L’expansion régionale du groupe camerounais Afriland First Bank passe une nouvelle étape en zone CEMAC. La banque de l’homme d’affaires Paul Fokam Kammogne entre officiellement sur le marché bancaire centrafricain, un territoire resté longtemps hors d’atteinte pour des raisons purement réglementaires.
Afriland First Bank a annoncé, dans un communiqué publié le 15 juillet 2026 à Yaoundé, l’entrée en activité de sa succursale en République centrafricaine, opérationnelle depuis juin 2026. Dotée d’un capital de 2,15 milliards FCFA, soit environ 3,7 millions de dollars, la structure est dirigée par Zavier Ngueutheu, jusqu’alors directeur de l’agence camerounaise de Bertoua.
Cette implantation n’est pas un coup d’accélérateur improvisé. Elle s’appuie sur l’autorisation accordée par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) en décembre 2025, dans le cadre du régime d’agrément unique de la CEMAC adopté fin 2024.
Ce dispositif permet à une banque agréée dans un État membre d’ouvrir une succursale dans un autre pays de la zone sans solliciter un nouvel agrément bancaire complet.
Pour Afriland, ce cadre change la donne : un projet d’implantation en Centrafrique envisagé depuis près de vingt ans, mais bloqué jusqu’ici par la lourdeur du cadre réglementaire, devient enfin réalisable.
Le secteur bancaire centrafricain affichait 519,6 milliards FCFA d’actifs à fin 2025, pour une population d’environ six millions d’habitants et un taux de bancarisation estimé à seulement 7 %. Avant l’arrivée d’Afriland Centrafrique, quatre établissements se partageaient ce marché : Ecobank Centrafrique, BGFIBank Centrafrique, la Banque populaire maroco-centrafricaine et la Banque sahélo-saharienne.
Selon les projections transmises au régulateur, Afriland Centrafrique vise une collecte initiale modeste d’environ 1,93 milliard FCFA de ressources, sur un marché total estimé à 385,5 milliards FCFA en 2026. L’ambition affichée est plus large à moyen terme, atteindre 10 % des dépôts du marché d’ici 2030.
Afriland Centrafrique, une stratégie centrée sur la diaspora camerounaise
Plutôt que de viser d’emblée une clientèle de masse, Afriland Centrafrique cible en priorité la communauté camerounaise active en Centrafrique et les opérateurs économiques camerounais déjà implantés localement.
Cette approche traduit une logique de marché d’entrée prudente, s’appuyer sur un réseau économique déjà familier de la marque avant d’élargir vers la banque de détail, la banque d’entreprise et les services numériques auprès d’une clientèle centrafricaine plus large.
La Centrafrique constitue la troisième étape d’un plan d’expansion CEMAC engagé par Afriland, après les autorisations obtenues pour le Tchad et le Congo dans le cadre du même régime d’agrément unique.
Cette progression régionale s’ajoute à l’ancrage du groupe en Afrique de l’Ouest, où sa holding basée à Lomé a récemment lancé une société de gestion de titres. Au 31 décembre 2025, Afriland affichait un bilan consolidé de 2 550 milliards FCFA, pour 1 950 milliards de dépôts et 1 667 milliards d’encours de crédits, des chiffres qui mettent en lumière la capacité du groupe à financer simultanément plusieurs implantations.
L’entrée en Centrafrique confirme la stratégie de Paul Fokam Kammogne qui est de construire une banque panafricaine à partir de marchés que les grands groupes internationaux jugent souvent trop étroits ou trop risqués.