Bloqué à son arrivée en France par l’absence de compte bancaire, Roger Nengwe Ntafam a transformé une friction personnelle en solution continentale. Le cofondateur de PaySika figure dans le Top 30 Under 30 de Forbes Afrique 2026.
À son arrivée en France pour s’inscrire à l’université, Roger Nengwe Ntafam ne parvient pas à régler ses frais de scolarité. Faute de compte bancaire, il ne peut payer ni par carte ni par chèque. Cette difficulté va orienter toute la suite de son parcours.
Il a grandi au Cameroun, où son père tenait une boutique. Dans un entretien, il que les difficultés de ce commerçant pour gérer stocks, comptabilité et petite caisse ont aussi nourri son idée. Il se forme ensuite à la robotique et à l’intelligence artificielle à l’UPSSITECH, l’école d’ingénieurs de l’Université Toulouse III, puis passe par l’Université technique tchèque de Prague pour étudier l’apprentissage automatique et la vision par ordinateur.
Avant d’entreprendre, il travaille trois mois chez ExxonMobil en 2016, comme assistant-opérateur affecté à l’inspection d’une plateforme pétrolière. Il collabore ensuite avec des centres de recherche, dont un laboratoire toulousain et le centre d’intelligence artificielle de Prague.
Le pari de PaySika
En 2019, Roger Nengwe Ntafam cofonde MyMoney, un chatbot de gestion des finances personnelles. La start-up n’aboutit pas, mais ce premier essai apporte les leçons qui préparent PaySika.
En février 2020, il s’associe à Stezen Bisselou-Nzengue pour lancer cette néobanque tournée vers l’Afrique francophone, où les fondateurs estiment que 80 % de la population n’a pas accès aux banques. Les clients alimentent leur compte par Mobile Money et gèrent leur argent depuis une application, mais aussi depuis WhatsApp, Messenger et Telegram.
PaySika propose une carte Visa virtuelle gratuite pour payer en ligne. La société n’est pas la banque émettrice. Les cartes sont délivrées par Ecobank Cameroun, sous licence Visa.
Dans les colonnes de Forbes Afrique, Roger Nengwe Ntafam raconte qu’une course de taxi à Douala, en 2021, lui fait mesurer le poids du cash. Il paie avec un billet de 1 000 francs CFA une course à 650, et le chauffeur n’a pas la monnaie.
Roger Nengwe Ntafam et la validation des réseaux de paiement
L’argent arrive en octobre 2021. PaySika lève 300 000 euros auprès de business angels français, britanniques et nigérians, dont deux figures de la French Tech, Benjamin Chemla et Damien Guermonprez, qui rejoignent son comité stratégique, selon FrenchWeb.
L’entreprise revendique alors 20 000 préinscriptions au Cameroun et au Gabon. Ce chiffre mesure l’intérêt avant lancement, pas le nombre d’utilisateurs actifs. Selon la même source, 90 % des préinscrits ont entre 18 et 35 ans, et le lancement officiel est prévu au premier trimestre 2022, d’abord au Cameroun et au Gabon, puis au Bénin.
En mars 2022, Roger Nengwe Ntafam rejoint aussi le programme Entrepreneur in Residence du Founder Institute. Les réseaux de paiement ouvrent ensuite des portes. Visa accueille PaySika dans son programme Fintech Fast Track en 2023.
La fintech atteint en 2024 la finale du Challenge Fintech Ecobank, parmi douze entreprises. Le 7 mars 2025, à Douala,Visa la désigne meilleure startup fintech lors de son premier Client Summit pour la zone CEMAC.
Le jeune homme qui ne pouvait pas régler ses frais d’inscription par carte propose aujourd’hui à d’autres une carte gratuite, rechargeable depuis un téléphone. Forbes Afrique en a fait « l’espoir » de sa rentrée, dans son numéro de septembre-octobre.