La réduction des droits de douane au Cameroun s’accélère sur les produits européens, dans le cadre de l’Accord de partenariat économique (APE) conclu avec l’Union européenne. Cette avancée commerciale a toutefois un coût budgétaire croissant pour l’État, dont les pertes fiscales cumulées dépassent désormais 100 milliards de FCFA.
Le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motazé, a officialisé, par un communiqué signé le 4 août 2026, l’entrée en vigueur de la onzième phase de démantèlement tarifaire prévue par l’APE. Les marchandises européennes classées dans les groupes 1 et 2, jugées prioritaires ou destinées à l’outil de production, bénéficient déjà d’une exonération totale de droits de douane. La nouveauté porte sur le groupe 3, où le taux de réduction atteint désormais 70 %, à raison d’une progression de 10 points chaque année.
Le groupe 1 rassemble les biens jugés essentiels : médicaments et produits pharmaceutiques, équipements médicaux, engrais, pesticides, semences, ainsi que certaines machines et ordinateurs. Le groupe 2 concerne les intrants de production : clinker, plâtre, chaux, marbre, groupes électrogènes, véhicules de transport de marchandises et certaines pièces automobiles.
Le groupe 3, dont la libéralisation progresse plus lentement, regroupe les carburants, le ciment, les véhicules de tourisme, les véhicules de transport de personnes, les motocycles ainsi que certains produits finis et biens d’équipement. Cette catégorie bénéficie d’une période de transition plus longue en raison du caractère jugé plus sensible de ces produits, à la fois pour la production locale et pour les recettes fiscales de l’État.
Cette ouverture progressive pèse sur les finances publiques. Les pertes fiscales cumulées liées à l’APE étaient estimées à 70,5 milliards de FCFA au 31 décembre 2023, avant d’atteindre 95,7 milliards de FCFA au 31 mai 2025. Avec cette onzième phase, le manque à gagner total dépasse désormais 100 milliards de FCFA depuis le lancement du régime préférentiel en 2016. Cette dynamique nourrit aussi les inquiétudes des producteurs locaux, confrontés à une pression concurrentielle croissante des marchandises européennes importées à moindre coût.
L’accord prévoit une réciprocité : l’Union européenne ouvre son marché aux produits camerounais éligibles, en franchise de droits de douane et sans contingentement, notamment les bananes, l’aluminium, les produits transformés du cacao, le contreplaqué et certains produits agricoles frais.
Le ministre des Finances rappelle que l’APE constitue une fenêtre d’opportunités commerciales pour les exportations camerounaises sur le marché européen. Cet accès préférentiel reste toutefois conditionné, dans les deux sens, au respect des règles d’origine et des exigences sanitaires, techniques et de traçabilité prévues par l’accord.
La réduction des droits de douane au Cameroun s’inscrit ainsi dans un équilibre encore débattu. D’un côté, les recettes douanières perdues et la pression concurrentielle sur les producteurs camerounais, de l’autre, l’accès à des équipements moins coûteux et de nouveaux débouchés sur le marché européen.