Publicité

Restez au courant des actualités les plus importantes

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez nos conditions d'utilisation.

Akim Daouda, la bioéconomie souveraine

Akim Daouda Akim Daouda
Akim Daouda, Portrait de la semaine n°80

Il a géré 1,8 milliard de dollars pour l’État gabonais, structuré le premier debt-for-nature swap africain et monétisé 90 millions de tonnes de crédits carbone. Puis il a tout quitté pour fonder Mwaana, un studio entrepreneurial dont la matière première est la forêt du bassin du Congo. Akim Daouda a changé d’échelle depuis. Portrait.

Akim Daouda grandit au Gabon, un pays dont le paradoxe a dû le frapper tôt : l’un des pays les plus boisés du monde, couvert à 88 % de forêts tropicales, et pourtant dépendant du pétrole pour l’essentiel de ses revenus. Ce paradoxe traversera toute sa carrière.

Pour sa formation, l’expert en investissement et en finance climatique choisit trois pays. L’Université de Westminster à Londres d’abord, Skema Business School à Sophia Antipolis, puis l’Université de Concordia à Montréal. Il suit une formation en gestion et sciences économiques. 

Un double MSc en finance internationale, construit sur deux rives de l’Atlantique, dans deux langues, sous deux systèmes académiques différents, avec pour seul objectif de comprendre comment l’argent se déplace, et comment le flécher autrement.

En 2019, il complète ce socle par un passage au Leadership Council du Harvard Center for African Studies. Cette étape place Akim Daouda au cœur d’un réseau d’intellectuels, d’économistes et de décideurs qui pensent l’Afrique à long terme, depuis le terrain du continent lui-même.

Avant le Gabon institutionnel, Akim Daouda travaille pour deux des plus grandes banques mondiales. Il passe par HSBC, puis par Commerzbank. Deux institutions dont les salles de marché lui révèlent, de l’intérieur, la logique du capital international, notamment ses critères, ses angles morts, et surtout ses automatismes quand il s’agit de l’Afrique.

Ce passage dans la banque privée internationale lui donne la capacité de lire un dossier africain avec les yeux d’un investisseur étranger. Savoir exactement pourquoi il hésite, ce qui le rassure, ce qui le fait fuir. Il comprend les grilles d’analyse des investisseurs étrangers, leurs critères de risque, leurs lignes rouges. Cette connaissance, il l’utilisera pour négocier à armes égales.

Le FGIS, sept ans à apprendre les rouages d’un État

Akim Daouda
Akim Daouda, Fondateur et CEO de Mwaana Inc.

En 2013, Akim Daouda entre au Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS) comme directeur des investissements. L’institution a été créée en 2012 pour préparer le Gabon à l’après-pétrole. Construire des filières de revenus alternatives avant que les puits ne s’assèchent. Il supervise un portefeuille de plus de 100 participations dans des secteurs aussi divers que l’énergie, l’eau potable, le développement urbain, les mines, les infrastructures.

Sept ans passent. Sept ans à connaître chaque rouage de l’institution, chaque dossier, chaque ligne de portefeuille. Il est décrit par ses proches collaborateurs comme un travailleur discret, minutieux avant chaque prise de parole publique, qui dirige ses équipes dans un style anglo-saxon : délégation, résultats, peu de bruit. 

En avril 2020, le Conseil des ministres gabonais le nomme Administrateur-Directeur Général du FGIS. Il a 38 ans. C’est une promotion interne, ce qu’on appelle à Libreville « un produit maison ». Le président Ali Bongo Ondimba signe le décret. Il prend la tête d’une institution dont les caisses affichent à l’époque 202 milliards de FCFA.

En 2022, ce chiffre atteint 343 milliards, une hausse de 70 % en valeur absolue en deux ans, tirée par les retours sur investissements et un regain de confiance des partenaires. À son départ, les actifs sous gestion s’établissent à 1,8 milliard de dollars. Il préside le conseil d’administration de l’Union Gabonaise de Banque, filiale du groupe marocain Attijariwafabank et deuxième banque du pays.

