La flambée des prix mondiaux du cacao met sous tension la trésorerie des transformateurs ivoiriens, contraints d’avancer des sommes importantes avant même de vendre leur production. FMO et Ivory Cocoa Products ont scellé un nouvel accord pour y faire face, le troisième en sept ans.
La banque néerlandaise de développement FMO accorde un financement de 20 millions d’euros, soit environ 13,1 milliards de FCFA, au transformateur ivoirien Ivory Cocoa Products (ICP), qu’elle présente comme le plus grand transformateur indépendant de cacao du pays. Réparti sur quatre ans, ce financement doit couvrir les besoins en fonds de roulement de l’usine de San Pedro.
L’enveloppe se décompose en deux tranches, une première de 15 millions d’euros déjà engagée, et une seconde de 5 millions d’euros qui reste à mobiliser. Il s’agit du troisième investissement de FMO dans l’entreprise depuis 2019, après un précédent appui qui avait permis l’installation d’une ligne de transformation fournie par le constructeur néerlandais Royal Duyvis Wiener.
Ce que FMO et Ivory Cocoa Products financent exactement
Contrairement à un financement d’équipement, cet argent sert au fonds de roulement, les liquidités nécessaires pour acheter les fèves de cacao avant même que les produits transformés ne soient vendus. Pour un industriel du cacao, disposer de cette trésorerie en amont conditionne sa capacité à sécuriser des volumes réguliers de matière première, en particulier quand les prix internationaux fluctuent fortement.
Fondée en 2010 et entrée en production lors de la campagne 2012-2013, ICP dispose aujourd’hui d’une capacité de transformation d’environ 90 000 tonnes, qu’elle transforme en beurre, liqueur et tourteau de cacao, des produits semi-finis destinés notamment à l’industrie du chocolat et des cosmétiques.
L’entreprise est dirigée par Ismail El Khalil, Président-Directeur Général et fondateur, épaulé par Ahmad Khalil, Directeur Général adjoint. L’essentiel de son approvisionnement provient de coopératives certifiées Rainforest Alliance, et sa commercialisation s’appuie sur Theobroma BV, filiale néerlandaise du négociant ECOM Agroindustrial Corp basée à Amsterdam.
FMO et Ivory Cocoa Products, un partenaire parmi d’autres bailleurs
FMO n’est pas le seul bailleur d’ICP. En septembre 2024, la BOAD avait accordé à ICP un prêt court terme de 15 milliards de FCFA. Ce financement visait l’achat de 7 500 tonnes de fèves. Il soutenait 170 emplois permanents et environ 5 000 emplois indirects.
Cette accumulation de financements s’inscrit dans un mouvement national plus large. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, ambitionne de transformer localement au moins 50 % de sa production d’ici 2030. « Cet investissement témoigne de l’engagement de FMO à bâtir des chaînes de valeur agricoles plus durables », a déclaré Hans Bogaard, directeur agroalimentaire de l’institution.
Pour Ismail El Khalil, ce financement doit surtout permettre de consolider les relations avec les coopératives locales et d’accroître, en Côte d’Ivoire même, la valeur créée à partir des fèves produites dans le pays.
Trois financements en sept ans pour une seule entreprise, à eux seuls, ces chiffres disent la dépendance persistante des transformateurs ivoiriens aux bailleurs extérieurs pour financer un maillon pourtant jugé stratégique de la filière, l’achat des fèves elles-mêmes.