourner à Tataouine. Avec 2 000 dollars, il fonde InstaDeep. Onze ans plus tard, BioNTech rachète sa startup pour 682 millions de dollars. Portrait.

Karim Beguir a un an lorsque sa famille s’installe à Tataouine, dans le sud de la Tunisie. Son père, médecin fraîchement diplômé à Paris, choisit de revenir exercer dans cette ville désertique qui manque de praticiens. La décision forme le jeune garçon. Dans ce coin reculé du Sahara, le père de Karim lui rapporte les derniers ordinateurs et consoles de jeux venus d’Europe. Intel Vision, Atari, Amiga 500. Ces machines éveillent chez l’enfant une passion pour la technologie qui ne le quittera plus.

Né à Échirolles en novembre 1976, Karim Beguir grandit entre deux cultures. Sa mère, professeure d’histoire-géographie originaire des Hautes-Alpes, et son père tunisien cultivent chez leur fils unique une ouverture sur le monde. Le garçon parcourt la Tunisie au fil des années : Tataouine, Djerba, Sousse, Tunis. Il effectue toute sa scolarité dans le système éducatif tunisien avant de rejoindre Paris pour sa terminale.

Au lycée Janson-de-Sailly, Karim Beguir prépare le concours de l’École Polytechnique. Un objectif qui lui semble “insurmontable”, dira-t-il plus tard. Il réussit l’examen en 1997, puis poursuit à l’ENSAE ParisTech avant d’obtenir une bourse pour le Courant Institute de l’Université de New York. Les mathématiques appliquées le fascinent. La finance aussi.

Karim Beguir : une carrière brillante abandonnée

Karim Beguir
Karim Beguir, pionnier de l’intelligence artificielle en Afrique avec InstaDeep ©️Julien De Rosa / AFP

Entre New York et Londres, Karim Beguir développe des modèles de risques complexes pour JP Morgan et Bank of America. Il devient, à force de travail, managing director dans l’ingénierie financière. Le salaire est confortable. Le prestige aussi. Mais une question le hante : « Comment veux-tu que les gens se souviennent de toi ? »

En 2012, après dix ans dans la finance, il démissionne. Ses amis le jugent fou. Karim Beguir retourne à Tataouine pour réfléchir. Il veut construire quelque chose qui ait du sens, entre l’Europe et l’Afrique. Son idée initiale ? Créer des terrains de football pour attirer les jeunes et leur apprendre la programmation.

C’est là qu’il rencontre Zohra Slim, une autodidacte tunisienne avec une solide expérience en développement logiciel. Ensemble, ils fondent InstaDeep en 2014 avec deux ordinateurs portables et 2 000 dollars. L’ambition est de prouver que l’innovation technologique de pointe peut naître en Afrique.

Les débuts sont difficiles. Le duo bootstrap l’entreprise sans lever de fonds pendant quatre ans. Karim Beguir publie des recherches originales sur l’intelligence artificielle qui attirent l’attention de clients spécialisés. DeepMind, Google, puis BioNTech découvrent InstaDeep et deviennent partenaires, puis investisseurs.

InstaDeep développe des systèmes d’intelligence artificielle qui prennent des décisions pour les entreprises. L’apprentissage par renforcement permet d’optimiser des processus industriels complexes : transport de milliers de conteneurs, automatisation d’horaires pour 10 000 trains, gestion de réseaux électriques. La startup travaille sur des projets variés, de la logistique ferroviaire avec Deutsche Bahn aux analyses biochimiques.

En 2019, BioNTech et InstaDeep lancent un laboratoire d’innovation commun. L’objectif ? Développer des immunothérapies nouvelles grâce à l’intelligence artificielle. Lorsque la pandémie frappe en 2020, les deux entreprises pivotent rapidement. BioNTech déploie son vaccin Covid-19 avec Pfizer. InstaDeep construit un système d’alerte précoce pour identifier les variants dangereux.

Des milliers de nouvelles séquences virales émergent chaque semaine. Karim Beguir se pose la question : “Qui peut suivre cela en temps réel ?” La réponse tient en un mot : l’IA. Son équipe entraîne un modèle génératif sur toutes les protéines existantes, puis l’adapte au langage du SARS-CoV-2. Le système prédit avec deux mois d’avance les variants préoccupants. Sur les milliers de mutations recensées, il identifie les 0,3% vraiment dangereux. « Nous avons repéré tous les variants clés. C’est l’un des succès méconnus de l’IA pendant la pandémie », explique Karim.

