Né à Paris de parents sénégalais et guinéens, Daouda Fall fonde Brahms Group en 2009 sur une certitude à contre-courant des exigences d’immédiateté des places financières africaines. Pour lui, la richesse du continent dort dans l’absence d’acteurs engagés à industrialiser les matières premières localement. Portrait.
Formé entre Montréal et l’Université de Sussex, passé par JP Morgan et Citigroup dans la banque privée suisse, Daouda Fall a fondé Brahms Group en 2009 pour développer des projets industriels en Afrique de l’Ouest. Depuis, il porte deux chantiers que peu d’acteurs privés africains osent assumer seuls.
En juin 2015, à Conakry, Daouda Fall signait avec l’État guinéen un accord pour construire la première raffinerie de pétrole de la République de Guinée. Il avait 35 ans. Le projet était colossal, le contexte incertain, le financement à structurer de zéro.
La signature de Conakry révèle sa véritable signature d’entrepreneur. Loin des gestionnaires de portefeuilles traditionnels, l’homme s’épanouit dans le risque de la création pure. Il déploie son savoir-faire dans ces zones complexes que la finance mondiale observe de loin, sans jamais oser s’y aventurer.
Montréal, Sussex et la banque privée suisse
Daouda Fall a suivi une licence en économie politique à l’Université de Montréal entre 1999 et 2003, avant d’obtenir un master en économie politique mondiale à l’Université de Sussex, avec une spécialisation en finance globale et économie du développement.
Il a obtenu son diplôme parmi les meilleurs de sa promotion. Deux universités, deux pays, deux disciplines complémentaires. La formation dessine déjà la posture d’un homme qui veut comprendre à la fois les mécanismes du capital et les logiques du développement économique. Pas l’un sans l’autre.
Avant de lancer ses activités entrepreneuriales, Daouda Fall a travaillé chez Citigroup, où il gérait des clients à très haute valeur nette et a construit un réseau solide au Moyen-Orient et en Afrique. Avant Citi, il était spécialiste des hedge funds à JP Morgan Chase Bank, division banque privée.
À la Citi Private Bank, il occupait un poste de banquier offshore senior, responsable du développement de nouvelles relations commerciales, de l’analyse de portefeuilles et des marchés, et de l’identification d’opportunités d’investissement pour des clients institutionnels et privés au Moyen-Orient.
Ces années dans la finance de haut vol ne sont pas un détour dans son histoire. Elles sont la raison pour laquelle, quand il se présente devant des investisseurs institutionnels pour structurer des centaines de millions de dollars, il parle leur langue.
Un groupe, deux paris industriels

En 2009, Daouda Fall fonde Brahms Group SA, une société axée sur le développement d’activités en Afrique. La structure débute comme cabinet de conseil avant de se recentrer sur le développement de projets à fort impact dans l’énergie et l’agro-industrie. Brahms Group mène l’identification et le développement de projets en Afrique de l’Ouest. Son intérêt pour l’énergie, l’agriculture et la finance repose sur la lecture que Fall fait du lien entre ces secteurs et le développement économique réel.
En Guinée, il pilote à partir de juin 2015 la construction de la première raffinerie de pétrole du pays, dans la sous-préfecture de Kamsar, à environ 300 kilomètres de Conakry. L’usine, prévue sur 100 hectares à proximité du port de Kamsar, est conçue pour produire du diesel, de l’essence et du carburant d’aviation Jet-A destinés au marché guinéen. La capacité prévue est de 12 000 barils par jour.
En 2019, l’Africa Finance Corporation a signé un accord avec Brahms Oil Refineries pour agir comme co-promoteur dans le développement et le financement du projet. Un accord qui inclut des installations de stockage de brut de 76 000 m³, de produits dérivés de 114 200 m³, et une infrastructure de transport.
Le projet a ensuite rencontré des obstacles réels. La pandémie de Covid-19 a fait exploser les coûts de construction en 2020. Les transitions politiques successives en Guinée ont ralenti les validations institutionnelles. Daouda Fall l’a dit lui-même à Choiseul Africa, sans détour, ce type de projet en Afrique exige autant de patience politique que de maîtrise technique.
Au Sénégal, Brahms Group développe un projet agricole de 12 000 hectares, en partenariat avec le Fonds Souverain sénégalais. Le gouvernement sénégalais finance une route pour connecter la ferme aux principaux centres urbains, ce qui montre le niveau d’engagement institutionnel autour du projet.
Daouda Fall, un profil reconnu, des chantiers qui durent
Daouda Fall a figuré dans le classement Choiseul des 100 jeunes leaders économiques africains à deux reprises, en 2017 et 2018. Il s’est distingué parmi le top 20. Il est l’un des deux seuls Guinéens à avoir figuré dans ce classement.
Il est par ailleurs administrateur et managing partner d’Ascon Group, société internationale de trading active depuis 1984, où il supervise le développement stratégique des activités en Afrique subsaharienne. Il a été consultant pour le China Mining United Fund en 2010 et membre du conseil d’administration de Mesa Group, société minière et logistique.
Ce qui singularise Daouda Fall dans le paysage des entrepreneurs africains de la diaspora, c’est l’échelle des projets qu’il choisit et le temps qu’il accepte d’y consacrer. Une raffinerie ne se construit pas en deux ans. Un partenariat agricole avec un fonds souverain ne se boucle pas en quelques mois. Ces projets demandent des années de négociations, de structuration financière et de résistance aux aléas politiques.
Depuis Genève, Daouda Fall dirige un groupe dont l’ambition déclarée est de devenir un acteur central dans le traitement des ressources africaines sur le continent lui-même, pour que la valeur ajoutée reste là où la matière première est extraite.
C’est précisément ce que le continent attend depuis des décennies. La question est de savoir combien d’entrepreneurs sont prêts à y passer dix ans.
