Iyinoluwa Aboyeji est aujourd’hui une figure de proue d’une Afrique technologique qui invente ses propres standards de croissance. En l’espace d’une décennie, l’entrepreneur nigérian a cofondé deux des plus grandes réussites du continent, Andela et Flutterwave, avant de se muer en investisseur. Portrait.
L’influence de l’entrepreneur nigérian Iyinoluwa Aboyeji dépasse le cadre strict de ses entreprises pour s’inscrire dans une mission de service public par l’entrepreneuriat. À 34 ans, celui que ses pairs surnomment « E » fait partie de l’élite nigériane qui utilise la technologie comme un levier de souveraineté économique. À travers Future Africa, le fonds d’investissement qu’il dirige, il structure le financement de dizaines de jeunes pousses.
Le parcours d’Iyinoluwa Aboyeji prend racine dans une éducation rigoureuse et une prise de conscience des carences de son environnement. Fils de pasteur, il grandit au Nigeria dans une atmosphère où le travail et la foi se rejoignent. Un événement tragique marque toutefois son adolescence : la perte de plusieurs camarades dans un accident d’avion en 2005. Ce drame devient le moteur de son engagement. Pour lui, la réussite individuelle n’a de sens que si elle s’accompagne d’un changement des structures sociales.
Après des études juridiques et en développement international à l’université de Waterloo au Canada, Iyinoluwa Aboyeji fait le choix du retour. Une fois au Nigeria, il se lance dans Bookneto, sa première start-up. L’expérience est formatrice, même si le succès n’est pas immédiat. Elle lui apprend les défis de l’entrepreneuriat africain, notamment la gestion d’équipe, la compréhension du marché local, la nécessité de l’innovation adaptée au terrain.
Il comprend très vite que le plus grand gisement de l’Afrique n’est pas son sous-sol, mais son capital humain. En 2014, il cofonde Andela avec l’idée de former des développeurs africains de haut niveau pour les intégrer aux équipes des géants de la Silicon Valley. Ce pari sur le talent transforme la perception mondiale des ingénieurs africains et attire des investisseurs de renom comme la Chan Zuckerberg Initiative.
Iyinoluwa Aboyeji : Flutterwave et l’expansion panafricaine
En 2016, Iyinoluwa Aboyeji identifie rapidement un second verrou. Il quitte Andela pour lancer Flutterwave, plateforme de paiements Flutterwave en réponse aux problèmes de paiements numériques qu’il constate en Afrique. L’objectif est de construire une infrastructure de paiement unifiée capable de connecter l’Afrique au reste du monde. En quelques années, l’entreprise devient une licorne et facilite des milliards de dollars de transactions.

Flutterwave a officialisé, lundi 5 janvier 2026, le rachat de Mono, une start-up fondée à Lagos en 2020 et devenue un acteur important de l’open banking au Nigeria. L’opération, évaluée jusqu’à 40 millions de dollars, renforce la stratégie de la fintech africaine qui cherche à élargir son offre au-delà du paiement.
Cette capacité de l’entrepreneur nigérian à identifier les points de blocage systémiques définit la méthode Aboyeji. Chaque étape de son itinéraire répond à un besoin critique du marché nigérian et africain. Ses choix ne sont jamais fortuits. Ils s’inscrivent dans une logique de construction de couches d’infrastructures numériques indispensables à l’émergence d’une classe moyenne continentale.
Future Africa et l’accompagnement des start-ups
En 2019, Iyinoluwa Aboyeji opère un nouveau tournant vers l’investissement avec Future Africa, un fonds de capital-risque dédié aux start-ups africaines. Ce n’est plus seulement une entreprise qu’il veut bâtir, mais tout un écosystème.
À travers cette plateforme, il déploie du capital, mais apporte surtout une expertise et un réseau à plus d’une centaine de start-ups. Il défend une approche de l’investissement où la proximité et la connaissance du terrain priment sur les modèles importés.
L’impact d’Iyinoluwa Aboyeji se lit aujourd’hui dans la normalisation de la réussite technologique africaine. Son parcours dit beaucoup de cette époque où le Nigeria s’affirme comme un laboratoire de solutions pour les marchés émergents. Avec des projets comme Talent City, une initiative qui vise à créer des zones franches numériques, il tente de résoudre l’équation complexe de l’urbanisme et de la productivité.
Pour Iyinoluwa Aboyeji, l’entrepreneur africain porte la responsabilité particulière de construire non seulement une entreprise rentable, mais aussi la société capable de la soutenir. Cette vision, qui mêle pragmatisme économique et ambition sociale, fait de lui l’une des personnalités les plus écoutées du continent.
