À première vue, rien ne prédestinait Banyabo Bigomokero à devenir l’un des jeunes visages les plus inspirants de l’entrepreneuriat congolais. Mais, à l’entendre parler, une évidence se dessine ; son ambition de transformer les contraintes africaines en opportunités est pour lui une mission de vie. Patron de Yolo Group, il mène avec rigueur une aventure entrepreneuriale qui conjugue vision, intégrité et action. Portrait.
Né à Bukavu, dans l’Est de la RDC, deuxième d’une fratrie de sept enfants, Banyabo Bigomokero a grandi dans un foyer où l’éducation et le commerce étaient les deux piliers. Son père, cadre dans une organisation internationale, incarnait la rigueur du monde institutionnel. Sa mère, entrepreneure dans l’âme, jonglait entre les marchés et les affaires. Et au milieu de cette effervescence, le jeune Bany développait déjà une intuition : la solution pour avancer, c’est de savoir bâtir sur plusieurs fronts à la fois.
« Ma maison, c’était un écosystème avant l’heure. On était nombreux, il fallait apprendre à se faire une place, à coopérer, à partager les idées et les ressources. Cette dynamique m’a marqué pour toujours », a confié Banyabo Bigomokero à Ocean’s News. Avant les entreprises, c’est la scène qui l’a appelé. Musicien, auteur-compositeur-interprète, il découvre tôt l’importance de la discipline, de l’endurance et de l’improvisation sous pression. Une école de la vie qui le préparera mieux que prévu au monde de l’entreprise. Mais la musique seule ne suffit pas à canaliser sa vision.
Après un secondaire au Petit Séminaire de Mugeri, Banyabo Bigomokero s’envole pour Nairobi où il suit une formation en informatique de gestion à Strathmore University, puis un MBA en finance à la Catholic University of Eastern Africa. Deux diplômes, mais surtout une double immersion qui lui offre une compréhension fine des réalités locales et des pratiques les plus efficaces observées dans la région. « Ma vie s’est construite entre Bukavu et Nairobi. J’y ai appris à naviguer entre les défis de chez moi et les modèles plus structurés d’ailleurs. »
Yolo Group : une plateforme, plusieurs leviers, une même vision pour Banyabo Bigomokero

Avant de créer Yolo Group, Banyabo Bigomokero accumule les expériences. Coordinateur à la Clinton Health Access Initiative, il enchaîne avec African Voices Dubbing Company, puis rejoint Internews à Kinshasa. En quelques années, il y prend des galons et devient Directeur d’un programme d’envergure destiné à aider 35 médias congolais à réussir leur transition numérique.
Mais l’idée de lancer sa propre structure ne le quitte pas. « Je n’ai jamais vraiment cru au modèle du salariat éternel. J’ai accepté des postes pour apprendre, pour lever du capital et tester mes idées en parallèle. « Mais je savais qu’un jour, il faudrait me lancer pour de bon », confie-t-il. Ce moment survient en 2023.
À la fin de son contrat chez Internews, Banyabo Bigomokero saute le pas et fait ses débuts dans l’univers entrepreneurial. Plus question de compartimenter ses projets. Il rassemble tout ce qu’il avait lancé comme side-hustles sous une même bannière : Yolo Group. « Yolo, c’est un cri de ralliement. You Only Live Once. Pour moi, c’est une injonction à l’audace. On ne vit qu’une fois, donc autant construire avec sérieux », martèle Banyabo.
Yolo Group est un écosystème structuré où les filiales mutualisent leurs fonctions support pour réduire les coûts, accélérer l’exécution et renforcer l’impact. Consulting stratégique, logistique agricole, mobilité urbaine, production de contenus, organisation d’événements… chaque activité répond à un besoin réel et cherche à créer des ponts entre l’offre locale et les attentes d’un marché en mutation.
Banyabo Bigomokero conçoit peu après Daabboo, une plateforme logistique qui connecte 2000 petits producteurs à des vendeurs urbains, via une application mobile et des hubs de regroupement. La solution a permis de réduire les pertes post-récolte de 20 %, et des revenus agricoles en hausse de 25 %.
Plusieurs projets sont déjà sur la rampe : Yolo Academy, un accélérateur de 50 startups agritech et fintech ; l’extension de Daabboo avec un centre logistique à Kinshasa pour desservir une population de 20 millions d’habitants ; et un nouveau format de Bany Talks, co-animé et sponsorisé par des institutions financières.
