Il a perdu son père trop tôt, et cette perte est devenue une école. Il a bâti son parcours au top des classes qu’il traversait, non pour l’orgueil, mais parce que son père lui avait dit un jour que rien n’était plus important que le travail bien fait. Aujourd’hui, Olivier Koffi Ahonon dirige Compassion International Togo, quatrième partenaire international du Togo selon le Rapport sur la Coopération au Développement. Il pilote la prise en charge holistique de plus de 85 000 enfants et jeunes. Une organisation qui, à ses yeux, ne s’occupe pas de vases à remplir, mais d’étincelles à enflammer. Portrait.
Il y a des mots qu’un enfant entend une seule fois et qu’il n’oublie jamais. Ceux d’Olivier Koffi Ahonon lui viennent d’un homme parti trop tôt. Son père, dès les premières années d’école primaire, lui a donné le goût des études et une exigence qu’il porterait toute sa vie : l’excellence, le travail bien fait. « Il m’a quitté tôt, mais il avait déjà déposé la semence qui a germé et grandi en moi », confie-t-il à Ocean’s News.
Cette semence a une signature. Dans chaque classe, l’objectif est le top 5, top 10 au pire. Pas une performance affichée, une discipline intérieure. À l’école, puis au lycée de Hédzranawoé à Lomé, des enseignants prennent le relais du père absent. Des professeurs de mathématiques, de sciences physiques qui l’accompagnent « comme un père », dit-il. Il retiendra la leçon suffisamment fort pour, plus tard, en tirer un livre publié en 2017 aux Éditions Ciceri intitulé “Le rôle des parents dans l’orientation des jeunes”.
L’adolescent devenu bachelier série D pousse ensuite les portes de l’Université de Lomé. Le choix du parcours n’est pas simple. La maîtrise en sciences de gestion à la Faculté des Sciences économiques et de gestion vient au bout de quatre années. Un concours de sélection le mène au diplôme d’études approfondies en marketing et stratégie, l’occasion d’un travail de recherche mené entre le Togo et le Sénégal sur un sujet peu commun : l’utilisation de la peur dans un contexte de marketing social dans les campagnes de persuasion publicitaire.
En 2011, un Master spécialisé en management stratégique et opérationnel au 2iE, à Ouagadougou, complète l’édifice. S’y ajoutent, au fil du temps, trois formations en relation d’aide, une licence en théologie à l’Institut Bibledoc, plusieurs certifications d’auditeur et de coach.
En 2022, la Western Orthodox University en Floride lui décerne un Doctorat Honoris Causa en leadership organisationnel et management. Le parcours a l’air pluriel. Il est cohérent. Tout, chez cet homme, ramène à une même question : comment aider un autre à se lever.
Olivier Ahonon, le parcours : Cotonou, Dakar, puis un partenariat qui change tout
En novembre 2007, à peine sorti de ses années universitaires, Olivier Ahonon lance le Centre de Formation en Entrepreneuriat et Informatique (CFEI). Le CFEI forme des centaines de jeunes, étudiants comme professionnels. En 2008, il traverse la frontière pour Cotonou, au Bénin, comme coordinateur à la trésorerie de la compagnie de transport Confort Line. Un passage par Dakar prolonge cette phase itinérante.
En 2009, il rejoint pour la première fois l’univers qui va absorber sa carrière, l’un des dix Centres de développement des enfants et jeunes (CDEJ) que Compassion International vient d’installer au Togo. L’année suivante, en 2010, il est officiellement recruté comme Auditeur de partenariat certifié. En 2012, il devient Responsable de l’Unité des formations et soutiens.
Les années suivantes accumulent les distinctions internes : meilleure équipe créative de l’année en 2013, prix de la fidélité et des services sacrificiels en 2014, prix de reconnaissance pour efforts remarquables. Plus de 200 séminaires animés sur des sujets aussi variés que le coaching scolaire, le leadership transformationnel, l’intelligence émotionnelle, la conception pédagogique, la communication stratégique.
En 2018, il est promu chef du Département Appui au Programme. Sa nomination comme Directeur National viendra sceller ce parcours de dix-huit ans à l’intérieur d’une même mission.
