Juriste camerounais entré à Afreximbank en 1996 comme simple officier légal, George Elombi en prend la présidence en octobre 2025. Trente ans pour apprendre une institution de l’intérieur, la structurer et finalement la diriger. Portrait d’un homme qui a patiemment construit le trône avant d’y siéger.
25 octobre 2025. Dans la nouvelle capitale administrative de l’Égypte, une cérémonie d’investiture réunit des chefs d’État et des gouverneurs de banques centrales. Le Dr George Elombi prête serment en tant que quatrième président d’Afreximbank et succède au Professeur Benedict Oramah qui dirigeait l’institution depuis 2015.
Pour la première fois depuis la création de la banque en 1993, c’est un Camerounais qui en prend les rênes. Et pour la première fois dans l’histoire de l’institution, c’est un homme venu de l’intérieur, quelqu’un qui a tout construit avant de tout diriger.
Né au Cameroun, George Elombi commence son parcours académique à l’Université de Yaoundé, où il obtient sa Maîtrise-en-Droit en 1989.Il n’en reste pas là. L’ambition intellectuelle le pousse vers Londres. À la London School of Economics, il décroche un Master of Laws (LL.M.) puis un doctorat en arbitrage commercial.
Ce double diplôme de la LSE n’est pas anodin. L’arbitrage commercial international est l’une des disciplines les plus exigeantes du droit des affaires. Elle s’applique précisément aux conflits entre États, institutions et entreprises dans le cadre du commerce transfrontalier. Pour un Africain qui ambitionne de peser sur l’architecture financière du continent, c’est le bon outil, au bon endroit.
Avant de rejoindre Afreximbank, il enseigne le droit à l’Université de Hull, au Royaume-Uni.Un passage dans l’enseignement qui révèle une personnalité moins pressée de briller que de comprendre — et de transmettre.
En 1996, George Elombi rejoint Afreximbank comme officier juridique. La banque a trois ans d’existence. Elle est encore fragile, encore en construction. Lui a trente ans environ, un doctorat de la LSE, et une conviction que le droit peut être un levier de développement économique, pas seulement un outil de contentieux.
Il gravit les échelons avec une régularité qui dit tout de sa méthode : officier juridique principal de 2001 à 2003, directeur juridique de 2003 à 2008, directeur adjoint des services juridiques et secrétaire exécutif de 2008 à 2010, puis directeur et secrétaire exécutif de 2010 à 2015. Chaque étape dure suffisamment longtemps pour laisser une empreinte. Aucune n’est sautée.
George Elombi : trente ans d’ascension, une institution transformée

En 2015, George Elombi est nommé vice-président exécutif en charge de la gouvernance, des affaires juridiques et des services corporatifs. C’est depuis ce poste qu’il accomplit ce qui définira véritablement son empreinte sur l’institution.
Il joue un rôle central dans la création des filiales du groupe Afreximbank, pour renforcer la capacité de la banque à délivrer son mandat sur tout le continent. Il est également le principal artisan du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) et du Fonds d’ajustement de la ZLECAf, deux instruments devenus centraux dans l’intégration économique africaine.
Puis vient la pandémie. Comme président du Comité de réponse d’urgence, il pilote la mobilisation de plus de 2 milliards de dollars pour l’acquisition et le déploiement de vaccins en Afrique et dans les Caraïbes. Une gestion de crise à la hauteur d’une banque qui prétend agir pour le continent entier.
Au moment de son investiture, Afreximbank affiche des actifs totaux et des garanties de 43,5 milliards de dollars, multipliés par huit en dix ans. Les revenus ont été multipliés par sept pour atteindre 3,2 milliards de dollars. Le résultat net a atteint 1 milliard de dollars fin 2024, soit une progression de 700 % en une décennie.
Lors de son discours d’investiture, George Elombi dit ce qu’il va faire, avec des exemples précis, des montants et des pays. Il annonce six priorités stratégiques pour les cinq à dix prochaines années : accélérer l’industrialisation, développer le commerce intra-africain, promouvoir la valeur ajoutée dans les minéraux stratégiques, financer les infrastructures pour faciliter le commerce, tirer parti de l’innovation numérique et mobiliser les capitaux africains à l’échelle mondiale.
L’ambition chiffrée est assumée. Il accepte la volonté des actionnaires de faire d’Afreximbank une institution de 250 milliards de dollars d’actifs en dix ans. Sa propre vision la porte même à 350 milliards.
Mettre fin à l’export de matières premières brutes

Le programme de George Elombi tient en une phrase qu’il répète : « Nous mettrons fin à l’export de matières premières brutes. Afreximbank créera un nouveau guichet de financement à fort impact, spécifiquement pour des projets qui transforment les minerais bruts en produits semi-finis ou finis. »
Il cite des exemples concrets. Des usines en République Démocratique du Congo pour la production de batteries lithium-ion. Du financement pour la transformation de la bauxite en Guinée, des industries minérales au Cameroun et en Afrique du Sud, des chaînes de valeur agricoles au Nigeria et au Gabon.
En février 2026, Afreximbank approuve un programme de financement de 8 milliards de dollars pour l’Afrique du Sud, qui priorise le traitement des minéraux, l’expansion de l’industrie automobile, le développement de parcs industriels et un fonds de transformation de 3 milliards de dollars pour les PME.
Trente ans après avoir rejoint une institution de trois ans d’âge, George Elombi n’est plus celui qui rédige les contrats. Il est celui qui décide où va l’argent du continent.