En octobre 2022, Akim Daouda obtient que le FGIS soit désigné mandataire exclusif pour la commercialisation des crédits carbone de la République gabonaise. Quatre-vingt-dix millions de tonnes de résultats REDD+ calculés sur les émissions absorbées par les forêts gabonaises, lesquelles couvrent environ 90 % du territoire. La plus grande émission souveraine de crédits carbone jamais réalisée sur le continent africain.

Dans le même mouvement, il structure le premier debt-for-nature swap africain. Le mécanisme est précis. Une partie de la dette extérieure du Gabon est restructurée en échange d’engagements de conservation environnementale. La transaction s’élève à 500 millions de dollars. Une première sur le continent. En juin 2022, le FGIS devient le premier fonds souverain africain à rejoindre la Net-Zero Asset Owner Alliance des Nations Unies.

En octobre 2023, il est limogé. Le Conseil des ministres gabonais ne communique pas les raisons. Dans un article au vitriol publié par Gabon Review, un commentateur note avec ironie : « Plus les dirigeants sont performants, plus il y a un risque qu’ils soient limogés. » Akim Daouda ne commente pas publiquement. Il prépare la suite avec Mwaana.

Akim Daouda : construire des entreprises à partir d’une forêt avec Mwaana

Akim Daouda
Akim Daouda, Fondateur et CEO de Mwaana Inc.

Mwaana, qui signifie « enfant » en swahili, n’est pas un fonds d’investissement classique. C’est un biodiversity venture studio, une structure qui conçoit et finance des entreprises construites à partir des ressources naturelles du bassin du Congo, non pour les extraire, mais pour en tirer une valeur économique durable.

Le bassin du Congo est la deuxième plus grande forêt tropicale du monde. Il absorbe 1,5 milliard de tonnes de CO₂ par an, l’équivalent des émissions annuelles de près de 300 millions de véhicules aux États-Unis. Ses arbres génèrent les précipitations qui alimentent le Nil et soutiennent l’agriculture bien au-delà de l’Afrique centrale. 

Le bassin abritait, selon les données de la Yale School of the Environment, des milliers d’espèces végétales et animales dont une fraction est encore inconnue de la science. Et pourtant, l’Afrique, qui détient un quart de la biodiversité mondiale, capte moins de 1 % de la bioéconomie globale. 

Mwaana part de ce constat pour construire autrement. Pas des crédits carbone vendus à des multinationales comme alibi climatique. Des entreprises réelles, ancrées dans des savoirs locaux, capables de créer des revenus pour les communautés qui vivent dans et autour de ces forêts. La cible à l’horizon 2035 est de sécuriser 100 millions d’hectares de forêt en Afrique centrale.

Pour son expertise, Akim Daouda siège au conseil consultatif africain de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero, au conseil de la Voluntary Carbon Market Integrity Initiative, et au Leadership Council du Harvard Center for African Studies. Yale School of the Environment l’a sélectionné comme World Fellow 2025. Le World Economic Forum le reconnaît comme Young Global Leader. Il est Tutu Fellow et INSEAD Distinguished Fellow.

La question posée par Akim Daouda n’est pas technique. Elle est politique et économique. Si les pays africains intégraient la valeur de leurs écosystèmes dans leurs comptes nationaux, leurs négociations de dette, leurs notations de crédit, leurs capacités d’investissement seraient radicalement différentes.

Akim Daouda a passé vingt ans à comprendre comment fonctionne la finance internationale. À HSBC, à Commerzbank, au FGIS. Il a appris où va l’argent, pourquoi il évite certains endroits, et comment le faire changer de direction. Mwaana est sa réponse. Celle d’un financier qui sait exactement ce qu’il fait, et qui a décidé de le faire pour la forêt plutôt que pour ceux qui voudraient la voir disparaître.

Restez au courant des actualités les plus importantes

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez nos conditions d'utilisation.
Add a comment Add a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Article précédent
Honeywell Group Ikeja Hotel

Nigeria : le milliardaire Oba Otudeko s’offre 14 % d'Ikeja Hotel pour plus de 8 millions de dollars

Publicité