Accord MCC – Ce n’est pas le premier chèque américain. Et ce n’est pas non plus un accord ordinaire. En signant un deuxième Compact avec le MCC (Millennium Challenge Corporation), l’agence américaine d’aide au développement, la Côte d’Ivoire confirme son ambition de devenir la puissance électrique de référence en Afrique de l’Ouest. Derrière les 300 millions de dollars, c’est toute la stratégie énergétique d’un pays qui se révèle.
En marge des réunions de printemps du FMI (Fonds Monétaire International) et du Groupe de la Banque mondiale à Washington, le ministre ivoirien de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a signé le 22 avril 2026 un accord de mise en œuvre du programme du Millennium Challenge Corporation, doté de 300 millions de dollars, soit 167 milliards de FCFA.
L’accord MCC vise à renforcer le réseau électrique ivoirien, soutenir le marché régional de l’électricité et faire de la Côte d’Ivoire un hub énergétique en Afrique de l’Ouest. Ce n’est pas un premier compact. C’est le deuxième. Et cette continuité dit quelque chose d’essentiel sur la confiance que Washington place dans la trajectoire ivoirienne.
Le Millennium Challenge Corporation a profité de ce voyage à Abidjan pour célébrer deux étapes simultanément : la clôture réussie du premier Compact, consacré aux transports et au développement des compétences, et la signature du nouveau compact régional énergétique. Ce premier programme avait déjà démontré la capacité de la Côte d’Ivoire à absorber et exécuter des financements extérieurs complexes.
Le budget total de ce nouveau compact s’élève à 322,5 millions de dollars. Le Millennium Challenge Corporation apporte 300 millions, la Côte d’Ivoire elle-même contribue à hauteur d’au moins 22,5 millions de dollars. Cette contribution nationale n’est pas anodine. Elle signale l’appropriation du programme par l’État ivoirien, un critère que le MCC exige systématiquement avant de signer.
Accord MCC : ce que le compact finance concrètement
Le programme s’articule autour de trois axes. Le premier cible la modernisation du réseau électrique national. Le projet phare, dit Dorsale Est, permettra d’augmenter de près de 38 % la capacité de transmission à haute tension du pays.
Cette capacité passera de 2,5 à 3,5 gigawatts. Elle réduira les pertes techniques au sein du WAPP (West African Power Pool, le système d’interconnexion électrique d’Afrique de l’Ouest), et sécurisera jusqu’à 0,9 térawatt-heure d’exportations annuelles vers les pays voisins.
Le deuxième axe concerne l’accès à l’électricité pour les ménages encore non raccordés. Le compact vise notamment à connecter 1,8 million de foyers sans électricité. Un objectif ambitieux dans un pays où plus de 94 % des Ivoiriens ont déjà accès à l’électricité, contre 33 % en 2011.
Le troisième axe touche à la gouvernance du secteur. Il porte sur le renforcement des capacités institutionnelles, les cadres réglementaires, la transparence des coûts et l’amélioration de la gestion des services publics d’électricité. C’est souvent le volet le plus discret des programmes d’aide. C’est aussi souvent le plus décisif sur la durée.
Pour comprendre pourquoi cet accord est stratégique, il faut mesurer là où se situe la Côte d’Ivoire aujourd’hui dans le paysage électrique régional. En une décennie, le pays s’est imposé comme l’un des leaders régionaux en matière d’électricité. Sa capacité de production a doublé, passant de 1 391 MW à 3 000 MW. Entre 2011 et 2023, près de 1 700 milliards de FCFA ont été investis dans le secteur, dont 60 % par le secteur privé.
Le Burkina Faso importe chaque année entre 15 et 20 % de sa consommation électrique depuis la Côte d’Ivoire, et le Mali entre 8 et 12 %. La Côte d’Ivoire alimente également le Ghana, le Togo, le Bénin, le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée. Elle est déjà fournisseur net. Ce compact lui donne les moyens de l’être à plus grande échelle, avec une infrastructure plus fiable et moins de pertes en ligne.
Le gouvernement vise une montée en capacité à plus de 5 000 MW à l’horizon 2030, avec une part croissante d’énergies renouvelables dans le mix. L’accord MCC s’inscrit directement dans cette trajectoire.
Un signal géopolitique autant qu’économique
Ce compact intervient dans un contexte particulier. Les États-Unis, sous l’administration Trump, ont fortement réduit leur aide extérieure dans de nombreuses régions du monde. Que la Côte d’Ivoire ait obtenu ce financement malgré la politique de coupes budgétaires américaines n’est pas anodin. Cela montre le positionnement stratégique d’Abidjan dans l’agenda américain pour l’Afrique de l’Ouest.
En parallèle de l’accord MCC, la délégation ivoirienne a signé à Washington un mémorandum d’intentions avec ABD Group pour un montant initial d’au moins 500 millions d’euros, portant sur le financement et la réalisation de projets dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’hydraulique.
En deux jours de réunions américaines, la Côte d’Ivoire a mobilisé plus de 800 millions de dollars d’engagements. C’est le résultat d’une diplomatie économique construite sur des années de réformes et de résultats tangibles.
L’énergie est le socle invisible de toute économie. Une usine sans électricité fiable ne produit pas. Un hôpital sans courant ne soigne pas. Une école sans lumière n’instruit pas. Ce que la Côte d’Ivoire construit avec ce compact américain n’est pas seulement une infrastructure électrique.
C’est le fondement sur lequel reposera sa prochaine phase d’industrialisation. La question qui reste ouverte : les pays voisins, encore largement dépendants de l’électricité ivoirienne, parviendront-ils à investir à leur tour dans leur propre souveraineté énergétique ? Ou la dépendance va-t-elle s’approfondir à mesure qu’Abidjan consolide son avance ?
