Médecin, philanthrope, entrepreneur dans la mode, chancelière d’université. Née à Soweto d’un père enseignant et d’une mère infirmière, Precious Moloi-Motsepe a construit quatre carrières là où la plupart des gens en choisissent une. Chacune, à sa façon, répond à la même question : comment faire de l’Afrique une source de valeur pour les Africains ? Portrait.
Precious Moloi-Motsepe grandit à Soweto, dans le Johannesburg des années 1960 et 1970, l’une de cinq enfants, dans une famille où son père enseigne et sa mère exerce comme infirmière. Le quartier est noir, pauvre, sous régime d’apartheid.
Les occasions de briller n’y sont pas distribuées équitablement. Elle se souvient des dimanches et des mariages comme des seuls moments où l’on pouvait « porter ses plus beaux habits et se sentir quelqu’un ». Ce détail d’enfance sur les vêtements, elle le portera bien au-delà de Soweto.
En 1993, Precious Moloi-Motsepe ouvre l’une des premières cliniques privées dédiées à la santé des femmes à Rivonia, Johannesburg. Avec cette clinique, choisit un créneau sous-servi, dans un pays où la santé reproductive des femmes noires était structurellement ignorée.
Elle entre à l’Université de Witwatersrand, l’une des rares institutions sud-africaines à avoir accepté des étudiants noirs sous l’apartheid. Elle en sort en 1987 avec un MBChB, diplôme de médecine générale. De 1991 à 1992, elle travaille aux États-Unis au Medical College of Virginia à Richmond. À son retour en Afrique du Sud, elle s’offre un diplôme en santé de l’enfant à Wits, puis un diplôme en santé des femmes à l’Université de Stellenbosch.

De 2002 à 2007, elle préside la Cancer Association of South Africa (CANSA). En 2012, l’association lui remet l’Elizabeth Tshabalala Award pour ses efforts de sensibilisation au cancer.
Precious Moloi-Motsepe, la Fondation Motsepe, un projet de vie
En 1999, avec son mari Patrice Motsepe, elle cofonde la Fondation Motsepe. Elle en prend la direction exécutive en 2002. La fondation finance l’éducation, la santé, le développement communautaire, l’égalité de genre, les arts et la cohésion sociale.
En 2012, elle pilote l’initiative de Budgétisation Sensible au Genre, aujourd’hui adoptée par le Parlement sud-africain. En 2013, Precious et Patrice Motsepe deviennent le premier couple africain à signer le Giving Pledge, l’engagement public de consacrer la majorité de sa fortune à des causes philanthropiques. Une première sur le continent.
En 2007, Precious Moloi-Motsepe fonde African Fashion International (AFI). La mission est de créer une plateforme où les meilleurs designers africains, les plus pertinents à l’échelle mondiale, seront découverts. AFI organise deux Fashion Weeks panafricaines, à Cape Town et Johannesburg, et abrite plus de 100 designers africains et de la diaspora.

Elle est la première fashion week africaine à obtenir le parrainage de Mercedes-Benz. Des personnalités comme Suzy Menkes, ancienne éditrice de Vogue International, et Edward Enninful, rédacteur en chef du British Vogue, ont assisté aux défilés AFI.
En 2017, Precious Moloi-Motsepe reçoit l’inaugural Fashion 4 Development Franca Sozzani Award aux Nations Unies à New York pour ses efforts en faveur des designers africains et de l’autonomisation des femmes défavorisées. En 2021, elle ouvre House of Nala, boutique de luxe panafricaine à Sandton, Johannesburg.
En 2022, AFI étend sa présence jusqu’à Abu Dhabi. La même année, elle est honorée comme Woman of Impact par Credit Suisse au Forum Économique Mondial de Davos. En 2025, elle noue un partenariat avec le Met Gala en collaborant avec Vogue et l’Anna Wintour Costume Center sur une exposition autour du dandysme noir africain, une première africaine sur cette scène mondiale.
En septembre 2019, elle est élue Chancelière de l’Université du Cap (UCT) et succède à Graça Machel. Son mandat de dix ans débute le 1er janvier 2020 et est officialisé lors d’une cérémonie d’installation le 13 décembre 2021. Elle est la sixième chancelière de l’institution et la deuxième femme noire à occuper ce poste depuis que l’UCT a accédé au rang d’université en 1918.
