Les levées de fonds des startups africaines au T1 2026 atteignent 705 millions de dollars sur 59 opérations, selon les données du tracker Condia. Un chiffre en hausse par rapport aux deux premiers trimestres de 2025, mais qui cache une mutation profonde : la dette a, pour la première fois, dépassé l’equity en volume de capital. Un signal fort sur la maturité croissante de l’écosystème.
Au premier trimestre 2026, les startups africaines ont levé 705 millions de dollars à travers 59 opérations. Le chiffre est solide. Mais ce qui retient l’attention des analystes n’est pas le volume global, c’est sa composition. Sur les 59 deals recensés, 15 étaient de la dette pure et 4 des montages mixtes equity-dette, ce qui signifie qu’un tiers des opérations impliquait un instrument de dette. Le capital-risque classique n’a pas disparu, mais il ne commande plus seul. L’Afrique tech entre dans une nouvelle phase.
Les cinq plus grandes levées de fonds des startups africaines 2026
- SolarAfrica : 94 millions de dollars (Afrique du Sud)

La plus grosse levée de fonds des startups africaines au premier trimestre 2026 est allée à une entreprise d’énergie solaire, pas à une fintech. SolarAfrica a bouclé un tour de dette de projet de 94 millions de dollars auprès de Rand Merchant Bank et d’Investec pour financer l’expansion de ses installations solaires à destination des entreprises. Un signal fort sur l’appétit des investisseurs pour les infrastructures énergétiques africaines.
- ValU : 63,6 millions de dollars (Égypte)

La fintech égyptienne ValU a levé 63,6 millions de dollars en dette auprès de la Banque nationale d’Égypte. La société, spécialisée dans le financement à la consommation et le paiement fractionné, consolide ainsi sa position sur un marché égyptien où la demande de crédit digital explose.
- Spiro — 57 millions de dollars (panafricain)

Spiro, la startup de mobilité électrique dont les premières opérations africaines ont été lancées au Togo et au Bénin, a bouclé un tour de 57 millions de dollars en dette, mené par Afreximbank, avec Nithio et le Africa Go Green Fund parmi les nouveaux investisseurs. Aujourd’hui présente dans six pays africains, notamment le Togo, le Bénin, le Rwanda, le Kenya, l’Ouganda et le Nigeria – Spiro mise sur la demande croissante de véhicules deux-roues électriques pour les livreurs et les travailleurs indépendants du continent.
- Breadfast — 50 millions de dollars (Égypte)

Readfast intègre ce classement des plus grosses levées de fonds des startups africaines au premier trimestre 2026. La plateforme égyptienne de livraison rapide et de e-commerce alimentaire a levé 50 millions de dollars dans le cadre d’un tour pré-Série C mené par Mubadala, IFC, Y Combinator et Novastar Ventures.Ces fonds doivent lui permettre d’étendre son infrastructure logistique et d’explorer de nouveaux marchés africains avant une Série C attendue au premier semestre 2026.
- GoCab — 45 millions de dollars (Côte d’Ivoire)

La fintech de mobilité ivoirienne GoCab a bouclé un tour de 45 millions de dollars combinant 15 millions d’equity et 30 millions de dette, co-mené par E3 Capital et JANNGO Capital, avec la participation de KawiSafi Ventures et Cur8 Capital. Son modèle “drive-to-own”, qui permet aux chauffeurs de devenir propriétaires de leur véhicule, cible directement les travailleurs informels. La startup vise 10 000 véhicules en circulation et 100 millions de dollars de revenus annuels d’ici 2028.
Ce que ces chiffres révèlent

En equity pur, le trimestre n’a produit que 212 millions de dollars, tandis que la dette et les instruments hybrides ont représenté plus de 490 millions de dollars combinés. C’est un renversement structurel. Les investisseurs en dette exigent des revenus prévisibles, des actifs tangibles et un historique d’exploitation.
Les entreprises qui lèvent en dette au T1 2026 ne sont pas des startups en phase de validation. Ce sont des acteurs qui ont prouvé leur modèle et choisissent un mode de financement moins dilutif.
La fintech reste le secteur le plus actif en nombre de deals avec 20 opérations sur 59, pour environ 208 millions de dollars levés. La mobilité suit avec 161 millions de dollars sur 10 deals, portée par GoCab, Zeno et MAX.
Géographiquement, l’Égypte arrive en tête avec 190 millions de dollars, devant l’Afrique du Sud avec 157 millions et le Kenya. Le Nigeria, malgré le plus grand nombre de deals, n’a levé que 78 millions de dollars.
Un fait notable pour l’Afrique francophone : en mars 2026, la Banque africaine de développement a approuvé un investissement de 6,5 millions d’euros dans le fonds Saviu II, dédié aux startups en phase seed en Afrique de l’Ouest et centrale francophone, une région qui reste historiquement sous-financée. Un signal d’ouverture, même si l’écosystème francophone a encore du chemin à faire pour rejoindre les quatre marchés dominants.
