Né à Gbon, dans le département de Boundiali au nord de la Côte d’Ivoire, Bernard Koné Dossongui est le fondateur d’Atlantic Group, un conglomérat qui couvre la banque, les assurances, les télécoms, la cimenterie, le cacao et l’hôtellerie dans plus d’une vingtaine de pays africains. Sa méthode est invariable depuis quarante ans : racheter les actifs que les multinationales occidentales abandonnent sur le continent, les restructurer, les faire prospérer. Sans bruit. Et recommencer. Portrait.
Il répond rarement aux journalistes. Quand il le fait, il choisit ses mots avec soin. À un reporter qui lui demandait s’il était l’homme le plus riche de Côte d’Ivoire, Koné Dossongui avait répondu avec une formule qui dit tout sur sa personnalité : « Je me contente de faire mon travail. » Pas de classements Forbes. Pas d’interviews fleuve. Pas de conférences mondiales. Juste un conglomérat qui s’étend, un rachat après l’autre, depuis Abidjan jusqu’à Madagascar.
Homme d’affaires multidimensionnel, le très discret Koné Dossongui est aujourd’hui l’une des icônes de l’entrepreneuriat en Afrique, voire au-delà. Son empire couvre la banque, les assurances, les télécoms, la cimenterie, le cacao et l’hôtellerie. Et il continue de s’étendre. Diplômé en agronomie de l’École Nationale Supérieure Agronomique et en gestion de l’IAE Paris, il a commencé sa carrière en tant qu’ingénieur agronome. Un double cursus comme pour dire qu’il faut d’abordcomprendre la terre les chiffres avant de comprendre le marché.
Ministre de l’Agriculture d’Houphouët, à l’époque où il était le plus jeune membre du gouvernement (il n’avait pas la trentaine), Koné Dossongui quitte la politique avant qu’elle ne l’absorbe. Il préfère le terrain. Après avoir géré l’ex-société d’État Palmindustrie, cet ingénieur agronome animé par la fibre de l’entrepreneuriat se lance très tôt dès la fin des années 80 dans le secteur privé, en mettant en place un réseau de boulangeries, trois unités d’extraction d’huiles essentielles d’agrumes et une usine de noix de cajou à Korhogo. Boulangeries. Huiles essentielles. Noix de cajou. Des activités modestes en apparence. Des laboratoires en réalité. Il teste, apprend, structure. Et prépare la suite.
1978, 1992, 1997 : la méthode Koné Dossongui

En 1978, Atlantic Group rachète le Crédit Industriel et Commercial en Côte d’Ivoire. En 1992, il acquiert Barclays Bank Côte d’Ivoire. Deux banques françaises et britanniques. Deux actifs sous-valorisés. Deux paris que beaucoup jugeaient risqués. La méthode est rodée. Koné Dossongui s’est construit dans le secteur bancaire par le rachat d’établissements qu’il a réussi par la suite à faire prospérer. Pas d’acquisition à effet de levier brutal. Pas de démantèlement. Une restructuration patiente, une intégration progressive, et un réseau bancaire qui s’étend pays après pays.
Dans les années 2000, il étend Atlantic Group aux télécommunications avec Moov, présent dans sept pays africains, et Data Transmission dans onze pays. L’assurance suit avec quatre compagnies. La cimenterie, l’hôtellerie, le cacao. Chaque secteur est une nouvelle pièce d’un puzzle continental. L’opération la plus marquante implique Atlantic Financial Group, BNP Paribas et Banque Centrale Populaire. Les experts sont unanimes : la sophistication du montage est remarquable, et rare en Afrique francophone.
Atlantic Financial Group finalise le rachat coup sur coup des filiales du géant français au Mali, au Gabon et aux Comores. La Banque Internationale pour Commerce et l’Industrie du Mali, la Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie du Gabon et la Banque pour l’Industrie et le Commerce des Comores. Cette transaction transfrontalière a été réalisée pendant les moments particulièrement difficiles de la pandémie de Covid-19. Un deal monté en pleine crise mondiale. C’est cela, aussi, la méthode Dossongui : avancer quand les autres reculent.
En 2023, le groupe procède à son rebranding avec la création de AFG Bank Côte d’Ivoire et AFG Bank Madagascar. En 2024, il finalise l’acquisition d’Access Holding et de ses filiales africaines, ainsi que de Société Générale Guinée. Koné Dossongui vient de réaliser un grand exploit avec le rachat du mastodonte AfrAsia Bank à 4,6 milliards de dollars d’actifs, spécialisée dans la prestation de services bancaires qui relie l’Afrique à l’Asie et au reste du monde.
Atlantic Financial Group compte aujourd’hui sept banques commerciales, sept filiales d’assurance, cinq institutions de microfinance, deux banques d’affaires et une entité technologique, Digital Business Solutions. À cela s’ajoutent les activités industrielles. On compte une usine de transformation du cacao à Kribi au Cameroun, une cimenterie à Abidjan d’un million de tonnes par an, et le chantier d’une seconde usine de transformation du cacao à San Pedro en Côte d’Ivoire.
Koné Dossongui a 75 ans. Et il n’a pas fini de marquer de son empreinte l’écosystème des affaires africain.
