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Imane Ayissi, Yaoundé sur les podiums de Paris

Imane Ayissi Imane Ayissi

Danseur, mannequin, couturier autodidacte. Imane Ayissi est né le 7 juin 1968 au Cameroun, d’une mère élue Miss Cameroun en 1960 et d’un père champion de boxe. En janvier 2020, il entre dans l’histoire de la mode en devenant le premier créateur d’Afrique subsaharienne à intégrer le calendrier officiel de la Semaine de la haute couture à Paris. Depuis, il défile chaque saison avec des collections qui portent les textiles, les langues et les savoir-faire du continent africain au sommet de la création mondiale. Portrait.

Quand il a appris qu’il allait rejoindre le calendrier officiel de la haute couture parisienne, Imane Ayissi n’a pu retenir ses larmes. Des larmes de tristesse d’abord, en pensant au chemin parcouru et à ses proches disparus. Puis des larmes de joie. Il a dit ce soir-là : « C’est une grande reconnaissance pour toute l’Afrique. » Pas pour lui. Pour l’Afrique. C’est peut-être dans cette phrase que se trouve le sens de toute sa trajectoire.

À la maison, il y avait un clan de boxeurs et un clan de danseurs. Il a fait un peu de boxe, la tradition de famille l’exigeait, puis il a commencé à danser. Il intègre le groupe familial Les Frères Ayissi, puis le Ballet national du Cameroun. Sa passion pour la mode naît dans le sillage de sa mère. Il devient styliste pour le plus grand atelier de prêt-à-porter du pays. Deux langages se construisent en parallèle : le corps en mouvement et le tissu entre les mains.

Imane Ayissi

En 1992, il quitte le Cameroun pour la France. Il danse avec Patrick Dupond, accompagne Yannick Noah dans sa tournée Saga Africa, enchaîne les spectacles. Puis vient le mannequinat. Il défile pour Dior, Lanvin, Yves Saint Laurent, Valentino, Givenchy, Cardin, Montana. Les plus grandes maisons de luxe parisiennes. Il observe. Il apprend. Et il coud, en parallèle, dans son appartement.

Imane Ayissi est un couturier autodidacte. Celui qui, enfant, décousait et découpait les robes de sa mère et de ses tantes. En 2004, il fonde sa marque Imane Ayissi Couture. Il commence à présenter ses collections à Paris et à Rome, dans le cadre d’AltaRoma. Il travaille dans la discrétion, construit sa clientèle pièce par pièce, tailleur après tailleur.

Depuis 2010, il présente ses collections pendant la Semaine de la haute couture parisienne. Dix ans de présence régulière avant que la Fédération de la haute couture et de la mode ne l’intègre officiellement à son calendrier en janvier 2020. Ce n’est pas une consécration venue du ciel. C’est le résultat d’une décennie de travail visible.

Imane Ayissi : le patrimoine africain comme matière première

Imane Ayissi
Le styliste Imane Ayissi (à gauche) lors d’un défilé haute couture printemps-été à Rome, en février 2009. ALESSIA PIERDOMENICO / REUTERS

Ce qui distingue Imane Ayissi dans le paysage de la haute couture, ce n’est pas seulement son origine. C’est sa méthode. Il utilise des savoir-faire africains peu connus : des tie and dye teints au Cameroun, du kente, tissage traditionnel de l’ethnie Akan présent au Ghana et en Côte d’Ivoire, et de l’obom, une peau végétale produite à partir d’écorce d’arbre. Il travaille aussi le raphia, qu’il transforme en vestes, manteaux et bordures de robes.

Son tabou, c’est le wax. Ce tissu industrialisé en Europe et adopté par l’Afrique tue, selon lui, le patrimoine africain. L’Afrique a mieux à montrer. Chaque collection porte un nom en ewondo, sa langue maternelle. Chaque pièce raconte quelque chose que le prêt-à-porter ne peut pas dire.

Sa clientèle compte Angélique Kidjo, Lauryn Hill, la productrice Virginie Besson-Silla et l’actrice Lashana Lynch. Ses créations sont entrées dans les collections du Victoria and Albert Museum à Londres et du Brooklyn Museum à New York. En 2025, il présente sa collection printemps-été le premier jour de la Semaine de la haute couture à Paris — une position symbolique que peu de maisons obtiennent.

Malgré cette reconnaissance internationale, il maintient un engagement fort envers l’Afrique. Il dévoile ses collections sur le continent après chaque passage à Paris et travaille depuis près de dix ans avec le Centre des créateurs de mode du Cameroun. Il reste le seul créateur d’Afrique subsaharienne dans ce calendrier. Ce n’est pas une fierté tranquille. C’est, dit-il, une responsabilité.

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