Compassion, une organisation, une méthode
Compassion International est née en 1952 aux États-Unis, sous l’impulsion d’un missionnaire, Everett Swanson, bouleversé par la misère des enfants orphelins de la guerre de Corée. Sept décennies plus tard, l’organisation sert plus de 2,3 millions d’enfants dans 29 pays.
Au Togo, depuis 2008, elle a enregistré plus de 85 000 enfants et jeunes dans 365 centres de développement, portés par plus de 320 églises partenaires. Selon le Rapport sur la Coopération au Développement 2021, Compassion International Togo se hisse au quatrième rang des partenaires internationaux du pays, juste derrière la Banque Mondiale, l’Allemagne et le Fonds Mondial.
Ce qui distingue l’organisation, c’est sa méthode. Elle travaille exclusivement avec les églises locales des communautés où elle intervient, sans jamais faire de la religion une condition d’accès pour les enfants pris en charge. « La pauvreté n’a pas de religion », résume Olivier Ahonon. Le processus a même un nom, hérité de l’hébreu, Qavah, qui signifie se mettre ensemble, rassembler ses ressources, attendre avec impatience.
Une église candidate est accompagnée, équipée, préparée. Seule celle qui démontre un bon ancrage communautaire est retenue pour signer le partenariat. À partir de là, un Centre de développement des enfants et jeunes est créé, qui sélectionne dans la communauté les enfants les plus vulnérables et les prend en charge jusqu’à l’âge de 22 ans, point d’achèvement du parrainage.
Cinq valeurs cardinales structurent Compassion : intégrité, excellence, bonne gestion, dignité, discernement. « Non négociables », insiste Olivier Ahonon. Les enfants bénéficient d’un suivi médical régulier, d’un soutien scolaire, d’activités qui les aident à découvrir leurs dons personnels, d’un environnement où l’on apprend la dignité et le respect des autres. « Ces enfants et jeunes ne sont pas des vases à remplir, mais des étincelles à enflammer. Notre mission est d’enflammer les étincelles pour faire la différence dans la nation et sur le continent », explique-t-il.
Nehemiah, ou la vision à 2030
En 2024, Compassion International Togo a passé le cap des seize ans d’existence. Plus de 1 700 animateurs et agents sociaux, plus de 9 500 volontaires travaillent chaque jour. Plus de 750 jeunes ont achevé le programme à 22 ans et sont aujourd’hui médecins, enseignants, ingénieurs, entrepreneurs. En comptant les investissements communautaires, l’organisation touche chaque année environ 400 000 bénéficiaires indirects.
Mais Olivier Ahonon ne se paie pas de comptabilité. Il regarde devant. Sa réponse tient dans un nom biblique, Néhémie, celui qui rebâtit les murailles de Jérusalem. La Nehemiah Youth Empowerment, initiative à long terme, doit équiper enfants, jeunes et parents pour qu’ils créent eux-mêmes le changement dans leurs communautés.
Nehemiah Youth Empowerment se déploie en plusieurs axes concrets. À Kpèlè, dans la préfecture de Haho, une Agrobusiness Academy sur quatre hectares vise à former 2 480 jeunes et 1 120 parents à l’agriculture, à l’élevage et à l’agro-industrie.
À Zafi, dans la préfecture de Yoto, un Agroecology Center s’étend sur dix hectares. Dans le canton de Djagblé, une Sport Academy est en construction avec piscine olympique, terrains de football, de volleyball, de basketball. Un partenariat a été signé en février 2024 avec le ministère des Sports et des loisirs.
Le volet Nehemiah Education vise l’accès aux études supérieures pour 1 000 jeunes issus de familles à faible revenu d’ici 2030, via un prêt étudiant à taux zéro compris entre 650 000 et 1 200 000 francs CFA par année scolaire. Environ 160 étudiants en bénéficient déjà.
Le Nehemiah-Lab, incubateur de startup, structure son accompagnement en trois programmes : Genesis pour faire germer les idées, Founders pour concrétiser les projets, Go Big pour conquérir les marchés internationaux. L’ambition est de faire germer, d’ici à 2030, 200 entreprises florissantes grâce à un accompagnement adapté.
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