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Mo Ibrahim : la conscience du continent

Mo Ibrahim Mo Ibrahim
Mo Ibrahim, fondateur de la Mo Ibrahim Foundation et de Celtel ©Mo Ibrahim Foundation

Il a bâti l’un des premiers réseaux de téléphonie mobile d’Afrique subsaharienne, vendu son entreprise 3,4 milliards de dollars et consacré sa fortune à mesurer ce que les États africains font — ou ne font pas — pour leurs citoyens. Né en Nubie en 1946, Mo Ibrahim est le fondateur de la Mo Ibrahim Foundation, dont l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique est devenu la référence incontournable pour évaluer la performance publique des 54 pays du continent. Il ne dirige plus d’entreprise. Il observe. Il mesure. Il interpelle. Portrait.

En 1971, un jeune ingénieur soudanais prend un taxi à Genève. Il remarque que le chauffeur communique en temps réel avec son central par radio. Cette scène banale éveille en lui une fascination pour les communications mobiles, un domaine encore embryonnaire. L’homme, c’est Mohamed Ibrahim. 

Vingt-sept ans plus tard, Mo Ibrahim fonde Celtel et connecte des dizaines de millions d’Africains au téléphone. Vingt ans après la vente de Celtel, son nom ne désigne plus seulement un empire industriel. Il désigne l’exigence de bonne gouvernance, portée par une fondation qui dit aux dirigeants africains ce que personne d’autre ne leur dit aussi clairement.

Mo Ibrahim grandit au Soudan, fils d’un commis. Sa famille s’installe en Égypte, où il obtient une licence en génie électrique à l’Université d’Alexandrie. Diplômé, il rentre au Soudan et travaille comme ingénieur pour la compagnie nationale Sudan Telecom. En 1974, il part pour l’Angleterre.

À l’Université de Bradford, Mo Ibrahim décroche un master en électronique et génie électrique. Puis un doctorat en communications mobiles à l’Université de Birmingham, où il enseigne également. En 1983, il quitte l’université pour rejoindre British Telecom comme directeur technique de Cellnet, sa filiale spécialisée dans le sans-fil. C’est là qu’il comprend les rouages industriels du mobile et leurs limites bureaucratiques.

MSI, puis Celtel – l’Afrique comme pari

Mo Ibrahim
Mo Ibrahim, fondateur de la Mo Ibrahim Foundation et de Celtel ©Mo Ibrahim Foundation

En 1989, frustré par la lenteur de British Telecom, Mo Ibrahim fonde MSI, une société de conseil et d’ingénierie en réseaux mobiles. L’entreprise prospère. Mais Mo Ibrahim voit plus loin. L’Afrique subsaharienne n’a presque pas de téléphonie fixe. Elle peut sauter l’étape et passer directement au mobile. Personne ou presque n’y croit.

En 1998, il fonde MSI Cellular Investments, rebaptisée Celtel International. Il bâtit l’entreprise autour d’un principe inhabituel pour l’époque : aucun pot-de-vin ne sera donné ni accepté. Celtel se développe rapidement. Entre 1999 et 2004, le nombre de téléphones mobiles sur le continent passe de 7,5 millions à 76,8 millions d’utilisateurs. Celtel n’est pas seul responsable de cette révolution, mais il en est l’un des architectes.

En 2005, Celtel est racheté par le koweïtien MTC pour 3,4 milliards de dollars. À ce moment, l’opérateur compte 24 millions d’abonnés dans 14 pays africains. Mo Ibrahim confiera plus tard qu’il a vendu un peu trop tôt. Il n’empêche. La transaction est l’une des plus importantes jamais réalisées sur le continent. La fortune encaissée, Mo Ibrahim aurait pu s’arrêter là. Il fait le choix inverse. En 2006, il crée la Mo Ibrahim Foundation à Londres, avec la conviction que les problèmes de l’Afrique sont avant tout des problèmes de gouvernance.

La fondation déploie trois outils. L’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique, publié depuis 2007, évalue tous les deux ans les 54 pays africains sur 322 variables, regroupées en 96 indicateurs couvrant la sécurité, les droits, les opportunités économiques et le développement humain.

Le Prix Ibrahim, doté de 5 millions de dollars sur dix ans, récompense les anciens chefs d’État qui ont gouverné avec intégrité et transmis le pouvoir démocratiquement. Les Ibrahim Leadership Fellowships forment les futurs dirigeants africains au sein des institutions publiques du continent.

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Mo Ibrahim, fondateur de la Mo Ibrahim Foundation et de Celtel ©Mo Ibrahim Foundation

L’édition 2024 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique, qui porte sur la décennie 2014-2023, révèle que la gouvernance globale en Afrique a cessé de progresser depuis 2022. La montée des conflits et le rétrécissement de l’espace démocratique fragilisent les avancées en matière de développement humain et économique.

Face à ce constat, Mo Ibrahim ne mâche pas ses mots. Il rappelle que cette dégradation n’est pas une fatalité africaine. C’est un choix politique. Et les chiffres de sa fondation sont là pour le prouver.

Mo Ibrahim : une autorité morale, pas une tribune

Ce qui distingue Mo Ibrahim d’autres philanthropes africains, c’est la nature de son intervention. Il ne distribue pas de l’argent à des projets. Il produit de la connaissance et exige des comptes. Le Forum Ibrahim 2024 a posé la question directement : les ressources financières existent pour développer l’Afrique, mais le système international de financement et les défaillances de gouvernance empêchent leur utilisation optimale.

À presque 80 ans, Mo Ibrahim continue de prendre position. En 2025, la Fondation a accueilli de nouveaux membres au sein de son conseil, dont l’ancien président sénégalais Macky Sall. L’institution se renforce. La voix, elle, n’a pas changé de registre. Elle reste celle d’un homme qui a fait sa fortune en croyant à l’Afrique, et qui passe sa retraite à lui dire ses vérités.

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