Obtenir un visa pour les États-Unis devient plus coûteux et plus incertain pour les ressortissants de trente pays africains. Washington transforme un dispositif expérimental en règle permanente, avec des conséquences qui dépassent largement la seule question migratoire pour toucher les échanges commerciaux et académiques entre le continent et les États-Unis.
Le Département d’État américain a publié, le 31 juillet 2026 au Federal Register, une règle finale qui pérennise le programme pilote de caution visa lancé en août 2025. Entrée en vigueur le 3 août 2026, cette règle relève le plafond de la garantie exigée aux demandeurs de visa B1/B2, pour le tourisme et les affaires, à 20 000 dollars, contre 15 000 dollars sous le régime pilote. Le dispositif s’applique à 50 pays dans le monde, dont 30 pays africains, qui deviennent ainsi le principal terrain d’application de la mesure.
Le montant de la garantie n’est plus fixé librement. Seuls trois niveaux subsistent désormais, 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars, le plancher de 5 000 dollars du régime pilote ayant disparu. C’est l’agent consulaire qui fixe le montant applicable à chaque dossier, lors de l’entretien à l’ambassade, selon des critères propres au profil du demandeur.
Le paiement ne se fait toutefois pas sur place. Il n’intervient qu’après que le consulaire a explicitement autorisé le demandeur à régler, via une plateforme dédiée du Trésor américain, sur présentation d’un formulaire spécifique. La garantie est ensuite remboursée automatiquement si le voyageur respecte la durée de séjour autorisée et quitte le territoire dans les délais.
Une contrainte supplémentaire s’applique aux titulaires de la caution. Ils doivent entrer et sortir des États-Unis exclusivement par des aéroports commerciaux désignés, les points d’entrée terrestres, maritimes ou par aviation privée leur étant fermés.
Caution visa américaine : une liste de pays qui peut évoluer à tout moment
La règle finale autorise désormais le Département d’État à ajouter un pays à la liste avec un simple préavis de 15 jours, ou à en retirer un avec effet immédiat. Parmi les pays africains actuellement concernés figurent le Nigeria, l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, l’Ouganda, la Tanzanie et le Gabon, aux côtés d’une vingtaine de pays hors du continent, dont le Cambodge, le Népal, Cuba, le Venezuela et la Géorgie.
Selon les autorités américaines, les 50 pays concernés par le programme totalisaient 45 488 dépassements de séjour en 2024. Sur les dix premiers mois du régime pilote, ce chiffre est tombé sous la barre de 50. Environ 20 000 demandeurs ont été effectivement soumis à la caution, soit dix fois plus que prévu initialement, et la délivrance de visas B1/B2 aux ressortissants des pays listés a chuté de 83 % sur la période.
L’administration américaine met également en avant un raisonnement budgétaire : le coût moyen d’une expulsion, estimé à environ 18 000 dollars par personne, se trouve désormais couvert par anticipation grâce à la caution.
Le Gabon est un exemple concret des frictions diplomatiques que ce dispositif peut provoquer. Le pays est soumis à la caution depuis le 21 janvier 2026, et à des restrictions d’entrée partielles depuis le 1er janvier 2026 au titre de la Proclamation présidentielle 10998. En réponse, les autorités gabonaises avaient annoncé en décembre 2025 des mesures réciproques suspendant la délivrance de visas aux citoyens américains.
Un impact qui dépasse la seule question migratoire
Pour l’Afrique, l’enjeu ne se limite pas au tourisme ou à l’immigration temporaire. Un dispositif qui rend la mobilité individuelle vers les États-Unis nettement plus coûteuse pèse aussi sur les déplacements d’affaires, les missions commerciales et les échanges académiques entre le continent et l’économie américaine.
Pour les commerçants, les étudiants et les touristes des pays concernés, la caution visa américaine constitue désormais une barrière économique à part entière, qui redéfinit durablement les conditions d’accès aux États-Unis.