Il a bâti sa fortune sur des chambres d’hôtel et des balles de tissu, pas sur des sacs de farine. Le projet minotier de Cessé Komé change pourtant de terrain, sur un marché où le blé se compte déjà en centaines de milliers de tonnes.
Moulin Koira de Côte d’Ivoire (MKCI), société dirigée par l’homme d’affaires malien Cessé Komé, prévoit d’investir 46 millions de dollars, environ 26 milliards FCFA, dans une unité de transformation du blé en Côte d’Ivoire.
Le projet a été présenté à Abidjan à l’issue d’une rencontre avec le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI), avec l’ambition de répondre aux besoins du marché ivoirien et à ceux de la sous-région.
Cessé Komé n’a jamais été identifié comme un acteur de l’agroalimentaire. Originaire du village de Koira, dans la région malienne de Kayes, il arrive à Abidjan en 1984 après un passage par Bamako, où il travaille comme aide-maçon avant de devenir cireur de chaussures.
Il se lance ensuite dans le commerce général puis dans le négoce de textile entre le Liberia et la Côte d’Ivoire, avant d’entrer dans l’hôtellerie de luxe. Il ouvre le Radisson Blu de Bamako, puis celui d’Abidjan en 2016, un établissement de 262 chambres représentant un investissement d’environ 55 milliards FCFA.
En 2012, il fait aussi un don de 100 millions FCFA à l’armée malienne après le coup d’État qui frappe alors le pays. Le projet minotier de Cessé Komé marque donc son entrée dans un secteur industriel qui lui est étranger, celui de la transformation alimentaire.
Ce que représente le projet minotier de Cessé Komé pour le marché ivoirien
La Côte d’Ivoire ne produit pas de blé à l’échelle commerciale. La matière première arrive donc par le port d’Abidjan avant d’être acheminée vers les unités de transformation.
Pour la campagne 2026/2027, la consommation nationale est estimée à environ 806 000 tonnes, selon les projections du Département américain de l’Agriculture.
La demande aurait progressé de 34% ces dernières années, portée par les habitudes alimentaires urbaines et le développement des boulangeries commerciales.
Le projet minotier de Cessé Komé arrive sur un marché déjà structuré, où Sika Finance recense quatre acteurs. Grands Moulins d’Abidjan (GMA), racheté par le groupe américain Seaboard Corporation en 2018, y joue un rôle historique depuis 1963, avec une capacité de broyage proche de 300 000 tonnes de blé par an.
La Côte d’Ivoire exporte aussi une partie de sa production de farine et de produits à base de blé vers ses voisins, le Burkina Faso représentant plus de 80% de ces réexportations. C’est dans cette chaîne, entre importation de matière première et débouchés régionaux, que MKCI cherche à s’insérer.
Les zones d’ombre du projet minotier
Le dossier reste à ce stade une intention d’investissement, pas un projet finalisé. Le site d’implantation, l’accès à l’eau et les équipements nécessaires n’ont pas encore été arrêtés, une implantation en zone industrielle étant seulement à l’étude. Aucun calendrier de mise en service n’a été communiqué.
Reste une question de fond, propre à ce type de diversification. Un entrepreneur venu de l’hôtellerie et du textile devra désormais composer avec les cycles du marché mondial du blé, les marges resserrées de la minoterie et un secteur où les acteurs installés depuis des décennies connaissent déjà les rouages.
Le projet minotier de Cessé Komé se jouera moins sur l’annonce que sur cette capacité à tenir face à des concurrents qui n’ont pas eu à apprendre le métier depuis le point de départ.
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