À la tête de Makabingui Gold Operation, Marie-Reine Tekou-Asubonteng est la première femme à diriger une mine industrielle au Sénégal. Formée chez EY et à HEC Paris, passée par la Croix-Rouge danoise au Sahel, elle arrive dans l’extraction aurifère avec une conviction peu commune dans ce secteur : la performance financière et la responsabilité sociale ne sont pas des contraires. Portrait.
Marie-Reine Tekou-Asubonteng pilote le grand projet Makabingui, situé au sud-est du Sénégal, dans la région de Kédougou. Il s’agit d’un gisement de plus d’un million d’onces d’or, avec des teneurs de 5,6 grammes par tonne. Elle dirige une opération minière industrielle dans un environnement où plus de 300 000 personnes dépendent directement ou indirectement de l’orpaillage artisanal. Première femme à occuper ce rôle au Sénégal, elle n’est pas arrivée avec un manuel, mais avec une méthode.
Le parcours de Marie-Reine Tekou-Asubonteng ne ressemble pas à celui d’un dirigeant minier classique. Il commence chez EY, dans les départements Audit, Advisory puis Transaction Advisory Services. Un associé attentif l’y encourage à traverser les frontières internes du cabinet, à ne pas se cantonner à une seule spécialité. Elle forge là ses réflexes d’analyse, sa lecture des bilans, sa capacité à décrypter des montages financiers complexes.
Mais quelque chose manque. « J’avais envie de voir le fruit de ce que je fais au quotidien, de ne pas être derrière un bureau », confie-t-elle. HEC Paris vient prolonger cette quête. La finance d’entreprise, vue depuis une grande école, c’est aussi la stratégie, la gouvernance, l’allocation du capital au service d’un projet. Ce projet, elle va le trouver, mais pas directement dans le secteur privé.
Après HEC, Marie-Reine Tekou-Asubonteng rejoint la Croix-Rouge danoise. Au Mali, au Niger, en Guinée, elle pilote des dispositifs financiers dans des environnements instables, multi-pays, souvent en crise. Ce n’est plus la salle de réunion d’un cabinet parisien. C’est le terrain, avec ses contraintes logistiques, ses populations vulnérables, ses équipes locales à mobiliser sans structure solide.
De cette période, elle tire une conviction qui ne la quittera plus : « La performance économique et la responsabilité sociale ne sont pas antagonistes. L’erreur consiste à opposer la morale à la rentabilité. » Une phrase qui pourrait sembler théorique. À Makabingui, elle devient opérationnelle.
Makabingui : un gisement et une réalité sociale
Quand Marie-Reine Tekou-Asubonteng reprend la direction de Makabingui Gold Operation, les études de faisabilité décrivent un gisement attractif : 158 000 onces en réserves prouvées, des ressources globales qui dépassent le million d’onces, un capital d’entrée relativement bas. Ce que ces études ne décrivent pas, elle le découvre sur le terrain : des milliers d’orpailleurs artisanaux sur 50 kilomètres carrés, des dommages environnementaux considérables, un conflit latent entre les droits industriels et des revendications ancrées dans des pratiques ancestrales.
En 2024, le gouvernement sénégalais interdit toute exploitation à moins de 500 mètres des berges de la Falémé, pour des raisons environnementales et sécuritaires. La décision ferme les couloirs d’orpaillage actifs depuis des années. Les tensions montent dans les communautés concernées. Marie-Reine Tekou-Asubonteng choisit de ne pas rester en retrait.
Elle s’inscrit dans les discussions ouvertes par l’État autour d’un modèle encore peu exploré en Afrique de l’Ouest : la création de couloirs d’orpaillage intégrés au périmètre industriel, pour formaliser et sécuriser l’activité artisanale plutôt que de la criminaliser. « Il faut s’asseoir autour d’une table et parler de ce problème sérieux qui crée une instabilité qu’on ne peut plus ignorer », confie-t-elle à nos confrères de Forbes.
Sur le plan industriel, Makabingui Gold Operation a achevé sa phase d’exploration. La mine est en investissement actif : rénovation de l’usine alluvionnaire, assemblage d’un circuit CIL, procédé de lixiviation au charbon d’or, prévu pour 2026-2027. L’objectif est une production à grande échelle, dans une ceinture birimienne que les géologues considèrent comme l’une des plus prometteuses d’Afrique de l’Ouest.
Mais c’est sur la gouvernance que son approche tranche le plus nettement avec les pratiques habituelles du secteur extractif. La RSE n’est pas un budget de communication. Elle se traduit par des actes mesurables. Plus de 80 femmes, auparavant sans emploi, travaillent désormais aux services de la base vie. « Ce n’est pas de la RSE en paraboles. Ce sont des postes pourvoyeurs de revenus qu’il faut étendre à l’intégralité des activités de la mine », précise-t-elle.
