Tidjane Dème codirige Partech Africa, le plus grand fonds de capital-risque dédié aux startups technologiques du continent. En février 2024, le deuxième fonds africain de Partech a atteint son closing final à 300 millions de dollars. Derrière ce chiffre, un Sénégalais originaire d’un village du Saloum, passé par l’École polytechnique de Paris, la Silicon Valley et Google, avant de choisir de mettre son expertise au service de l’écosystème tech africain. Portrait.
Tidjane Dème a grandi dans un village peulh du Saloum, au Sénégal. Il a fait Polytechnique à Paris, travaillé dans la Silicon Valley, dirigé Google en Afrique francophone pendant sept ans. Puis il a tout arrêté pour aller financer des startups africaines depuis Dakar. Le choix peut surprendre. Lui, non. Il incarne une génération d’investisseurs africains qui refusent de quémander et préfèrent démontrer. Pour le financier sénégalais, l’Afrique n’a pas besoin de récits inspirants. Elle a besoin de capital sérieux et d’investisseurs qui connaissent le terrain.
Tidjane Dème est originaire de Kohel, un village peulh du Saloum. Il grandit entre cette tradition communautaire et Dakar, où il fait son cursus scolaire. Après son baccalauréat en 1993, il effectue deux années préparatoires à Paris avant d’intégrer l’École polytechnique, où il obtient un master en physique et mathématiques en 1997. Il complète sa formation à l’ENSTA ParisTech en télécommunications et informatique, avec un passage à Imperial College London.

Il commence sa carrière chez Cap Gemini à Paris. Il rejoint ensuite Cosine Communications, une startup de la Silicon Valley spécialisée dans la virtualisation de réseaux pour opérateurs télécoms. Ces deux expériences lui donnent une lecture précise des marchés technologiques les plus exigeants du monde et une référence solide pour mesurer ce qui se construit en Afrique.
Avant de financer des startups, Tidjane Dème en a créé. En 2002, il cofonde CommonSys, une société spécialisée dans le déploiement de plateformes e-gouvernement et de solutions d’entreprise en Afrique de l’Ouest, qu’il dirige jusqu’en 2008. L’expérience lui enseigne ce que les modèles financiers ne montrent pas : la complexité d’opérer sur des marchés où tout se construit en même temps.
En 2009, Google le recrute comme responsable de ses activités en Afrique francophone. Il ouvre le bureau de Google à Dakar, développe l’écosystème des startups dans plus de 15 pays, lance YouTube dans 6 marchés africains. En 2014, il est promu responsable du développement des affaires de Google en Afrique. Sept ans à observer les entreprises africaines de l’intérieur, à comprendre leurs besoins réels et leurs blocages structurels.
Tidjane Dème : le pari Partech Africa et celui du rendement

En 2016, Tidjane Dème quitte Google pour rejoindre Partech aux côtés du Français Cyril Collon et lancer la branche africaine du fonds. Le premier véhicule, levé en 2019, atteint 125 millions d’euros. Le second, bouclé en 2024, mobilise 280 millions d’euros. Le fonds place des tickets entre 1 et 15 millions de dollars, de l’amorçage jusqu’à la série B. Son portefeuille africain compte Wave, Yoco, TradeDepot ou Djamo.
Sur environ 500 demandes de financement reçues chaque année, Partech Africa retient 5 à 6 nouvelles startups. Tidjane Dème cherche des fondateurs ambitieux capables de bâtir des entreprises solides et des championnes régionales. Ce qui prime, c’est la résilience. Sur des marchés où de nombreuses contraintes rendent l’exécution complexe, ce sont les équipes capables de concrétiser leur vision qui font la différence.
Son diagnostic sur le rôle des États est sans détour. Plutôt que de chercher à créer une nouvelle Silicon Valley, les gouvernements africains devraient d’abord identifier les réformes structurelles nécessaires pour créer un écosystème viable. Ce positionnement exigeant, lucide, sans angélisme est précisément ce qui lui donne du crédit.
