Infrastructures économiques avec MOPAT, récits visuels avec Orun, écosystème panafricain avec Africa Currency Network. Habyba Thiero construit un système. Et chaque pièce a été posée dans un ordre précis, depuis une formation en comptabilité jusqu’aux podiums de New York. Portrait.
14 mai 2026. À Kigali, dans la salle du side-event organisé par MOPAT Group en marge de l’Africa CEO Forum, Habyba Thiero partage le panel avec Moussa Kouyaté, président du Comité National de Pilotage des Partenariats Public-Privé de Côte d’Ivoire, et avec Mouhamad Dieng. Le sujet est technique, exigeant, peu médiatique : comment transformer une priorité publique africaine en projet finançable, opérable, mesurable sur vingt ans.
Ce n’est pas la première fois que l’entrepreneure ivoirienne se retrouve dans une salle pareille. Ni la dernière. Avant les podiums de Kigali et les défilés de New York, il y a eu les chiffres. Habyba Thiero s’est formée à l’Institut national des techniques économiques et comptables (Intec), en Côte d’Ivoire, une école qui forme aux métiers de la gestion, de la comptabilité et de l’économie d’entreprise. Rien dans ce cursus n’annonce une carrière dans la culture ou les partenariats publics-privés. Mais c’est ce socle technique, loin des projecteurs, qui structure tout ce qui suit.
Ses premiers pas dans l’entrepreneuriat se font dans la finance. En 2022, elle cofonde à Abidjan PaymeTrust, une société fintech, et en prend la direction générale. C’est une entrée discrète, presque invisible depuis l’extérieur. Mais c’est le moment où elle passe du côté de celles qui construisent des structures plutôt que d’y travailler.
De cette base naît Africa Currency Network (ACN). ACN est un groupe stratégique d’experts panafricains, membre du Kigali International Financial Centre, engagé dans la transformation structurelle du continent africain. Ce n’est pas un projet parmi d’autres. C’est la structure-mère à partir de laquelle Habyba Thiero va déployer ses initiatives suivantes, et notamment celle qui va porter le plus loin.
Habyba Thiero, MOPAT Group : l’infrastructure, en parallèle

MOPAT Group est une plateforme panafricaine pour la structuration et la mise en œuvre de projets économiques dans le cadre de partenariats public-privé. Habyba Thiero en est co-fondatrice aux côtés de Mouhamad Rassoul Dieng, qui en est le CEO.
La thèse de MOPAT est posée avec une précision que peu d’acteurs osent formuler aussi directement. L’Afrique ne manque pas de projets PPP. Ce qui manque, c’est une capacité à transformer une priorité publique ou un potentiel territorial en actif économique structuré, finançable, exploitable et mesurable dans le temps.
Cette approche se déploie à travers ORISHA, le programme opérationnel de MOPAT pour les projets PPP complexes. ORISHA intervient dès les premières étapes du développement de projet, avant même que les investisseurs entrent en scène. Parce que c’est là, dans cet espace entre l’intention politique et la faisabilité économique, que la plupart des projets africains meurent sans bruit.
En 2024, l’Afrique subsaharienne a enregistré 7,9 milliards de dollars d’engagements d’investissement dans des projets d’infrastructure à participation privée, en hausse de 133 % par rapport à 2023, selon la Banque mondiale. Mais ce chiffre représentait moins de 8 % des 100,7 milliards enregistrés à l’échelle mondiale. C’est cet écart que MOPAT veut réduire. Pas en cherchant plus de capitaux, mais en rendant les projets africains capables de les recevoir.
En septembre 2025, Orun défile à la Fashion Week de New York pour y faire une démonstration. Orun Studios est une initiative d’Africa Currency Network, portée et fondée par Habyba Thiero. Après des années passées à structurer ACN dans l’ombre, elle choisit la culture comme premier projet visible à l’échelle internationale, une maison de récits qui veut rendre à l’Afrique le pouvoir de dire son histoire, de la manière la plus immersive et contemporaine possible.
Le studio s’organise autour de sept royaumes symboliques qui représentent des priorités stratégiques pour le continent : santé, éducation, culture, écologie, artisanat, économie circulaire et infrastructures durables. Le lancement officiel a eu lieu en juin 2025 au Salon international du contenu audiovisuel d’Abidjan. Orun Studios ambitionne de former de nombreux jeunes Africains d’ici 2030 pour renforcer l’économie créative africaine.
Casablanca, janvier 2026. Orun présente son Heirs of Greatness Day pour affirmer la valeur intrinsèque de l’artisanat africain. Le message est constant : l’Afrique ne doit pas attendre l’approbation du monde pour nommer ce qu’elle vaut.
Il est rare, dans le paysage entrepreneurial africain, de voir quelqu’un partir de la comptabilité, passer par la fintech, fonder un réseau panafricain stratégique, puis lancer un studio de narration présenté à la Fashion Week de New York. La tentation est d’y voir de la dispersion. Ce serait une erreur de lecture.
Ce que Habyba Thiero construit, c’est la même chose sous plusieurs formes. Une fintech pour comprendre les flux financiers du continent. Un réseau stratégique pour structurer la réflexion. Une plateforme PPP pour transformer cette réflexion en projets concrets. Et un studio créatif pour que l’histoire de tout cela soit racontée depuis l’Afrique, par l’Afrique.
