En 1984, à 17 ans, Cessé Komé quitte son village natal de Koïra. Quarante ans plus tard, il possède les Radisson Blu de Bamako, d’Abidjan et le Radisson Collection de Bamako. De ses premiers petits métiers à l’import de textile chinois, son parcours passe par l’aide-maçonnerie, le cirage de chaussures, la vente de livres d’occasion et un incendie qui a tout détruit en une nuit. Portrait.
Koïra, cercle de Nara, région de Koulikoro. 1984. Cessé Komé a 17 ans quand il quitte le village avec 2 500 FCFA en poche pour rejoindre Bamako. Il devient aide-maçon, payé 500 FCFA la journée. Au bout d’un mois, il a économisé 15 000 FCFA, de quoi financer le trajet jusqu’à Abidjan. À l’arrivée, il ne lui reste que 5 000 FCFA. Il les investit dans du matériel de cireur de chaussures et gagne entre 1 000 et 1 500 FCFA par jour dans les rues de la capitale économique ivoirienne.
Après deux ans de cirage, il se lance dans la vente de livres d’occasion, puis dans le commerce général. Il initie ensuite l’import entre le Liberia et Abidjan, avant de se tourner, courant 1990, vers le textile chinois, en s’associant à un fournisseur indien basé au Togo. Ce négoce du textile entre le Liberia et la Côte d’Ivoire lui permet d’amasser un capital. En 1993, l’incendie du marché d’Adjamé détruit son magasin. Il ne lui reste plus que 350 000 FCFA. Il renonce alors à un projet d’émigration vers les États-Unis et reprend ses affaires sur place.
Cessé Komé, le virage hôtelier
En 2002, le Mali s’apprête à accueillir la Coupe d’Afrique des nations. Le président malien de l’époque, Alpha Oumar Konaré, se rend en Côte d’Ivoire pour convaincre la diaspora d’investir au pays. Cessé Komé répond à l’appel et construit la Résidence Komé, un établissement d’une cinquantaine de chambres à Bamako. Gérée de façon informelle, la structure s’endette.
Des discussions s’ouvrent avec le groupe sud-africain Protea, puis avec l’américain Radisson. C’est ce dernier qui signe un contrat d’assistance technique. Après rénovation et agrandissement, avec l’appui financier d’Afreximbank, la Résidence Komé devient le Radisson Blu Bamako, porté à 190 chambres.
L’attentat du 20 novembre 2015 contre le Radisson Blu Bamako contraint l’hôtel à fermer. Il rouvre le 15 décembre de la même année. Le Radisson Blu d’Abidjan, à l’architecture en forme de cube, se dresse dans la zone aéroportuaire de Port-Bouët, face à l’hôtel Onomo. La première pierre en est posée le 16 juin 2012. L’établissement commence à accueillir des clients le 17 mars 2016, avant son inauguration officielle le 25 mai 2016.
L’investissement s’élève à 55 milliards de FCFA, financé par Afreximbank, BGFI Bank Côte d’Ivoire et la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO. Pour choisir l’emplacement et le partenaire, Cessé Komé travaille avec le consultant hôtelier Trevor Ward, qui l’oriente vers la marque Carlson Rezidor.
En 2017, un second projet voit le jour à Bamako, un hôtel de neuf étages et 200 chambres, dont 25 suites présidentielles, pour un investissement de 60 millions de dollars. La première pierre est posée en présence du président Ibrahim Boubacar Keïta. L’établissement deviendra le Radisson Collection de Bamako, dans le quartier de l’ACI 2000.
La reconnaissance d’un discret
Le Groupe Koïra, qui porte le nom du village natal de son fondateur, emploie aujourd’hui environ 250 personnes au Radisson Blu Bamako, 200 à l’hôtel d’Abidjan et une cinquantaine au port de Vridi, cœur historique des activités d’import-export du groupe. En 2012, Cessé Komé fait un don de 100 millions de FCFA au gouvernement malien pour appuyer la lutte contre le terrorisme après le coup d’État de la même année.
Dix ans plus tard, par décret du 20 septembre 2022, à l’occasion des festivités de l’indépendance du Mali, le président de la Transition Assimi Goïta l’élève à la dignité de commandeur de l’Ordre national. Confidentiel Afrique le désigne la même année Entrepreneur africain de l’année.
En juillet 2026, il figure parmi les personnalités mises en avant lors du Forum international de la diaspora, organisé par le ministère des Maliens établis à l’extérieur, comme une référence de la réussite entrepreneuriale malienne à l’étranger.
Quarante ans après avoir quitté Koïra avec 2 500 FCFA en poche, l’homme qui cirait des chaussures dans les rues d’Abidjan dirige aujourd’hui un groupe hôtelier présent à Bamako et à Abidjan, et continue d’être présenté comme un modèle de réussite pour la diaspora malienne.
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