Rachat d’Oryx Energies. Moussa Diao est entré chez Oryx Energies en 1999 comme trader junior. Vingt-sept ans plus tard, il en prend le contrôle avec Hervé Bouvet, pour environ un milliard de dollars, et écarte au passage un rival de poids.
Moussa Diao, Directeur Général d’Oryx Energies, et Hervé Bouvet, responsable de son trading, prennent le contrôle majoritaire du groupe pétrolier genevois.Bloomberg a révélé le rachat d’Oryx Energies le 8 octobre 2026 et le valorise à environ un milliard de dollars, soit environ 587 milliards de francs CFA. Le vendeur est AOG, la holding du fondateur Jean-Claude Gandur. Le groupe importe, stocke et distribue des carburants dans plus de 30 pays africains.
Moussa Diao a monté toutes les marches de l’entreprise. Parti de la salle de marché, il développe les activités du groupe au Bénin puis en Côte d’Ivoire et en prend la direction générale en février 2019. Ingénieur physicien diplômé de l’EPFL, il détient aussi un master en politique énergétique de l’Institut français du pétrole. Il est le fils d’Abdoulaye « Baba » Diao, l’un des hommes d’affaires pétroliers les plus connus du Sénégal.
Hervé Bouvet dirige le trading et a occupé des postes de direction chez Addax Energy, la branche de négoce du groupe. Ce duo n’a rien d’un hasard. Le groupe décrit lui-même sonrésultat 2025 comme porté surtout par le trading, le métier de Bouvet.
Jean-Claude Gandur vend ce qu’il a bâti. Il a fondé le groupe à Genève en 1987 avec trois partenaires. Il a vendu en 2009 sa branche d’exploration Addax Petroleum au chinois Sinopec pour environ 7,2 milliards de dollars, puis regroupé le négoce et la distribution sous le nom d’Oryx en 2013.
Le rachat d’Oryx Energies coupe la route à Simon Tiemtoré
Les deux dirigeants l’emportent sur un rival. Le financier américano-burkinabè Simon Tiemtoré, président de Lilium Capital, visait les quelque 400 stations-service d’Oryx et ses activités de carburants pour entreprises, de gaz de pétrole liquéfié et de lubrifiants.
Les discussions ont échoué avant le rachat par les managers. Il avait déjà manqué l’acquisition de 61,4 % d’Oragroup, un réseau bancaire présent dans 12 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Le périmètre qu’il convoitait donne la mesure de l’actif. Oryx Energies compte plus de 410 stations, 11 terminaux majeurs dont Bargny au Sénégal, près d’un million de mètres cubes de stockage et 9,4 millions de tonnes de produits vendues par an, pour plus de 1 800 salariés.
Un test grandeur nature pour les champions du trading pétrolier
Le moment de l’opération n’est pas neutre. La Banque mondiale prévoit une hausse de 24 % des prix de l’énergie en 2026, avec un baril de Brent à 86 dollars en moyenne contre 69 en 2025, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient. Les gouvernements africains cherchent de nouveaux moyens d’alléger la facture à la pompe.
Un distributeur se trouve au milieu. Il achète au prix du marché mondial et vend à des consommateurs et à des États qui supportent mal la hausse. Dans ce décor, la compétence de négoce pèse autant qu’un réseau de stations, et c’est ce que les deux acheteurs apportent.
Le contrôle change aussi de nature. Un groupe détenu par un investisseur genevois passe à ses propres dirigeants, dont l’un est sénégalais et formé au métier sur le terrain. Le financement et la répartition du capital entre les deux acheteurs n’ont pas été communiqués.
Le rachat d’Oryx Energies laisse ouverte la question qui décidera de sa solidité, celle de son financement. Pour un groupe valorisé autour d’un milliard de dollars et dont le résultat repose sur un négoce exposé aux chocs pétroliers, les prêteurs de Moussa Diao et Hervé Bouvet pèseront autant que les deux hommes sur le cap d’Oryx.