En octobre 2022, Celtiis n’est encore qu’une marque de trois mois avec un logo neuf et un petit trafic. Octobre 2025, elle célèbre son troisième anniversaire avec cinq millions d’abonnés et une couverture réseau supérieure à 90 % du territoire béninois. Entre les deux, un homme discret venu de Dakar. Omar Guèye Ndiaye, 25 ans de carrière chez Sonatel, a pris les commandes de la SBIN en juillet 2023. Depuis, le marché n’est plus le même. Portrait.
Depuis 2009, Omar Guèye Ndiaye siège au comité de direction de Sonatel, la Société nationale des télécommunications du Sénégal. Il y est entré comme jeune cadre. Il y aura, au fil des années, à peu près tout dirigé. Directeur de la qualité et de l’audit interne, d’abord. Un poste stratégique, où il apprend à lire l’entreprise de l’intérieur, à repérer ses fragilités et à mesurer la solidité de son organisation.
Omar Guèye Ndiaye prend ensuite la direction des études et de la communication. Puis viennent le plan et le marketing stratégique, la direction générale de Sonatel Multimédia, la filiale internet du groupe, la stratégie et le développement, le marché entreprises, avant Orange Business Sénégal.
Sonatel, filiale du groupe Orange, opère au Sénégal, au Mali, en Guinée-Conakry, en Guinée-Bissau et en Sierra Leone. À chaque fonction, Omar Guèye Ndiaye touche un pays de plus, un marché de plus, un défi de plus. Il travaille les nuits qu’il faut, encaisse les échecs qui se présentent, et se construit une vision d’ensemble du métier, de la relation client à la construction d’infrastructure, en passant par la stratégie de marque.
Sa formation suit le même fil. Une Maîtrise en gestion des entreprises à l’Université Lumière Lyon II. Des études doctorales en management des organisations à l’Université Aix-Marseille III. Un Mastère en management télécom à l’Institut national des télécommunications à Évry. Un Certificat en Marketing à HEC Paris. Quatre écoles, quatre disciplines, un seul homme. Quand le Bénin appelle Sonatel en 2023, Omar Guèye Ndiaye est prêt.
Cotonou, une entreprise entre deux mondes
En mai 2021, le gouvernement béninois confie la gestion déléguée de la Société béninoise d’infrastructures numériques (SBIN) au groupe sénégalais Sonatel. Une Sénégalaise, Thérèse Tounkara, prend les commandes. Elle pilote l’élaboration du plan stratégique. Elle procède à l’augmentation du capital. Elle sécurise la dorsale de transmission nationale. Et surtout, en octobre 2022, elle lance les services mobiles et mobile money sous une nouvelle marque : Celtiis.
Le nom n’a pas été choisi au hasard. Il s’inspire du Celtis, un arbre africain robuste, symbole d’ancrage et de solidité. On y ajoute un deuxième « i » pour signifier l’innovation. Force, fiabilité, utilité communautaire, l’ambition tient dans un mot. Un an plus tard, Thérèse Tounkara est appelée à d’autres fonctions au sein de Sonatel. Le 21 juin 2023, le Conseil des ministres béninois valide la nomination d’Omar Guèye Ndiaye.
Il pose ses valises à Cotonou le mois suivant. Il débarque dans une entreprise publique qui vient d’être structurée par une équipe de son propre groupe, avec une marque qui commence à trouver son public. Son défi est de faire décoller. Face à lui, le marché béninois est verrouillé depuis des années. MTN et Moov sont les deux opérateurs historiques qui dominent. Les clients râlent parfois, mais faute d’alternative crédible, ils restent. Personne, dans ce paysage, n’attend qu’un troisième acteur puisse bousculer quoi que ce soit.
Omar Guèye Ndiaye ne cherche pas à impressionner. Il écoute, analyse et constate une évidence. Les Béninois veulent de la qualité, à un prix qu’ils peuvent payer. La bataille ne se gagnera pas dans le marketing. Elle se gagnera dans la couverture, dans la fluidité des appels, dans la vitesse de l’internet mobile, dans la simplicité des paiements. Il le dira lui-même dans un entretien accordé à nos confrères de Forbes Afrique : « Nous avons écouté les clients et analysé leurs besoins. Ils voulaient de la qualité au juste prix. »
L’électrochoc a un visage. Celtiis Cash, pour envoyer, recevoir et payer, connecté à Waa, la première super-application du Bénin. Celtiis Business, pour la transformation numérique des entreprises et des administrations, avec cloud, cybersécurité et outils collaboratifs. Celtiis Home, qui démocratise la fibre optique avec plus de 100 000 foyers et entreprises déjà connectés. Une gamme complète, un ancrage précis dans le quotidien des Béninois.
