Le magnat ivoirien de l’huile de palme Jean-Louis Billon a reçu une distinction inattendue de la part de la plus grande organisation mondiale de conservation de la nature. Une reconnaissance qui dit autant sur lui que sur les contradictions de son propre secteur.
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a nommé Jean-Louis Billon, président du conseil d’administration du groupe ivoirien SIFCA, parrain de la nature, le lundi 14 septembre 2026 à Dunhuang, en Chine.
L’homme d’affaires ivoirien devient le premier représentant d’Afrique de l’Ouest à intégrer ce programme, créé en 2010 pour réunir des personnalités susceptibles d’apporter un appui stratégique aux actions de l’organisation et de contribuer à la mobilisation de ressources en faveur de la conservation.
Le groupe SIFCA, fondé en 1964 par le père de Jean-Louis Billon et dont il a pris la tête en 2001, compte plus de 33 000 employés dans cinq pays et intervient dans l’huile de palme, le caoutchouc et le sucre, trois cultures parmi les plus souvent associées à la déforestation tropicale.
Jean-Louis Billon, un parrain salué pour le bilan environnemental de SIFCA
L’UICN a mis en avant ce que le groupe protège plutôt que ce qu’il cultive. Selon les données communiquées par SIFCA, le groupe a préservé plus de 4 650 hectares de forêt, protégé 8 400 hectares de forêt classée, replanté chaque année plusieurs centaines d’hectares et contribué à la préservation d’environ 60 000 tortues marines.
La Directrice générale de l’UICN, Grethel Aguilar, a souligné que Jean-Louis Billon portait un engagement à démontrer que développement économique et conservation peuvent avancer ensemble, et que son soutien à la protection et à la restauration des forêts en Côte d’Ivoire apportait une perspective utile à l’organisation.
« Je suis profondément honoré d’être nommé Patron de la Nature par l’UICN », a déclaré Jean-Louis Billon à la suite de sa nomination. Il a ajouté que la prospérité durable de l’Afrique suppose de considérer la nature non seulement comme une ressource à protéger, mais aussi comme un moteur de développement économique.
Un parrain de la nature dans un pays qui a perdu ses forêts
Cette distinction s’inscrit dans un contexte particulier. La Côte d’Ivoire a perdu l’essentiel de son couvert forestier au cours du vingtième siècle, en grande partie au profit du cacao et de l’huile de palme, et ses aires protégées restantes demeurent sous la pression continue de l’agriculture.
La nomination d’un dirigeant de l’agro-industrie à ce poste symbolique intervient donc dans un secteur régulièrement pointé du doigt pour son rôle dans ce recul, ce qui donne un relief particulier à un bilan de conservation présenté comme un contre-exemple au sein même de cette industrie.
Le parcours de Jean-Louis Billon a toujours navigué entre les affaires et la fonction publique. Il a été maire de Dabakala, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, ministre du Commerce et député, tout en dirigeant l’un des plus grands groupes privés du pays.
Le titre de parrain de la nature reste une fonction honorifique et non exécutive, les personnes désignées conseillent l’UICN, participent à la mobilisation de ressources pour ses initiatives et portent la voix de la conservation, sans responsabilité opérationnelle au sein de l’organisation.
La distinction pose donc une question à laquelle seul l’avenir pourra répondre, celle de savoir si un secteur historiquement associé au recul des forêts peut devenir, sous l’impulsion de l’un de ses propres dirigeants, un allié crédible de leur préservation.