GuarantCo et Symbiotics ont structuré un financement de 20 millions de dollars le 10 août 2026, pour le groupe singapourien Robust International. Cette opération intervient moins d’un an après l’inauguration de sa première usine à Toumodi. Elle éclaire une transformation plus large de la filière ivoirienne, engagée dans une course pour transformer localement sa production de noix de cajou. Au-delà du montant, ce deal montre comment se construit désormais le financement de l’industrialisation agricole en Afrique de l’Ouest.
Le groupe agro-industriel singapourien Robust International a obtenu une facilité de crédit de 20 millions de dollars, soit environ 11 milliards de francs CFA, arrangée par GuarantCo en partenariat avec la plateforme d’investissement Symbiotics. Ce montage associe un financement de l’investisseur institutionnel M&G Investments, couvert par une garantie de GuarantCo pouvant atteindre 23 millions de dollars, à un prêt non garanti de fonds d’impact conseillés par Symbiotics Asset Management. L’enveloppe doit financer une seconde usine à Toumodi, d’une capacité de 15 000 tonnes par an, ainsi que des capacités de stockage à Bouaké et Toumodi.
Ce financement prolonge la première implantation de Robust dans le pays. Le groupe avait inauguré une usine à Toumodi en septembre 2025, pour un investissement de 15 milliards de francs CFA, soutenu notamment par la Commission européenne. Cette unité avait généré plus de 1 000 emplois directs, dont près de 70 % occupés par des femmes. La seconde usine s’accompagne de 44 000 tonnes de nouvelles capacités d’entreposage réparties entre Bouaké et Toumodi.
La Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial de noix de cajou brutes. Le pays n’en transforme cependant localement qu’une partie limitée, autour de 30 % selon les données publiées par Sika Finance, contre un objectif gouvernemental de 50 % d’ici 2030. Le Conseil coton-anacarde-karité a fait état d’un taux de transformation de 43 % pour la campagne 2025, porté par plusieurs investisseurs internationaux, dont Valency International, Dorado Ivory et le groupe émirati Al Sayegh. Cette dynamique répond à une contrainte connue de la filière. La matière première brute part vers l’Asie, où se concentre l’essentiel de la valeur ajoutée liée au décorticage et au conditionnement.
Le montage financier mérite attention. En associant une garantie de GuarantCo à un investisseur institutionnel et à des fonds d’impact, l’opération répartit le risque entre plusieurs catégories de capitaux. Cette structure permet de mobiliser des financements privés dans un secteur jugé risqué, en raison de la saisonnalité des récoltes et du besoin de trésorerie immédiat pour acheter les stocks. Selon les projections communiquées par les partenaires financiers, le projet doit permettre l’achat de noix de cajou auprès d’environ 1 500 petits exploitants agricoles et générer 79,2 millions de dollars de recettes d’exportation supplémentaires. Environ 510 emplois seraient créés, avec 40 % de postes occupés par des femmes à court terme.
Le projet comporte aussi un volet de valorisation des sous-produits. Les coques issues du décorticage seront transformées en liquide de coque de noix de cajou, utilisé dans la fabrication de résines et de revêtements industriels. Les résidus solides seront cédés à un opérateur tiers pour la production d’engrais.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse le cas de Robust. Atteindre les 50 % de transformation locale fixés pour 2030 suppose de répliquer ce type de montage auprès d’autres transformateurs, dans un secteur toujours confronté à un manque de capacités de stockage et de financement de campagne.
Reste à savoir si ce modèle de garantie partagée entre investisseurs institutionnels et fonds d’impact peut s’étendre à d’autres filières agricoles du pays, et à quel rythme les infrastructures suivront la demande de transformation.
