En RDC, des cargaisons entrent et sortent chaque jour sans que l’État parvienne toujours à en garder la trace, ni à en percevoir toutes les recettes. Kinshasa a lancé la plateforme SYGREM, un nouvel outil numérique censé changer la donne, non sans susciter des tensions en coulisses.
Le gouvernement congolais a procédé, le mardi 1er septembre 2026 à Kinshasa, au lancement officiel de la plateforme SYGREM, le Système de gestion des redevances multimodales. La cérémonie a été présidée par le vice-Premier ministre chargé des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba Gombo, en présence du Directeur général de l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM), Olivier Tshibola Mukuma, et du directeur général de PADS Corporation, Yannick Olelo.
Développée par cette société privée dans le cadre d’un partenariat public-privé, la plateforme centralise la souscription de trois documents obligatoires du commerce extérieur congolais, la Fiche de renseignements à l’importation (FERI), l’Attestation de destination (AD) et la Fiche de renseignements à l’exportation (FERE).
Le dispositif repose sur la centralisation numérique des documents obligatoires, le paiement en ligne et le suivi en temps réel des marchandises par géolocalisation, du point de chargement à l’étranger jusqu’à la destination finale au Congo. Les recettes perçues sont reversées sur des comptes bancaires dédiés, avant transfert vers les caisses publiques.
« Notre ambition est claire, savoir ce qui entre, savoir ce qui sort », a résumé Jean-Pierre Bemba lors du lancement. Le Directeur général de l’OGEFREM, Olivier Tshibola Mukuma, a de son côté salué un outil aux « atouts majeurs pour l’intérêt de la République ».
Le projet prévoit aussi la construction de parcs de stationnement et de plateformes de stockage, ainsi qu’un data center national destiné à héberger les données du secteur.
Les enjeux et les tensions autour de la plateforme SYGREM
Le déploiement de la plateforme SYGREM ne s’est pas fait sans remous internes. L’usage exclusif de cet outil pour la souscription des documents FERI, AD et FERE a été rendu obligatoire par un arrêté interministériel signé en décembre 2025, mais porté à la connaissance du personnel de l’OGEFREM seulement en février 2026.
L’intersyndicale de l’office avait alors dénoncé un manque de transparence et un risque de fragilisation de l’établissement public au profit d’un prestataire privé désigné par contrat de partenariat. Certaines dispositions de cet arrêté restent contestées en interne, alors même que la plateforme est aujourd’hui présentée comme un outil de souveraineté et de lutte contre la fraude documentaire.
Pour l’État congolais, l’enjeu financier reste le principal argument avancé, sécuriser des recettes jusqu’ici exposées aux cargaisons non déclarées et aux circuits de paiement informels. Pour les importateurs et exportateurs, la promesse porte sur des délais réduits et une procédure entièrement dématérialisée, du chargement à l’étranger jusqu’aux corridors routiers congolais.
Le vrai test de la plateforme SYGREM ne se jouera pas dans les discours de lancement, mais dans sa capacité à apaiser les tensions nées de sa mise en place, tout en tenant ses promesses de traçabilité et de recettes pour l’État.