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Bamba Lô : l’envergure d’un patron des flux

Bamba Lô Bamba Lô
Bamba Lô, Portrait de la semaine n°83

En 2013, Bamba Lô tente sa première aventure entrepreneuriale à Paris. Elle échoue au bout de deux ans et demi. Il rentre à Dakar en 2016, ouvre une page Facebook, monte deux motos et lance une petite structure baptisée Allo Papy. Neuf ans plus tard, sa société Paps totalise plus de 4,6 millions de livraisons pour la seule année 2022, gère un réseau de plus de 800 véhicules actifs et opère au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Bénin. Portrait.

Bamba Lô est né et a grandi à Dakar. Il fait sa scolarité au collège Maristes de la capitale sénégalaise. Dès l’enfance, il a une envie qui ne le quittera jamais. Il veut rendre service, il veut faciliter la vie des autres. Ce n’est pas encore un projet d’entreprise. C’est une disposition, une manière d’être au monde.

Après le lycée, il part se former à l’étranger, entre la France et le Canada. Il commence sa carrière comme responsable des ventes dans une agence de voyages spécialisée dans les pèlerinages à la Mecque, avant d’enchaîner les postes commerciaux. Key Account Manager. Directeur commercial. Chief Commercial Officer. Il y forge une expertise dans la gestion des grands comptes, le développement commercial et le pilotage des équipes de vente.

Puis en 2013, il lance à Paris sa première entreprise, Elite Business Consulting (EBC), qui accompagne les entrepreneurs sur trois marchés : France, Tunisie, Sénégal. L’aventure durera environ deux ans et demi. Elle ne mènera pas à grand-chose. Il le dira lui-même plus tard, sans détour, dans un entretien à SenePlus : l’expérience « n’a pas été assez concluante ». Pour un autre, ce serait un revers dont on ne parle pas. Pour lui, ce sera l’apprentissage décisif.

Bamba Lô, le retour au bercail 

Bamba Lô
Bamba Lô, cofondateur et CEO de Paps ©️Entourage

Bamba Lô rentre au Sénégal en 2016. À Dakar, il observe une frustration quotidienne. Se faire livrer quelque chose est un cauchemar. Une pizza qui met deux heures à arriver. Un trousseau de clés qu’un ami doit apporter à l’autre bout de la ville. Un médicament dont la course improvisée coûte plus cher que le médicament lui-même.

En septembre 2016, il fonde avec Rokhaya Sy une petite structure baptisée Allo Papy. Une page Facebook, des vélos pour mettre en relation un client et un livreur pour l’acheminement express d’un objet. Rien de plus.

Le premier Papser, Moustapha, se souvient. « Il arrivait que nous faisions nous-mêmes les livraisons. Un jour j’avais une livraison pour 9h du matin, aucun livreur n’était disponible. J’ai pris l’initiative de faire cette tâche moi-même. Ne disposant pas de moyen de déplacement, j’ai pris le bus. Au milieu du trajet, le bus est tombé en panne, et j’ai fini la course à pied. » Le témoignage est publié sur le blog officiel de Paps. Il dit tout de l’énergie des débuts.

Le nom, deux ans plus tard, devient Paps. La flotte grandit. Les scooters remplacent progressivement les vélos. Une application est lancée en novembre 2016. Paps devient la première entreprise à proposer des livraisons à la demande et géolocalisées en Afrique francophone.

En 2018, à la sortie de son incubation dans l’accélérateur de Google, Bamba Lô réoriente Paps vers le B2B. Il l’explique à SenePlus : « La logistique était dominée par les sociétés internationales, et elle s’arrêtait au niveau du port ou à l’aéroport. »

Ce constat va tout changer. Les majors mondiaux de la logistique : DHL, FedEx, UPS, livrent bien jusqu’aux grandes villes africaines, mais pas jusqu’aux quartiers de Yoff, aux villages de Casamance, aux boutiques de Kaolack. Le dernier kilomètre est un vide et Paps s’y installe.

L’entreprise développe une plateforme technologique complète. Une API que les commerçants installent sur leur site pour automatiser les livraisons. Une plateforme baptisée MyPaps qui offre aux entreprises clientes une gestion des stocks en temps réel et une visibilité totale sur leurs expéditions. Un réseau de « Papsers », les livreurs de la maison, considérés par Bamba Lô comme de vrais entrepreneurs. Chacun reçoit une formation à son arrivée. Chacun bénéficie d’un prêt remboursable sur plusieurs mois pour acquérir son véhicule.

Le modèle prend. En 2022, Paps atteint 4 658 006 livraisons annuelles, forme 1 636 papsers via son école interne (la Paps Académie) et gère un parc de plus de 800 véhicules actifs avec des scooters, des vans, des mini-vans. La société compte alors 896 525 zones géolocalisées au Sénégal.

4,5 millions de dollars et une ambition affirmée

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Bamba Lô, cofondateur et CEO de Paps ©️Entourage

En janvier 2022, Paps réussit une opération qui installe la société dans une autre catégorie. Elle lève 4,5 millions de dollars, environ 2,6 milliards de francs CFA. L’opération est codirigée par la société de capital-risque américaine 4DX Ventures et par Orange-Sonatel, l’opérateur historique du Sénégal.

Autour d’eux, un tour de table impressionnant : Saviu Ventures, Uma Ventures, Yamaha Motor, Lofty Capital, Proparco (filiale de l’Agence française de développement), Google Black Founder Fund, To.org, Kepple Ventures, Enza Capital.

En mai 2022, Paps lance officiellement sa filiale en Côte d’Ivoire. Peu après, la société devient le représentant officiel du géant américain UPS au Sénégal et en Guinée. « Tous nos clients vont être connectés au monde maintenant », commente le fondateur au Tech Observateur. 

La même année, Paps participe à Deliver Amsterdam, à l’Africa CEO Forum d’Abidjan, à VivaTech Paris, au premier forum d’Africa Trade & Invest à Francfort. Sa cofondatrice Rokhaya Sy intègre l’Advisory Board de Deliver, l’un des sommets mondiaux de la logistique du dernier kilomètre. Une reconnaissance internationale pour une femme africaine dans un secteur historiquement masculin.

Paps compte désormais parmi ses clients Auchan, Eiffage, FedEx et la Bank of Africa. La société opère au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Bénin, avec une capacité de livraison qui s’étend, via ses partenaires, jusqu’au Mali, à la Guinée-Bissau, au Burkina Faso et à la France. Le réseau compte plus de 36 hubs et points relais.

En 2023, Bamba Lô est classé parmi les 20 meilleurs entrepreneurs francophones africains de l’année. Il est également membre du conseil consultatif de Kamtar, une plateforme de réservation de camions présente en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

Sa fibre d’entrepreneur, Bamba Lô ne cache pas de qui il la tient. Il évoque volontiers feu Ameth Amar, l’entrepreneur sénégalais fondateur du groupe NMA Sanders, décédé en 2019, comme son modèle. Un rappel constant que l’entrepreneuriat panafricain a ses figures tutélaires, ses maîtres à penser, et que la génération qui vient s’inscrit dans une continuité.

De Dakar à Abidjan, en passant par Cotonou et bientôt d’autres capitales. Le Sénégalais qui voulait rendre service à ses semblables construit désormais l’infrastructure d’un continent.

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