Leïla Richard Touma sait où se cache la matière grise africaine. Sciences politiques, guerre économique, Disneyland Paris, Adecco à Singapour, puis Abidjan. Son parcours ne ressemble à aucune carte de visite standard. En 2018, elle fonde Grey Search Africa, un cabinet de chasse de têtes basé en Côte d’Ivoire, et en fait l’un des rares acteurs du recrutement panafricain à opérer avec la rigueur d’un cabinet international. Portrait.
Avant les bases de données de candidats et les comités de sélection, Leïla Richard Touma choisit un chemin inattendu pour entrer dans le monde du travail. Elle suit des études en sciences politiques, puis se spécialise en guerre économique, cette discipline qui croise le renseignement stratégique, l’analyse concurrentielle et la géopolitique des marchés. Ce n’est pas la voie habituelle vers les ressources humaines, et c’est précisément ce qui va faire sa différence.
Ses premières armes professionnelles, Leïla Richard Touma les forge dans deux univers radicalement opposés. Elle débute à Disneyland Paris, une organisation qui gère des milliers d’employés de dizaines de nationalités. Dans cet environnement où l’expérience humaine est le produit central, elle découvre que la gestion des hommes est un art de la nuance bien avant d’être une simple application de processus.
Elle rejoint ensuite The Adecco Group, premier groupe mondial de solutions RH, présent dans plus de 60 pays. Elle y exerce comme analyste. Ce poste la mène jusqu’à Singapour, carrefour économique de l’Asie du Sud-Est, où les flux de capitaux, de talents et d’entreprises multinationales se croisent à une vitesse qui n’existe nulle part ailleurs.
À Singapour, Leïla Richard Touma n’est plus dans le modèle européen du recrutement. Elle observe comment des marchés du travail complexes, multiculturels, sous pression constante de la compétition internationale, organisent leurs ressources humaines.
Elle développe une capacité d’analyse des dynamiques de marché que peu de recruteurs africains possèdent. Elle apprend à comprendre non seulement qui cherche quoi, mais aussi pourquoi un talent choisit une entreprise plutôt qu’une autre et comment un environnement économique influence les attentes des candidats.
Ce passage entre la France et Singapour lui donne un regard que ni Abidjan ni Paris seuls n’auraient pu forger. Elle revient en Côte d’Ivoire avec la certitude que l’Afrique de l’Ouest dispose d’une matière grise considérable, sous-détectée, sous-valorisée et mal connectée aux organisations qui en ont besoin.
Abidjan, 2018, Grey Search Africa et le début de grandeur pour Leïla Richard Touma

En 2018, Leïla Richard Touma fonde Grey Search Africa à Abidjan. Le nom en fixe la ligne, celle de la matière grise que l’on traque, que l’on identifie et que l’on met en lumière. Le cabinet ne s’intéresse pas aux profils immédiatement visibles mais à des talents plus discrets, des cadres confirmés et des profils middle et top management que les entreprises peinent à repérer dans un environnement où les données RH restent éclatées et où les circuits de recrutement formels demeurent limités.
Le cabinet opère en chasseur de têtes avec une approche directe, de l’identification à l’évaluation. Il accompagne des entreprises dans toute l’Afrique subsaharienne et jusqu’au Maghreb. La promesse se tient en une phrase : « ne pas se contenter de remplir un poste vacant, mais créer une alliance stratégique entre un talent et une organisation ».
En 2021, Grey Search Africa publie la première édition du Guide des Salaires en Côte d’Ivoire. Ce document, construit sur un an d’enquête, couvre l’évolution de plus de 400 métiers et est le premier du genre sur le marché ivoirien. Il sera suivi d’une édition pour le Sénégal, et une édition pour le Bénin est annoncée.
Dans un environnement où les données salariales sont quasi inexistantes dans le domaine public, ce guide représente une rupture. Les entreprises naviguent souvent à vue pour calibrer leurs offres salariales. Les candidats négocient sans référence. Le déséquilibre d’information favorise systématiquement les grands groupes au détriment des PME locales et des professionnels eux-mêmes.
Dans le même temps, Leïla Richard Touma lance Matière Grise, une série d’interviews de talents africains. L’idée est de rendre visible ce que les médias économiques traditionnels ignorent souvent : les professionnels compétents qui construisent, dirigent, innovent sur le continent, sans nécessairement bénéficier d’une tribune internationale.
C’est une extension logique du travail de Grey Search Africa. Si le cabinet détecte les talents pour les entreprises, Matière Grise les rend visibles pour le grand public. Les deux faces d’un même pari qui repose sur la réalité que l’Afrique de l’Ouest ne manque pas de compétences mais de systèmes pour les repérer, les valoriser et les connecter.
Speaker TEDx, Leïla Richard Touma porte ce message au-delà de son cabinet. Lors de la pandémie de Covid-19, elle a aidé des entreprises à traverser leurs défis RH dans un monde du travail en pleine transformation.
