En juin 2025, Aliko Dangote quitte la présidence de Dangote Sugar Refinery après vingt ans. Pour lui succéder, il y a un nom : Arnold Ekpe. Ancien CEO d’Ecobank, banquier formé à Manchester, l’homme a déjà transformé une institution africaine de fond en comble. Il est maintenant face à un autre défi, cette fois dans l’agroalimentaire, dans un contexte difficile, avec une ambition nationale en jeu. Dix mois après sa nomination, les premiers signaux sont là.
À 72 ans, Arnold Ekpe aurait pu se contenter de siéger dans des conseils d’administration. Il a choisi autre chose. En juin 2025, il succède à Aliko Dangote à la présidence du conseil d’administration de Dangote Sugar Refinery Plc, à l’issue d’un processus de sélection que le groupe décrit comme rigoureux.
Aliko Dangote lui-même place explicitement sa confiance en lui pour rebâtir une entreprise sous pression. Ce passage de témoin, du fondateur au successeur choisi, n’est pas une formalité administrative. C’est un signal de direction.
Arnold Ekpe : un parcours construit sur des résultats concrets
Arnold Onyekwere Ekpe est né en août 1953 au Nigeria. Il fait ses classes au King’s College de Lagos, puis décroche un diplôme d’ingénieur mécanique à l’Université de Manchester et un MBA à la Manchester Business School.
Sa carrière commence loin des salles de marchés. Il débute chez Schlumberger comme ingénieur de diagraphie en 1977, puis rejoint Alcan Aluminium Nigeria. Il entre dans la banque en 1980 à l’International Merchant Bank, affiliée à First Chicago, avant de prendre la direction générale de la filiale nigériane de Citibank de 1987 à 1990.
C’est à Ecobank que son nom s’inscrit durablement dans l’histoire financière africaine. Il dirige le groupe de 1996 à 2001, puis de 2005 à 2012. Il transforme l’institution en puissance panafricaine présente dans 36 pays, avec un bilan passant de 2 à 20 milliards de dollars.
Entre ses deux mandats, il dirige l’United Bank for Africa de 2002 à 2003, puis devient associé chez African Capital Alliance. Après Ecobank, il siège aux conseils d’Atlas Mara, d’Afreximbank et de Crown Agents Bank, avant de rejoindre le conseil de Dangote Sugar en 2024 comme administrateur indépendant.
À sa prise de fonction, Dangote Sugar Refinery sort de deux exercices consécutifs dans le rouge, avec une perte nette de 192,6 milliards de nairas en 2024. La volatilité du naira a ravagé les comptes. La dépendance aux importations de matières premières pèse sur les marges. Et l’État nigérian attend des résultats : le Nigeria consomme 1,8 million de tonnes de sucre par an, bien au-dessus de sa production locale actuelle.
Les premiers résultats sous sa présidence
Dix mois après sa nomination, les chiffres commencent à parler. À l’occasion de la 20e Assemblée générale annuelle tenue en avril 2026 à Lagos, Arnold Ekpe annonce que le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 829,2 milliards de nairas en 2025, soit une hausse de 25 % par rapport à l’exercice précédent. La perte nette s’améliore à 64,1 milliards de nairas, contre 270,9 milliards en 2024. L’EBITDA monte à 149,6 milliards de nairas, contre 43 milliards l’année précédente.
Arnold Ekpe précise devant les actionnaires que la croissance du chiffre d’affaires et l’amélioration de l’EBITDA reflètent une solidité opérationnelle réelle, malgré un environnement macroéconomique difficile. La rentabilité nette reste sous pression en raison des charges financières et des pertes de change, mais la trajectoire est inversée.
Dans ce même cadre, les actionnaires approuvent une levée de fonds de 500 milliards de nairas via une émission de droits, destinée à renforcer la base financière de l’entreprise et à accélérer le programme d’intégration agricole amont.
L’objectif reste de produire 1,5 million de tonnes de sucre raffiné par an à partir de canne cultivée localement, ce qui implique le développement d’environ 45 000 hectares dans les États d’Adamawa, de Taraba et de Nasarawa.
Le parcours d’Arnold Ekpe ne ressemble à aucun autre. Pas parce qu’il est exceptionnel dans ses ambitions, mais parce qu’il est exemplaire dans sa méthode : apprendre d’abord, construire ensuite, et ne jamais confondre la taille d’une institution avec la qualité de ce qu’elle produit.
