Dans un univers financier souvent dominé par le volume et la vitesse, Laureen Kouassi-Olsson défend une autre logique. Celle d’un capital patient, attentif aux réalités locales, capable de soutenir des entreprises africaines sans les déformer. Portrait.
Laureen Kouassi-Olsson n’a jamais cherché la visibilité. Alors que moins de 1% des flux mondiaux de capital-investissement sont dirigés vers l’Afrique, elle travaille depuis plusieurs années à corriger ce déséquilibre. Son action s’inscrit dans une finance discrète, structurée, tournée vers les entreprises locales capables de soutenir la croissance réelle du continent.
L’Afrique reste l’un des marchés les moins financés au monde en capital-investissement. Selon l’African Private Equity and Venture Capital Association, le continent a attiré un peu plus de 7 milliards de dollars d’investissements en 2023, loin derrière l’Asie ou l’Amérique latine. C’est dans cet espace contraint, marqué par un déficit chronique de financement à long terme, que Laureen Kouassi-Olsson a construit sa carrière.
Laureen Kouassi-Olsson naît en Côte d’Ivoire et grandit à Abidjan, dans un environnement marqué par l’ouverture internationale et les bouleversements économiques des années 1990. Formée à la finance internationale, elle passe par Goldman Sachs puis par Proparco, filiale de l’Agence française de développement dédiée au secteur privé, où elle travaille sur des opérations complexes, loin des récits simplifiés sur l’investissement en Afrique. Ces années forgent une méthode. Lire les bilans, mesurer les risques, comprendre ce qui rend une entreprise viable sur la durée.
Lorsqu’elle se rapproche du continent, l’entrepreneure franco-ivoirienne ne vient pas avec un modèle clé en main. Elle observe les marchés, écoute les dirigeants, prend le temps de distinguer les discours des structures réelles. Cette approche tranche avec une pratique longtemps répandue, celle d’un capital piloté à distance, parfois plus soucieux de rendement rapide que de stabilité économique.
En 2018, Laureen Kouassi-Olsson cofonde Amethis, un fonds de capital-investissement dédié aux entreprises africaines de taille intermédiaire. Le fonds lève rapidement plusieurs centaines de millions d’euros, avec une stratégie ciblée sur des secteurs considérés comme structurants pour les économies locales, notamment la santé, l’agro-industrie, les services financiers et l’éducation. À ce stade, l’enjeu n’est pas la valorisation rapide, mais la consolidation d’acteurs capables de tenir dans des environnements économiques instables.
Cette approche répond à une réalité bien documentée. Plus de 90% des entreprises africaines sont des PME, mais elles reçoivent moins de 20 pour cent des financements bancaires, selon la Banque africaine de développement. Le capital-investissement devient alors un relais essentiel, à condition d’accepter des cycles plus longs et des rendements moins immédiats.
Laureen Kouassi-Olsson défend une logique d’accompagnement étroit des dirigeants. Les fonds ne se contentent pas d’injecter du capital. Ils interviennent sur la gouvernance, la structuration financière, la stratégie régionale. Cette méthode permet à certaines entreprises de passer un cap décisif, d’industrialiser leurs processus, d’élargir leurs marchés et de créer des emplois formels, dans des économies où le secteur informel reste dominant.
L’impact dépasse le cadre des entreprises financées. Chaque société structurée renforce une chaîne de valeur locale, stabilise des fournisseurs, professionnalise des pratiques et améliore l’accès à des services essentiels. Dans la santé ou l’agro-industrie, ces effets se traduisent directement par une amélioration de la résilience économique et sociale.
Laureen Kouassi-Olsson : faire entrer la création dans l’économie formelle avec Birimian Ventures

Mais le parcours de Laureen Kouassi-Olsson ne s’arrête pas au capital-investissement classique. En 2020, elle lance Birimian Ventures, une société d’investissement basée à Abidjan, dédiée aux marques africaines de mode, de luxe et aux industries créatives. Le projet répond à un constat précis. Les industries culturelles africaines représentent un potentiel économique important, mais elles restent largement sous-financées et peu structurées.
Selon l’UNESCO, les industries culturelles et créatives pèsent environ 3 pour cent du PIB mondial, mais leur contribution reste marginale dans de nombreux pays africains, faute d’accès au capital et aux marchés internationaux. Birimian Ventures se positionne comme un outil hybride, à la fois investisseur, conseiller stratégique et passerelle vers les réseaux mondiaux.
À travers Birimian, Laureen Kouassi-Olsson accompagne des marques africaines dans leur structuration financière, leur gouvernance et leur développement international. L’enjeu dépasse la mode. Il s’agit de transformer des talents créatifs en entreprises durables, capables de créer de la valeur, des emplois et des chaînes de production locales.
Ce virage entrepreneurial marque une continuité plutôt qu’une rupture. Après avoir financé des entreprises industrielles ou de services, elle applique les mêmes exigences de structuration et de discipline financière à un secteur longtemps perçu comme informel ou marginal. Cette approche contribue à faire émerger un nouvel écosystème entrepreneurial, où la création culturelle devient un levier économique à part entière.
Dans un contexte marqué par le recul de certains investisseurs internationaux depuis 2022, la finance africaine entre dans une phase de sélection plus exigeante. Les projets solides, portés par des équipes locales crédibles, deviennent prioritaires. Le rôle de profils comme Laureen Kouassi-Olsson prend alors une dimension stratégique. Ils servent de passerelle entre les exigences des investisseurs et les réalités du terrain.
Le parcours de Laureen Kouassi-Olsson éclaire une évolution plus large. L’investissement en Afrique ne se pense plus uniquement depuis les grandes places financières mondiales. Il s’organise de plus en plus autour d’acteurs installés sur le continent, capables d’arbitrer avec précision entre risque, impact et viabilité économique. Une condition indispensable pour transformer la croissance potentielle de l’Afrique en développement réel.