Fondatrice de Lyvv Cosmetics, Victorine Sarr change d’échelle en 2025, portée par une visibilité médiatique inédite et une levée de fonds qui fait d’elle la première fondatrice ouest-africaine francophone à réunir du capital-risque dans la beauté africaine. Entre lancement sur Amazon sous une identité pensée pour l’Amérique du Nord et nouveau partenariat au Ghana, la marque née à Dakar poursuit son expansion.
En 2016, Victorine Sarr emballe elle-même les premières commandes de sa marque. Pas d’équipe, pas d’investisseur, seulement sept années d’économies englouties dans un pari que son entourage juge déraisonnable. L’idée lui vient d’un rayon de magasin, quelques années plus tôt, quand elle travaille comme responsable commerciale et marketing pour L’Oréal en Afrique de l’Ouest.
Victorine Sarr connaît alors chaque référence du groupe, chaque promesse marketing. Mais aucune formule, chez le « numéro un » mondial de la beauté, n’est pensée pour sa carnation.
Elle documente ce vide pendant onze mois d’étude de marché, avant d’en tirer un principe fondateur qui deviendra la colonne vertébrale de Lyvv Cosmetics : la peau noire n’est pas un segment de marché. C’est le standard à partir duquel tout devrait se concevoir.
Avant L’Oréal, il y a eu Apple, quatre années entre Paris et Dakar comme Store Manager, où elle apprend, dit-elle, que l’obsession du détail n’est pas un luxe mais une discipline. Il y a eu aussi une sélection au Mandela Washington Fellowship en 2015, le programme lancé par Barack Obama pour les jeunes leaders africains, qui lui donne les outils pour transformer une intuition en entreprise.
Victorine Sarr : Lyvv Cosmetics, une marque qui fabrique en Afrique et distribue dans le monde

Dix ans après les cartons emballés, seule dans son appartement, Lyvv Cosmetics emploie une vingtaine de collaborateurs et vend dans neuf pays, dont les États-Unis, le Canada, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana, avec une entrée au Kenya en préparation. Le chiffre d’affaires s’établit à 550 000 dollars en 2025, pour un objectif d’un million de dollars fixé en 2026.
Le déclic de cette accélération tient à un plateau de télévision. Victorine Sarr se présente à Les Nouveaux Boss, l’émission concours entrepreneurial de TV5Monde, et atteint la finale. Elle ne remporte pas le concours. Ce qu’elle en retire dépasse pourtant largement un trophée. « Je n’ai pas gagné Les Nouveaux Boss. Et c’est peut-être ce qui m’a le plus appris », confie-t-elle à Forbes Afrique début juillet 2026.
Quand elle reprend, dans la foulée, les discussions avec le fonds américain Barka Capital, elle n’arrive plus seulement avec ses chiffres et sa structure. Elle arrive avec une légitimité que les investisseurs perçoivent immédiatement. La levée aboutit, plus d’un million de dollars, une première pour une fondatrice ouest-africaine francophone dans la beauté africaine.

L’élan se poursuit sur le terrain commercial. En décembre 2025, Lyvv Cosmetics officialise son entrée sur Amazon aux États-Unis, au Canada et au Mexique, sous une identité pensée spécifiquement pour l’Amérique du Nord, Maison Lyvv, qui représente aujourd’hui environ 5 % du chiffre d’affaires total de l’entreprise.
Au Ghana, où la marque dispose déjà d’une adresse de contact à Accra, elle noue un partenariat de distribution avec Rabito Cosmetics, une chaîne dermatologique locale forte de plus de vingt-quatre officines.
Face aux investisseurs internationaux, Victorine Sarr ne prétend pas évoluer sur un terrain équitable. Une marque née en Afrique de l’Ouest, observe-t-elle, doit démontrer sa capacité à changer d’échelle avec une rigueur qu’on exige rarement d’une marque née à Paris ou à New York.
Elle relève aussi que les questions posées à une fondatrice portent plus souvent sur les risques, quand celles posées à ses homologues masculins portent sur la vision et le potentiel de croissance. « Une nouvelle génération d’investisseurs a compris que les fondatrices africaines représentent précisément le type de profil qu’ils recherchent », nuance-t-elle cependant.
Le best-seller de la marque reste le Face Serum, plébiscité aussi bien à Dakar qu’aux États-Unis. Ce qui rend Victorine Sarr difficile à copier, dit-elle, ne tient pas à une formule ou à un packaging, mais à une biographie que personne d’autre ne partage. Celle d’une femme qui, faute de trouver sa teinte sur une étagère, a fini par écrire le standard elle-même. « Chez Lyvv, la peau noire n’est pas un segment. C’est le point de départ. »
