Il a grandi à Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, et dirige aujourd’hui une alliance qui réunit 42 États africains. Lacina Koné, CEO de Smart Africa, trace depuis 2019 la feuille de route numérique du continent – de l’identité digitale à l’intelligence artificielle. Portrait.
À 15 ans, Lacina Koné quitte Korhogo avec une bourse en poche et une destination peu ordinaire pour un enfant du nord ivoirien : le Qatar. Ce départ précoce dessine un cheminement qui le mènera des Émirats arabes unis à Londres. Puis, à Washington, et finalement à la tête de Smart Africa, l’alliance panafricaine qui pilote la transformation numérique de 42 pays représentant plus de 1,2 milliard de personnes.
C’est aux Émirats arabes unis que Lacina Koné entame ses études supérieures, avant de poursuivre à Londres puis à Washington, où il décroche un bachelor en génie électronique, un master en data communication et un MBA. Trilingue français-anglais-arabe, il construit pendant plus de quinze ans une carrière solide aux États-Unis.
Il passe par Intelsat, fournisseur de télécommunications par satellite, et par le cabinet de conseil stratégique Booz Allen Hamilton, où il occupe des postes techniques et managériaux de grande envergure. Ce sont deux institutions qui forgent chez lui une lecture globale des systèmes d’information et une méthode.
Lacina Koné : du Palais présidentiel à Kigali

Le retour en Afrique s’opère par la grande porte. De 2011 à 2017, Lacina Koné conseille le président Alassane Ouattara sur les questions de technologies de l’information et de la communication, avant d’exercer la même fonction auprès du Premier ministre ivoirien en 2017 et 2018, cette fois sur la transformation numérique et les réformes de l’État.
Il dirige également Qualicom, une entreprise spécialisée dans l’intégration de solutions informatiques, présente au Mali et en Côte d’Ivoire. Ce passage dans le secteur privé local affine sa connaissance des réalités africaines, loin des sièges américains.
En février 2019, sur les marges de la 32ᵉ session ordinaire de l’Union africaine à Addis-Abeba, le conseil d’administration de Smart Africa le nomme Directeur Général. Il prend ses fonctions le 1ᵉʳ mars 2019, à Kigali, et succède au Malien Hamadoun Touré.
En prenant les rênes, il change le cap de l’institution. Avant son arrivée, Smart Africa ne travaillait qu’avec les opérateurs. Lacina Koné choisit d’associer aussi les régulateurs, ainsi que les fournisseurs de services africains et internationaux.
Cette approche élargie porte ses fruits. Sous sa direction, Smart Africa passe d’une plateforme de consultation à une institution opérationnelle, avec des projets concrets – One Africa Network pour supprimer le roaming, Smart Broadband 2025, et la Smart Africa Digital Academy pour la formation des compétences numériques.
En 2021, Lacina Koné figure à la 12e place du classement des 50 personnalités africaines faisant avancer la transformation numérique du continent. L’année suivante, Jeune Afrique le classe 3e parmi les dix acteurs africains du numérique à suivre.
L’IA comme égaliseur de développement

Novembre 2025. Lacina Koné ouvre la 7e édition du Transform Africa Summit à Conakry, une première pour l’Afrique de l’Ouest francophone, devant les présidents Paul Kagame et Mamadi Doumbouya. Le thème retenu dit tout de l’ambition du moment : “IA pour l’Afrique — Innover localement, impacter globalement.”
Sa vision sur l’intelligence artificielle est précise. Pour lui, la technologie doit répondre aux réalités du continent, pas les contourner. Seulement 43 % des 1,4 milliard d’Africains sont connectés à Internet, avec 30 % vivant dans des zones couvertes mais où l’accès reste inaccessible financièrement.
C’est précisément ce fossé que Lacina Koné entend combler, avec comme horizon un marché unique numérique africain d’ici 2030. De Korhogo à Conakry, en passant par Washington et Kigali, l’Ivoirien discret et méthodique aura construit quelque chose de rare, une vision continentale traduite en actes.