En janvier 2022, InstaDeep lève 100 millions de dollars en série B. Alpha Intelligence Capital, CDIB, Google et BioNTech participent au tour de table. La valorisation grimpe de douze fois par rapport au financement précédent. Un an plus tard, le 10 janvier 2023, BioNTech annonce l’acquisition complète d’InstaDeep pour 682 millions de dollars. Le montant comprend 362 millions de livres sterling versés immédiatement, plus 200 millions en paiements conditionnels liés aux performances.

InstaDeep : le plus grand exit africain

L’acquisition devient la plus importante jamais réalisée pour une startup africaine spécialisée dans l’intelligence artificielle. Elle dépasse les sorties de Paystack, DPO Group et Sendwave. Pour Khaled Ben Jilani, partenaire senior chez AfricInvest, l’un des premiers investisseurs, « nous ne nous attendions pas à ce que cela arrive si vite ». Le multiple de sortie atteint dix fois l’investissement initial, selon les estimations.

Karim Beguir
Karim Beguir, entrepreneur tunisien qui a vendu sa startup InstaDeep à BioNTech pour 682 millions de dollars

InstaDeep emploie alors 240 personnes réparties entre Londres, Paris, Tunis, Lagos, Le Caire, Kigali, Cape Town, Dubaï, New York et San Francisco. L’entreprise garde son identité après l’acquisition. Elle opère comme filiale mondiale de BioNTech basée au Royaume-Uni et continue de servir ses clients comme Google et Nvidia.

BioNTech veut intégrer l’IA dans tous les aspects de son travail. Le géant allemand génère 18,2 milliards de dollars de revenus avec son vaccin Covid-19 en 2022. Il investit maintenant ces fonds dans des traitements contre le cancer avec l’utilisation de la technologie ARN messager. InstaDeep apporte sa plateforme DeepChain qui permet d’intégrer des modèles d’IA dans les processus de découverte de médicaments et de connecter le tout à une infrastructure de laboratoire automatisée.

En octobre 2024, InstaDeep dévoile Kyber, son supercalculateur proche de l’exascale. Hébergé dans un centre de données Equinix à Saint-Denis près de Paris, il multiplie par dix la puissance de calcul de l’entreprise. Avec 224 GPU Nvidia H100, 86 000 cœurs CPU et 1,7 pétaoctets de stockage, Kyber atteint 0,5 exaFLOPs. Il se classe parmi les 100 clusters les plus puissants au monde et dans le top 20 des clusters H100.

« Kyber représente un bond en avant transformatif pour InstaDeep », déclare Karim Beguir lors de l’annonce. Le supercalculateur permet d’entraîner des modèles génératifs avec plus de 15 milliards de paramètres. L’infrastructure est gérée en interne pour éviter la dépendance aux fournisseurs cloud et maîtriser les coûts. Le bureau parisien compte alors plus de 130 ingénieurs et chercheurs en IA.

Karim Beguir : Démocratiser l’intelligence artificielle

Karim Beguir n’a jamais oublié Tataouine. L’homme qui a grandi près des décors de Star Wars a tracé sa propre saga. En février 2024, il reçoit le TIME100 Impact Award pour sa contribution à l’accélération de l’IA. Le magazine salue son travail pour rendre la technologie accessible à tous. 

Pour Karim, l’enjeu dépasse la simple reconnaissance. « Si nous voulons éviter les dépendances et la montée des inégalités, qui sont les risques majeurs de l’IA, il faut que plusieurs communautés à travers le monde s’approprient cette technologie », a-t-il déclaré. 

En juillet 2024, il lance le Projet Tatooine avec Yahia Bouhlel, fondateur de GoMyCode. L’initiative vise à former 10 000 jeunes des régions défavorisées de Tunisie aux technologies numériques, à l’IA et à la data science sur trois ans. Vingt écoles ouvrent dans des zones prioritaires : Ettahrir, Zaghouan, Kasserine, Sidi Bouzid, Tataouine, Kebili, Tozeur. 

Le financement atteint 2 millions de dinars grâce aux contributions de l’équipe InstaDeep et de la diaspora tunisienne. Le modèle est inspiré de son propre parcours. L’initiative vise à offrir aux jeunes des régions isolées les outils pour participer à l’innovation mondiale. 

ocean's news magazine panafricain
Vous êtes de plus en plus nombreux à lire nos contenus. Ici, nous racontons les trajectoires de celles et ceux qui font l’économie africaine. Cliquez ici pour plus de contenus.

Restez au courant des actualités les plus importantes

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez nos conditions d'utilisation.
Add a comment Add a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Article précédent
arcep togo

Togo :  l'ARCEP impose de nouvelles règles de facturation mobile

Article suivant
Charlette N'Guessan

Charlette N'Guessan : l'Ivoirienne qui repense la reconnaissance faciale africaine

Publicité