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Oumar Sow, l’héritier qui ne voulait pas du trône

Oumar Sow Oumar Sow
Oumar Sow, Portrait de la semaine n°77

À soixante ans, après huit ans à la tête de la Compagnie Sahélienne d’Entreprises, Oumar Sow a accepté de raconter ce qu’il n’avait jamais dit. Un parcours d’héritier qui n’a pas choisi cette vie, mais qui en a fait l’un des plus grands groupes de BTP d’Afrique de l’Ouest. Portrait.

Depuis dix-huit mois, chaque journée d’Oumar Sow commence à la mosquée, pour la prière de Fajr, avant l’aube. « C’est la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma vie », confie-t-il. Pour un homme à la tête de près de 5 000 employés et de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, ce détail pourrait sembler anecdotique. 

Pour Oumar Sow, ce détail n’a rien d’anecdotique. « Je n’ai jamais rêvé de chantiers », résume-t-il lui-même dans un entretien donné au podcast Afropod en mai 2025. Et pourtant, il a tout organisé sa vie autour d’une mission familiale, celle de préserver et faire grandir l’héritage de son père.

Oumar Sow est né à Abidjan en 1962. Son père, Aliou Sadio Sow, est alors en train de construire ce qui deviendra l’un des plus grands groupes de BTP d’Afrique francophone. L’histoire de cette entreprise commence en 1970, quand Aliou Sow, alors directeur des opérations chez Lachelle à 36 ans, sent qu’il a atteint son plafond de verre. « À cette époque-là, on ne mettait pas un Sénégalais au poste de directeur général », explique Oumar Sow. 

Avec l’aide de son banquier et ami Amadou Sow, Aliou Sow trouve un partenaire français, le groupe Fougerolle, pour fonder la Compagnie sénégalaise d’entreprises. Six ans plus tard, il rachète les parts de son partenaire, devenu Eiffage, et renomme la société Compagnie sahélienne d’entreprises (CSE). 

Le parcours d’Oumar Sow reflète un mélange de formation internationale et d’expérience de terrain. Il étudie la finance en France, puis obtient un MBA à l’Université Pace de New York, avant de rentrer au Sénégal.

Il rejoint l’entreprise familiale en 1987, pour occuper, dans un premier temps, le poste de responsable administratif en Sierra Leone. Pas de bureau à Dakar, pas de passe-droit visible. Un poste administratif, dans un pays voisin, loin des projecteurs.

En 1994, il est promu Directeur pays en Guinée-Conakry. À partir de l’an 2000, il devient Directeur Général adjoint de la CSE au Sénégal. Seize ans après son entrée dans l’entreprise, Oumar Sow revient enfin à Dakar, dans un rôle de direction. Le 3 janvier 2016, il devient officiellement président du directoire de la CSE, un an avant la mort de son père.

Oumar Sow, la succession sans bataille

Oumar Sow
Oumar Sow, Président de la CSE, Compagnie Sahélienne d’Entreprises au Sénégal ©️ECSEN

Le 22 août 2017, Aliou Sadio Sow meurt à Paris, à 84 ans. La succession était écrite depuis longtemps. Oumar Sow prend officiellement les commandes. Pas de conflit. Pas de bataille fratricide. Ses frères Ardo et Mohamed l’épaulent. Le premier supervise les opérations, le second dirige la branche immobilière.

Ce modèle de direction collaborative a permis à la Compagnie sahélienne d’entreprises (CSE) d’éviter les ruptures et les luttes de pouvoir qui ont défait beaucoup d’entreprises familiales similaires en Afrique.

Le groupe CSE emploie aujourd’hui près de 5 000 personnes, pour un chiffre d’affaires proche de 300 millions d’euros. Solidement implanté en Afrique de l’Ouest, le groupe opère au Sénégal, en Sierra Leone, en Guinée, au Niger, en Gambie et au Liberia. Son empreinte se lit dans l’aéroport international Blaise-Diagne, le train express régional de Dakar, la voie de dégagement nord et le pont de Kolda en Casamance.

Oumar Sow a restructuré l’entreprise en holding. CSE pour les routes. CSE Immobilier pour le bâtiment. CSE Granulats pour le concassage. En octobre 2020, il crée deux filiales dans le secteur de l’énergie, ECSEN pour la logistique pétrolière et gazière, et CSE Énergie, qui s’associe à deux entreprises sénégalaises pour développer Ndar Energy, une centrale électrique à cycle combiné gaz de 250 mégawatts, alimentée par le gisement Grand Tortue Ahmeyim.

Face à la concurrence chinoise et turque, il mise sur des projets à financement local, pour maîtriser la chaîne de valeur et ancrer les savoir-faire au Sénégal. Il a aussi quitté certains pays du Sahel jugés trop instables pour se recentrer sur le Sénégal, la Guinée, le Gabon et la Côte d’Ivoire. « On ne va pas mettre tous les œufs dans le même panier », justifie-t-il.

L’art, les chevaux, et une question de sens

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Oumar Sow, Président de la CSE, Compagnie Sahélienne d’Entreprises au Sénégal ©️ECSEN

Au-delà du BTP, Oumar Sow cultive une passion pour l’art contemporain. Collectionneur depuis 25 ans, il possède plus de 400 œuvres exposées dans ses résidences. En 2018, inspiré par Le Jardin rouge au Maroc, il crée le Téké Beach à Pointe-Sarène, une résidence d’artistes de sept hectares développée avec le sculpteur ivoirien Jems Robert Koko Bi. 

Passionné de chevaux, il fait réaliser en 2019 une fresque murale de 500 mètres, avec des graffeurs, à l’effigie de l’Akhal-Teké, une race de cheval originaire d’Asie centrale. Ces passions ne sont pas des à-côtés. Elles disent quelque chose sur un homme qui a passé trente ans à porter une mission qu’il n’avait pas choisie, et qui cherche, en parallèle, des espaces qui lui appartiennent en propre.

À 60 ans, Oumar Sow a opéré ce qu’il appelle lui-même une transformation. « Pour réussir sa vie, il ne s’agit pas d’être l’entrepreneur le plus riche ou d’accumuler des biens, c’est d’impacter le maximum de vies », dit-il, citant son engagement auprès de jeunes entrepreneurs. Fidèle à sa philosophie de travailler pour mieux vivre et non vivre pour travailler, il prépare désormais sa succession. 

Après trente ans à la tête d’un groupe qu’il n’avait pas demandé à diriger, Oumar Sow pose la question que peu de dirigeants africains osent poser publiquement. Que reste-t-il à transmettre, une fois que l’entreprise tourne ? Et à qui ?


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