Spécialisé en sécurité et sûreté dans un environnement structuré, Clotchor Secongo avait toutes les cartes en main pour réussir à l’international. Il fait le choix du retour. Depuis, il a mis en place TrésorPay, la première monnaie électronique émise par un État dans l’espace UEMOA. En février 2024, il obtient la certification PCI-DSS. En mars 2026, il signe avec le Ministère des Eaux et Forêts pour digitaliser le recouvrement des recettes forestières. Portrait.
« Très jeune, je me suis intéressé à l’entrepreneuriat », confie Clotchor Secongo. Une justification en apparence classique, qui masque une décision plus profonde de participer activement à la transformation de son pays, plutôt que de construire son confort ailleurs. Formé au Canada en sécurité et sûreté, il aurait pu y rester. Les diplômes étrangers y sont reconnus, les trajectoires professionnelles bien balisées. Mais il choisit le retour. Et ce retour n’a rien eu d’évident.
À son arrivée en Côte d’Ivoire, le secteur de la sécurité est encore peu structuré. Les institutions publiques ne disposent pas de mécanismes adaptés pour intégrer ce type d’expertise. Manque de financements, absence de reconnaissance, insuffisance des infrastructures. Lui y voit un terrain d’opportunités. « Nous avons été parmi les premiers à investir le secteur privé de la sécurité », a-t-il confié à un média local. Là où l’absence de cadre formel constitue une contrainte, il entrevoit la possibilité de bâtir.
TrésorPay : la première monnaie électronique d’État dans l’UEMOA
Cette logique d’innovation se prolonge dans le domaine financier. Profitant du flou réglementaire autour de la monnaie électronique, Clotchor Secongo participe à la conception de TrésorPay. Une plateforme qui permet à l’État ivoirien, via le Trésor Public, d’émettre sa propre monnaie électronique. Une première dans l’espace UEMOA.

Président Directeur Général de BMI-WFS (Business Management Invest-World Financial Services), il conçoit et gère les plateformes TrésorMoney et TrésorPay. Un dispositif sécurisé pour le recouvrement des recettes et le paiement des services publics, tout en garantissant la traçabilité des opérations. Solution mise en place en décembre 2020. L’objectif est d’accroître la mobilisation des ressources publiques, offrir des mécanismes plus rapides et transparents, réduire l’utilisation des espèces.
Le 21 février 2024, le Comité de Direction du Trésor Public reçoit une nouvelle qui marque l’histoire. Clotchor Secongo présente officiellement le certificat PCI-DSS (Payment Card Industry Data Security Standard). La plus haute norme de sécurité internationale des moyens de paiement. Une certification qui couvre les systèmes Visa, Mastercard, American Express, Union Pay, JCB. L’obtention de PCI-DSS permet l’émission des cartes TrésorMoney VISA. TrésorMoney devient une monnaie qui circule non seulement en Côte d’Ivoire, mais dans le monde entier. BMI-WFS devient un acteur de renommée internationale dans la transformation digitale.
Le 13 mars 2026, le ministre des Eaux et Forêts, Assahoré Konan Jacques, signe une convention-cadre de partenariat stratégique avec Clotchor Secongo pour le recouvrement électronique des recettes et le renforcement des projets de digitalisation du ministère. La gestion des ressources forestières et fauniques doit s’appuyer sur des mécanismes de perception, de traçabilité et de gestion modernes, fiables et transparents.
Clotchor Secongo : la consécration à Kigali
À Kigali, Clotchor Secongo reçoit en octobre 2024 le Prix Africain de la Transformation Digitale et Numérique. Plus de 500 nominés provenant de 22 pays, 80 lauréats récompensés. L’entrepreneur ivoirien se distingue par ses initiatives innovantes dans le domaine de la transformation monétique. Certifié CNPP it-Cert et juriste diplômé en droit public, il est reconnu comme un expert en ingénierie sécuritaire, notamment dans le management des systèmes monétiques.
Son parcours repose sur la transformation des contraintes locales en leviers de création. « Chaque difficulté était une occasion de construire un pont vers notre vision », résume-t-il. Ni complexé par les modèles occidentaux, ni enfermé dans une posture de rejet, il revendique une position d’équilibre : tirer parti de l’expérience internationale sans chercher à la reproduire mécaniquement. « Le modèle européen est essoufflé », affirme-t-il. Une analyse nourrie par l’observation des inégalités et des dérives d’un certain capitalisme.
Dans la culture sénoufo du nord de la Côte d’Ivoire, l’artisan n’est pas un simple producteur. Il est un médiateur entre le visible et l’invisible. Clotchor Secongo se définit comme tel. « J’aime sculpter des idées, bâtir des projets pour apporter ma contribution à l’édification d’un monde favorable à l’expression de notre humanité », explique-t-il.
