Kate Kallot est née en France de parents exilés de République centrafricaine. Son grand-père, agent INTERPOL formé en France, était rentré au pays pour contribuer à la construction de la nation indépendante. Il a été assassiné. Cette histoire, elle l’a toujours gardée à l’esprit dans tout ce qu’elle entreprend. Portrait.
En 2022, après dix ans chez Intel, Arm et Nvidia, Kate Kallot quitte tout pour fonder Amini à Nairobi, une startup d’intelligence artificielle dont la mission est de combler le déficit de données environnementales en Afrique. En 2024, les revenus d’Amini ont progressé de 300 %. En 2025, de 500 %. TIME Magazine l’a classée parmi les 100 personnes les plus influentes dans le domaine de l’IA en 2023.
C’est à la COP27, en novembre 2022, que lui vient l’idée de créer sa propre société. Elle tient une présentation sur les interconnexions entre les technologies émergentes, le capital naturel et les ressources en Afrique. Des ministres et des experts du monde entier lui disent que sa technologie peut les aider, car il n’existe pas de données environnementales en Afrique. Ce soir-là, quelque chose se cristallise. Quand elle rentre de Charm-el-Cheikh, elle quitte Nvidia et lance Amini.
Kate Kallot s’appelle en réalité Kathleen. Française d’origine centrafricaine, elle grandit entre l’Europe et l’Afrique avec une passion pour les cultures et les langues. Elle suit des études de communication à l’EFAP Paris. C’est lors d’un semestre d’études à Tokyo en 2012 que tout bascule. Elle suit un cours consacré au marketing dans la technologie, dispensé par un directeur de chez Sony, qui lui explique comment la technologie peut changer les comportements et influencer les cultures. De retour en France, Kate Kallot postule chez Intel à Paris pour son stage de fin d’études. Sans formation en informatique.
Avec plus de dix ans dans la conduite de l’innovation à l’échelle mondiale en matière d’IA et d’apprentissage automatique au sein d’entreprises tech renommées telles qu’Intel, Arm et Nvidia, Kate Kallot a notamment piloté des initiatives d’IA à impact social au profit du continent africain. Chez Intel, elle dirige le développement du premier kit de développement IA au format USB au monde, le Neural Compute Stick. Elle quitte Intel en janvier 2019 pour intégrer Arm, leader mondial des microprocesseurs pour téléphone mobile, où elle est nommée directrice de l’IA et encourage la société à se développer en Afrique.
Moins de deux ans après son arrivée, Nvidia la recrute. Le CEO veut lui parler directement. Kate Kallot commence à être connue dans le domaine, notamment pour son travail sur l’accès aux technologies dans les marchés émergents. C’était la première fois que Nvidia s’y intéressait. Elle devient responsable mondiale des relations développeurs et de l’expansion vers les marchés émergents.
Kate Kallot : Amini, l’Afrique comme désert de données

Le problème qu’Amini s’attaque à résoudre est simple à formuler et vertigineux dans ses conséquences. L’Afrique abrite 65 % des terres arables non cultivées et 30 % des ressources minérales de la planète, mais ne représente que 3 % du PIB mondial. L’une des raisons de cet écart est le manque de données fiables. On ne peut pas trouver de données de qualité en Afrique. Ça n’existe pas.
Les satellites existants ne sont pas adaptés à l’Afrique. Amini utilise l’imagerie satellite et l’IA pour collecter et analyser des données environnementales — sols, inondations, sécheresses, rendements agricoles — avec une précision au mètre carré. Les premiers clients viennent du secteur de l’assurance agricole.
Amini lève 2 millions de dollars en mai 2023 auprès du fonds suédois Pale Blue Dot, suivi par Superorganism, RaliCap et plusieurs business angels. Quelques mois plus tard, elle lève 4 millions de dollars supplémentaires auprès de Salesforce Ventures et Female Founders Fund. Au total, Amini a levé 6 millions de dollars depuis sa création.
L’ambition va plus loin que la collecte de données existantes. Amini prépare le lancement de la première constellation de nanosatellites africains, dédiée exclusivement à la surveillance des données environnementales sur l’ensemble du continent, avec un traitement des données directement en orbite. Une infrastructure spatiale pensée depuis l’Afrique, pour l’Afrique. Pas une adaptation d’une technologie occidentale. Une construction originale.
Kate Kallot est aujourd’hui vice-présidente de la Commission mondiale de l’environnement et de l’énergie de la Chambre de commerce internationale, et membre du Conseil mondial consultatif sur l’IA d’EY. En 2023, TIME Magazine la classe parmi les 100 personnes les plus influentes dans le domaine de l’IA. En 2024, elle est élue parmi les Young World Entrepreneurs of the Year. Kate Kallot veut construire un écosystème où d’autres développeurs arrivent à utiliser la plateforme d’Amini et à construire leurs propres sociétés.
