La fortune de Patrice Motsepe a fondu de 700 millions de dollars entre mars et juin 2026. Le milliardaire sud-africain, premier Africain noir à atteindre ce statut en 2008, paie le prix d’une correction brutale du cours de l’or. Forbes évalue désormais son patrimoine à 3,6 milliards de dollars.
Le 28 janvier 2026, l’or atteignait 5 589 dollars l’once, un record historique. La fortune de Motsepe culminait à 4,3 milliards de dollars, portée par des hausses spectaculaires de ses deux principales participations minières : African Rainbow Minerals (ARM) et Harmony Gold. Huit semaines de gains effacés en trois mois.
La correction a commencé en mars. Goldman Sachs avait pourtant maintenu son objectif de cours de l’or à 5 400 dollars l’once en fin d’année. Mais les marchés n’ont pas attendu. Le déclencheur est venu d’un paradoxe géopolitique : l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran a fait monter le pétrole, alimenté les anticipations d’inflation, renforcé le dollar, et pesé sur l’or. Le métal a perdu plus de 10 % en mars, sa chute mensuelle la plus sévère depuis juin 2013.
Motsepe détient 45,9 % d’African Rainbow Minerals, pilier de sa fortune, ainsi qu’une participation indirecte de 11,8 % dans Harmony Gold via ARM, une position maintenue depuis la fusion entre Harmony et Avmin en 2003. Deux paris durables, devenus deux points de vulnérabilité lors de la correction.
La fortune de Patrice Motsepe ébranlée par la chute d’Harmony Gold
Le choc le plus violent est venu d’Harmony Gold. L’action avait atteint 42 888 cents sud-africains en janvier. Le 13 mars, elle a perdu 34 % en une seule séance. Les raisons se sont cumulées : coûts de production en hausse, pénurie de cyanure ayant perturbé les opérations, et prévisions décevantes sur le cuivre pour le projet Eva.
Des résultats semestriels techniquement bons, avec une hausse de 20 % du chiffre d’affaires et de 61 % du résultat d’exploitation, ont néanmoins déçu des analystes qui anticipaient davantage. L’action se négocie aujourd’hui autour de 26 300 cents à la Bourse de Johannesburg, soit un repli de 38 % par rapport à son sommet. Cette seule position explique entre 250 et 300 millions de dollars de pertes sur les 700 millions subis.
ARM a suivi la même tendance, sans effondrement aussi brutal. La capitalisation boursière d’ARM avait dépassé 53,57 milliards de rands en mars, valorisant la participation de Motsepe à environ 1,53 milliard de dollars. Depuis, les prix du minerai de fer restent faibles sous l’effet d’une demande chinoise atone, le manganèse recule, et le panier de platinoïdes n’a pas retrouvé ses niveaux de pic. L’érosion de valeur sur ARM représente entre 200 et 300 millions de dollars supplémentaires. Le rand volatil en 2026 a amplifié ces pertes, en dégradant la conversion en dollars de ces actifs cotés à Johannesburg.
Ce que la diversification a sauvé
Tous les actifs de Motsepe ne suivent pas le cours de l’or. Via African Rainbow Capital (ARC), il détient une participation indirecte de 40 % dans Tyme Group, la plateforme bancaire numérique basée à Singapour, valorisée à 1,5 milliard de dollars après une levée de fonds de 250 millions de dollars en décembre 2024. Cette position, non cotée en bourse, n’a pas subi la correction des marchés miniers.
ARC détient également 90 % de Rain, le réseau mobile sud-africain dédié aux données, valorisé à plus d’un milliard de dollars, ainsi que des participations dans Sanlam et diverses entreprises de services financiers et technologiques. Sans ces actifs, la chute de fortune aurait été plus sévère.
Ce que révèle l’épisode est simple : une fortune construite sur des matières premières reste soumise à des forces extérieures à tout contrôle. Le même levier opérationnel qui avait ajouté 600 millions de dollars en huit semaines en a retiré 700 en douze.
La structure du patrimoine n’a pas changé. Seul le cycle a évolué, et Goldman Sachs table toujours sur un retour de l’or à 5 400 dollars l’once d’ici fin 2026. Si ce scénario se réalise, la fortune de Motsepe devrait suivre.