Directeur des investissements chez LoftyInc Capital à Lagos, Alyune-Blondin Diop fait partie de cette nouvelle génération d’investisseurs africains formés en Europe, revenus sur le continent avec une conviction claire : le modèle de capital-risque importé ne fonctionne pas tel quel en Afrique. Il le dit, l’écrit, et travaille à le changer. Portrait.
Alyune-Blondin Diop a étudié à l’Université Paris-Panthéon-Assas, avant de rejoindre emlyon business school pour un Master en finance d’entreprise. Son passage en Europe ne se limite pas aux bancs d’école.
Il travaille successivement chez BNP Paribas, au sein de l’équipe de LBO France sur les petites et moyennes capitalisations à Paris, puis chez Tikehau Capital à Londres.
Deux univers de la finance privée européenne, deux angles différents sur la même question : comment évalue-t-on un actif, comment structure-t-on un fonds, comment génère-t-on des rendements dans des marchés différents ?
Avant de rejoindre LoftyInc Capital, Alyune-Blondin Diop travaille comme analyste investissement chez Joliba Capital, un fonds de private equity généraliste axé sur les PME d’Afrique de l’Ouest et centrale francophone. Ce poste est charnière. Il ancre Alyune-Blondin Diop dans les réalités du tissu entrepreneurial francophone, un marché historiquement sous-représenté dans l’écosystème venture africain, dominé par Lagos, Nairobi et Le Caire.
Alyune-Blondin Diop, LoftyInc Capital et l’Afrique francophone

LoftyInc Capital a été fondé il y a quinze ans comme incubateur à Lagos, avant de s’institutionnaliser en 2017 et d’ouvrir des bureaux à Nairobi et au Caire. Depuis, la société dirigée par Idris Bello a attiré quelque 260 business angels et réalisé au moins 240 opérations dans 37 pays. Son portefeuille inclut des noms devenus références du tech africain : Flutterwave, Andela, Wave Mobile Money, Moove.
Alyune-Blondin Diop y occupe le poste de directeur des investissements. Son rôle : identifier les opportunités, structurer les opérations, accompagner les fondateurs. Et défendre un angle que LoftyInc s’est engagé à concrétiser.
Le troisième fonds de LoftyInc, LoftyInc Alpha, a atteint en mars 2025 une première clôture à 43 millions de dollars. Au moins 30 % du fonds sera déployé en Afrique francophone. Les investisseurs du fonds incluent des institutions de financement du développement comme la FMO, Proparco, AfricaGrow et la SFI, ainsi que des fonds souverains du Moyen-Orient et d’Afrique, et des family offices européens.
Ce qui distingue Alyune-Blondin Diop dans l’écosystème, c’est autant sa pratique que sa réflexion sur cette pratique. Il co-rédige avec trois chercheurs et praticiens : Kartik Sharma, Diego Arias Garcia et Desirée Pettersson, un livre blanc intitulé Rethinking Venture Capital for the Africa Market, fondé sur des entretiens avec plus de 50 fonds.
Le point de départ, il le formule sans détour : la frustration de devoir commercialiser un produit financier — le modèle de fonds VC dit « 10+2 » — dans lequel il ne croyait pas vraiment. Passer deux à trois ans à lever des fonds pour un véhicule qui ne génère pas la valeur optimale pour les investisseurs ni pour les fondateurs finit par peser.
Le livre blanc remet en question la structure classique des fonds fermés à dix ans, inadaptée aux cycles de marché africains, aux temps de maturation des startups locales et aux exigences des investisseurs institutionnels du continent. Il circule aujourd’hui dans les cercles du venture africain et a été présenté à l’AfricArena Grand Summit 2025.
