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Victorine Sarr : l’ambition d’une cosmétique souveraine, de Dakar à New York

Victorine Sarr Victorine Sarr
Victorine Sarr Awuah, fondatrice et CEO de Lyvv Cosmetics ©️Lyvv Cosmetics

Née à Dakar, passée par Apple et L’Oréal, Victorine Sarr a fondé Lyvv Cosmetics en 2016 avec la conviction que la peau noire n’est pas un segment de marché. C’est le standard à partir duquel tout se conçoit. Dix ans plus tard, la marque est dans neuf pays, sur Nordstrom et Amazon, et a levé plus d’un million de dollars.

Le marché mondial de la beauté dépasse 500 milliards de dollars. Les femmes à peau foncée en représentent une part significative de la demande, et une part infime de l’offre réellement conçue pour elles. Victorine Sarr a vu cette contradiction de l’intérieur, depuis les bureaux de L’Oréal à Dakar. 

L’entrepreneure sénégalaise a choisi d’y répondre autrement qu’en rédigeant un rapport. En 2016, elle fonde Lyvv Cosmetics. Dix ans après, la marque affiche 550 000 dollars de chiffre d’affaires en 2025, vise le million en 2026, et a bouclé une levée de fonds de plus d’un million de dollars auprès de Barka Capital, une première pour une fondatrice ouest-africaine francophone dans la beauté africaine.

Victorine Sarr : un parcours construit méthodiquement sur Dakar, Paris, New York

Victorine Sarr
Victorine Sarr Awuah, fondatrice et CEO de Lyvv Cosmetics ©️Lyvv Cosmetics

Victorine Sarr grandit à Dakar. Elle fait ses études secondaires au Sénégal, passe par l’Institut Africain de Management, puis rejoint Paris pour ses études supérieures. 

Elle sort de l’ISG Paris avec un MBA spécialisé en marketing du luxe, complété par une formation en management et finance corporate à St John’s University à New York. Son père est ingénieur en télécoms. La famille valorise les études, les entreprises, la stabilité. Quand elle démissionne de L’Oréal pour lancer une marque de cosmétiques, tout le monde la croit folle. 

Quatre ans chez Apple, d’abord à Paris, puis à Dakar comme Store Manager. Trois ans chez L’Oréal au Sénégal comme responsable commerciale et marketing. Huit ans à observer comment les grandes maisons pensent le marché africain : comme une variable d’ajustement, jamais comme un point de départ.

C’est sur le terrain de L’Oréal en Afrique de l’Ouest qu’elle prend la mesure du déficit. Elle-même, femme noire à peau foncée, ne trouve pas de produits adaptés à sa carnation chez le numéro un mondial de la beauté. Elle documente le problème pendant onze mois d’étude de marché. 

En 2015, elle est sélectionnée pour le Mandela Washington Fellowship, programme de Barack Obama pour les jeunes leaders africains. L’opportunité lui donne les ressources et la légitimité pour passer de l’idée au projet.

Elle autofinance le démarrage avec ses économies accumulées sur sept ans. En janvier 2016, Lyvv Cosmetics démarre ses opérations. Premier client : une chaîne de beauté en Afrique du Sud.

Lyvv Cosmetics : une marque qui fabrique en Afrique et distribue dans le monde

Lyvv Cosmetics
Gamme de produits Lyvv Cosmetics ©️Lyvv Cosmetics

L’ambition de Lyvv Cosmetics est industrielle autant que culturelle. Les matières premières sont sourcées en Afrique, notamment au Ghana, où la marque soutient une centaine d’agriculteurs en zones rurales. La marque collabore avec un laboratoire certifié aux normes FDA.

La distribution est aujourd’hui multicanale : Amazon US et Canada, Nordstrom.com via The Folklore, réseaux pharmaceutiques au Sénégal, partenaires distributeurs en Côte d’Ivoire. Lyvv est présente dans neuf pays dont les États-Unis, le Canada, le Ghana, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Le Kenya est en préparation. Le best-seller reste le Face Serum, recommandé par les clientes du Sénégal aux États-Unis.

La levée auprès de Barka Capital ne s’est pas construite en un rendez-vous. Elle s’est construite sur des années de preuves : chiffres, structure juridique, traction commerciale réelle. Ce qui a convaincu les investisseurs américains, selon Victorine Sarr elle-même.

Victorine Sarr est la première fondatrice ouest-africaine francophone à lever du capital-risque dans la beauté africaine. Une première qu’elle assume comme une responsabilité vis-à-vis des fondatrices qui viendront après elle.

L’objectif pour 2026 est de franchir le million de dollars de revenus consolidés. Pour une marque née sans investisseur, avec les économies de sept ans de salaires et une conviction que personne d’autre n’était placé pour tenir, c’est une prochaine étape logique.

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