Omar Guèye Ndiaye, le pari des cinq millions : trois ans pour retourner un marché

Omar Guèye Ndiaye, Directeur Général de Celtiis ©️Forbes
Le 21 octobre 2025, Celtiis célèbre son troisième anniversaire à Cotonou. Le bilan présenté par Omar Guèye Ndiaye est sans appel. L’opérateur a réussi à rallier plus de cinq millions de clients actifs, cap franchi en trente-six mois seulement. La couverture réseau atteint plus de 90 % du territoire, 94 % avec le roaming national.
La part de marché en volume progresse de neuf points en un an. La part en valeur est multipliée par quatre selon l’ARCEP, l’autorité de régulation béninoise. Sur cent nouvelles cartes SIM vendues au Bénin, plus de soixante le sont désormais pour Celtiis. Plus de 30 % du trafic voix et data circule sur son réseau.
Un opérateur public, arrivé en dernier sur un marché mature, capte en trois ans ce que d’autres mettent une décennie à conquérir. Ce jour-là, dans son discours, Omar Guèye Ndiaye rappelle la vision initiale, un réseau 100 % national, financé et géré par l’État béninois. Il compare l’aventure à celle de Nelson Mandela.
Le mobile money reste dominé par la concurrence. C’est le prochain terrain. Omar Guèye Ndiaye y prépare ses armes. Innovation autour de Waa, transferts internationaux, solutions Bank-to-Wallet, ciblage des zones les moins bancarisées. La bataille sera longue et elle est déjà engagée.
L’année 2026 confirme la trajectoire. En juin, un « Méga Week-end Celtiis Home » mobilise les cadres et les agents de l’opérateur sur sept sites du Grand Nokoué : Fidjrossè Kpota, Ménontin Don Bosco, Dako Donou, Tankpè-Tokan-Houéto, Sèdégbé, Calavi Kpota 2 et le marché de Womey. La grille tarifaire de la fibre optique est refondue avec la promesse d’offrir plus de confort, au même prix.
L’offre Home 20 passe de 20 à 50 Mb/s pour 14 900 francs CFA par mois. L’offre Home 50 double son débit à 100 Mb/s pour 24 900 francs CFA. Les frais d’installation sont fixés à 10 000 francs CFA. Le message qu’il veut faire passer est que l’accès au haut débit ne peut plus être un luxe.
En juillet 2026, Celtiis Cash s’interconnecte avec UBA Bénin dans le cadre de l’écosystème Bank2Wallet. Les services push & pull permettent désormais de faire circuler l’argent entre banques traditionnelles et mobile money avec des standards de sécurité bancaire. La marque poursuit également son ancrage sociétal avec un soutien à la 7e Semaine du Numérique de novembre 2025, la création des Celtiis School Awards qui, dès leur première édition, ont récompensé les meilleures bachelières des douze départements du Bénin.
Depuis mars 2026, l’ARCEP publie régulièrement des indicateurs de qualité de service qui comparent les trois opérateurs : MTN Bénin, Moov Africa Bénin et Celtiis. Le simple fait que Celtiis figure au même rang que les deux historiques est en soi une victoire qui ne dit pas son nom.
Omar Guèye Ndiaye : bien au-delà des télécoms
Omar Guèye Ndiaye ne se limite pas à la Société béninoise d’infrastructures numériques (SBIN). Il siège au comité exécutif de la Fédération sénégalaise de football et à la Confédération africaine de football. Deux fonctions qui disent son horizon. Omar Guèye est un dirigeant multi-sectoriel, capable d’agir sur les leviers d’un continent au-delà d’un seul métier.
Le pari béninois n’est pas gagné. La rentabilité durable est le prochain défi. Le déploiement de la fibre doit s’accélérer. La 5G attend son heure. Mais en trois ans, un Sénégalais discret aura démontré qu’une entreprise publique africaine, bien pilotée, peut rivaliser avec les géants du privé.
À Cotonou, quelques Béninois savent aujourd’hui ce qu’ils lui doivent. Beaucoup d’autres l’ignorent encore. Ce qu’ils savent, c’est que leur téléphone marche mieux, que leur internet est plus rapide, et que leur facture est plus légère. Le reste, comme toujours, viendra avec le temps.
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