Du 15 au 19 juin 2026, une mission du FMI s’est rendue à Dakar pour la sixième fois depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye. Elle repart avec des signaux positifs sur la croissance et les réformes en ce qui concerne la dette publique sénégalaise. Elle repart aussi avec un dossier encore ouvert : le misreporting, ce scandale de fausses déclarations de dette qui empoisonne les finances publiques sénégalaises depuis deux ans.
L’équipe du FMI menée par Mercedes Vera Martin a bouclé sa mission à Dakar le 19 juin 2026 et publié ses conclusions le 22 juin. Le verdict est nuancé, et c’est précisément ce qui rend ce communiqué intéressant à lire entre les lignes. La croissance du PIB réel est estimée à 6,7 % en 2025, portée principalement par le secteur des hydrocarbures, et le déficit global a été réduit de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025. Ce sont des chiffres solides. Mais ils coexistent avec un avertissement qui ne disparaît pas : les perspectives à court terme restent exposées à des risques élevés, notamment en raison des tensions géopolitiques internationales.
Pour comprendre pourquoi cette mission compte, il faut remonter au point de départ du problème. En avril 2024, le président Bassirou Diomaye Faye a demandé à la Cour des comptes de lancer un audit approfondi des finances publiques qui couvre la période de 2019 à mars 2024. Les conclusions ont été dévastatrices : au 31 décembre 2023, l’encours réel de la dette publique atteignait près de 99,7 % du PIB, soit 18 559 milliards de francs CFA, contre 74 % officiellement annoncés sous Macky Sall.
Environ 5 milliards de dollars de dette publique sénégalaise n’avaient pas été déclarés ou avaient été insuffisamment pris en compte dans les statistiques officielles entre 2019 et 2024. Cette situation a conduit le FMI à suspendre son programme d’appui de 1,8 milliard d’euros, dans l’attente de mesures de correction.
Le terme technique qui enferme ce dossier s’appelle le misreporting. Pendant des années, les chiffres de dette et de déficit communiqués au FMI ne correspondaient pas à la réalité. Clore officiellement ce dossier exige un vote du Conseil d’administration du FMI, pas seulement un communiqué de mission.
Dette publique Sénégal : les avancées que le FMI reconnaît
La mission de juin 2026 n’est pas venue les mains vides. Le FMI a salué l’engagement continu des autorités ainsi que leur volonté de remédier aux vulnérabilités révélées par la communication passée de données erronées, notamment par des réformes qui visent à renforcer la gestion des finances publiques, la gouvernance budgétaire et la transparence.
En avril 2026, le directeur de la Dette publique sénégalaise, Alioune Diouf avait confirmé que des audits approfondis qui portent sur la période 2019-2024 avaient montré que les statistiques de la dette publique sénégalaise sont désormais en parfaite adéquation avec les chiffres du FMI. Des rapports budgétaires trimestriels sont publiés depuis. La transparence progresse concrètement.
Les autorités ont réitéré leur intérêt pour un nouveau programme soutenu par le FMI, portant sur la consolidation budgétaire, la réduction des vulnérabilités liées à la dette publique sénégalaise, l’amélioration de la gouvernance publique et le renforcement des mécanismes de protection sociale.
L’enjeu dépasse le seul financement. Un programme du FMI agit surtout comme un certificat de confiance. Quand le Fonds valide qu’un pays tient correctement ses comptes, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, les marchés internationaux et les agences de notation en tiennent compte. Le crédit redevient plus facile et moins cher. Tant que le dossier reste ouvert, le Sénégal emprunte dans des conditions plus dures.
Un accord aura toutefois un coût social. La hausse des cours mondiaux du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient devrait exercer une pression supplémentaire sur les finances publiques, compte tenu du coût budgétaire des subventions non ciblées. Réduire ce poste, comme le FMI pourrait l’exiger, se traduit directement par des prix à la pompe plus lourds pour les ménages.
Le Sénégal sort lentement d’une crise de confiance héritée de l’ère Macky Sall. La mission de juin 2026 confirme la direction. Elle ne confirme pas l’arrivée.
